[Rubrique à retrouver dans le magazine têtu· de l'été, ou sur abonnement] Les foules de filles qui ont nourri la Leo-mania en 1997, après la sortie de Titanic, l'ont oublié, mais l'un des premiers rôles de Leonardo DiCaprio, en 1995, était gay !
Difficile, à la fin des années 1990, de trouver une chambre d'adolescente sans un poster de lui. Avec ses traits angéliques, ses cheveux d'or et ses yeux bleu méditerranée, Leonardo DiCaprio est au cœur des obsessions féminines depuis son rôle dans Roméo + Juliette, de Baz Luhrmann (1996), et surtout le succès colossal, l'année suivante, du Titanic de James Cameron. Le phénomène a même un nom : "Leo-mania".
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Des idoles, le cinéma américain en a façonné bien des fois. Dans la lignée d'un Marlon Brando, d'un James Dean ou d'un Paul Newman, le jeune Leonardo DiCaprio symbolise une énième "nouvelle masculinité" hollywoodienne. Objet de fascination pour les filles comme pour les garçons, l'acteur né en 1974 se distingue par un charme plus androgyne, à telle enseigne que la cinéaste française Céline Sciamma voit en lui "quelque chose d'hyper queer", et même une "icône lesbienne". Internet regorge d'analyses similaires, comme cet article intitulé "Comment Jack de Titanic a été à l'origine de milliers d'éveils lesbiens", dans lequel la journaliste britannique Shannon Keating parle de son fantasme pour l'acteur et écrit : "Il était la soft butch de mes rêves." Sans oublier "Lesbo DiCaprio", une vidéo Youtube dans laquelle la comédienne Liz Martin s'amuse de sa prétendue ressemblance avec l'acteur pour rejouer 22 scènes de sa carrière.
Leo est Rimbaud
Si les deux films qui ont fait de lui une star internationale mettent chacun en scène une romance hétéro par excellence, Leonardo DiCaprio n'est pas étranger aux rôles queers. Son tout premier baiser au cinéma était même avec un homme. C'était il y a tout juste trente ans, dans Rimbaud Verlaine (Total Eclipse, en VO), de la réalisatrice franco-polonaise Agnieszka Holland, adaptation d'une pièce de théâtre de Christopher Hampton qui s'inspirait des lettres échangées entre les deux poètes français. Ce drame historique, tourné en France, est désormais tombé dans l'oubli.
Lors de sa sortie aux États-Unis, le sujet du film n'est guère en vogue. L'affiche tente d'ailleurs de tromper le public en montrant Leonardo DiCaprio face à une femme, l'actrice Romane Bohringer. Pourtant, c'est bien d'une liaison gay qu'il est question. Dans la peau d'Arthur Rimbaud, l'acteur donne la réplique à David Thewlis et fait déjà preuve d'une grande intensité. À une époque où l'homosexualité était réprouvée par la morale, la passion qui unit les deux hommes est encore plus destructrice que leur environnement. Elle se conclut par un drame resté gravé dans l'histoire : la tentative d'assassinat commise par Paul Verlaine, qui tire deux coups de feu sur son amant.
L'accueil critique du film est mitigé, la presse LGBTQI+ lui reprochant en particulier une énième représentation violente des amours gays. Son échec total au box-office américain finit de l'enterrer, et Rimbaud Verlaine ne sort en France que deux ans plus tard, en 1997, pour surfer sur la Leo-mania. Depuis, l'acteur n'a plus jamais mentionné ce film publiquement. Il a décliné par la suite plusieurs rôles gays, ou supposés l'être, notamment dans Le Talentueux Mr. Ripley et Le Secret de Brokeback Mountain, avant d'incarner, en 2011, John Edgar Hoover, créateur et directeur du FBI dans le placard, dans le biopic que lui consacre Clint Eastwood, J. Edgar. Aujourd'hui, Timothée Chalamet a pris sa place dans bien des cœurs !
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Crédit photo : New Line Cinema