[Article à retrouver tout l'été dans le magazine des 30 ans de têtu· , ou sur abonnement] Il y a trente ans, à quelques mois d'intervalle, sortaient au cinéma Gazon maudit et Pédale douce. Beaucoup ont gardé un mauvais souvenir de ces deux comédies ayant pour sujet l'homosexualité mais qu'on trouvait trop caricaturales ; alors on a voulu vérifier !
Pédale douce, de Gabriel Aghion, vu par Florian Ques
- Le pitch : Patrick Timsit incarne Adrien, employé de bureau secrètement homosexuel. Son patron, un hétéro lambda campé par Richard Berry, découvre sa double vie de drag queen et s'entiche en prime de sa meilleure amie, la truculente et insaisissable Eva, jouée par Fanny Ardant.
- Ma première fois : Le film de Gabriel Aghion me semblait désagréablement surjoué lors de mon premier visionnage en 2010. "Mais quel ramassis de clichés !", s'écria mon moi adolescent, bien au fond d'un placard pas très solide. Les "pédales douces" du film incarnaient ce que je craignais d'être, par peur d'être moqué, écarté, frappé…
- Le personnage mémorable : Et si le meilleur personnage de ce film gay culte était finalement une femme hétérosexuelle ? Michèle Laroque livre une performance impérissable en bourgeoise effarouchée dont le monde s'écroule quand elle pense son mari homosexuel. Ni une ni deux, la voilà qui se dévergonde au point de secouer son appartement haussmannien lors d'une soirée orgiaque queerissime. La scène où elle sniffe du poppers devant sa sœur aînée coincée ? Mettez-moi ça au Louvre !
- La citation : "Y'a la butch qui prend feu" alors que la crête d'une lesbienne se met littéralement à flamber (par accident
- Mon regard d'aujourd'hui : À 30 ans aujourd'hui, je connais et côtoie ces pédés qui ont la hantise de vieillir, qui tutoient la solitude comme la solidarité, qui manient l'humour comme une armure… Ne dit-on pas que les clichés s'ancrent toujours dans une part de vérité ? En fin de compte, les personnages du film ne semblent pas tant datés ; aujourd'hui, ils seraient simplement un peu plus apaisés concernant le VIH, merci la PrEP.
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Gazon maudit, de Josiane Balasko, vu par Tessa Lanney
- Le pitch : Le camion de la butch Marie-Jo (Josiane Balasko, qui réalise le film) tombe en rade devant la maison d'un couple hétéro cliché : Loli (Victoria Abril), une naïve qui a tout quitté pour son mari, et Laurent (Alain Chabat), un macho qui la trompe à tout-va. Or toute lesbienne le sait : l'herbe est toujours plus verte chez les autres…
- Ma première fois : Depuis le canapé familial et du haut de mes 15 ans, Marie-Jo me semblait beauf et vulgaire. Et lorsque les blagues fusaient sur son look et ses manières masculines, j'avais envie de me cacher dans un trou de souris. Mon regard était biaisé par ma propre honte, façonné par la peur du rejet qui s'est – je le crains – traduite par un mépris revendiqué de la camionneuse. L'assimilation me paraissait la seule option : "Oui, je suis gouine, mais je ne suis pas comme elle."
- Le personnage mémorable : On peut se réjouir de l'émancipation de Lali, qui apprend à écouter ses désirs sans se soucier des convenances. On applaudit même l'évolution de Laurent, qui réalise que jouer le coq de basse-cour n'apporte pas le bonheur. Mais restons lucides, Marie-Jo sera toujours notre héroïne.
- La citation : "Avec la paella, il suffit d'une moule"… lance d'un ton accusateur Laurent en voyant sa femme et Marie-Jo en train de s'explorer l'entre-cuisse sous la table du restaurant.
- Mon regard d'aujourd'hui : Avec le recul, dix ans plus tard, le constat est sans appel : je dois des excuses à Josiane Balasko – que je croyais d'ailleurs lesbienne jusqu'à la rédaction de cet article. La comédie est peut-être pleine de clichés sur cette gouine mal dégrossie, mais elle met en valeur une femme qui se fiche des conventions, s'assume à 100 %.
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