Avec l'album judicieusement nommé Girl Violence disponible ce vendredi 12 septembre, King Princess renoue avec une indie pop riche et explosive où elle règle ses comptes avec les femmes qui lui ont brisé le cœur.
En 2018, c'est à tout juste 20 ans et sous le pseudonyme de King Princess que Mikaela Straus a rencontré le succès avec son hit "1950", qui, avec ses paroles tendres et sa candeur, ne pouvait qu'émouvoir. Sept ans plus tard, son nom de scène reste inchangé mais ses textes, eux, laissent désormais un arrière-goût d'amertume. En cette période de rentrée, la chanteuse lâche Girl Violence, un troisième album d'indie pop qui lorgne vers le rock et sur lequel elle dresse, au vitriol, le portrait des relations féminines qu'elle a connues – de sa plus récente rupture à une amitié avortée. Un disque décomplexé, détonant et qui a tout pour titiller – dans tous les sens du terme – les lesbiennes.
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- En écoutant ton nouvel album, je n'ai pas pu m'empêcher de me dire ses sonorités étaient très estivales...
C'est un album d'été ! Les premiers singles sont sortis durant l'été mais le disque entier devait paraître ce mois-ci, à la rentrée. Il a été conçu en septembre 2023 et terminé en septembre 2024. La boucle est bouclée ! Septembre est un mois intéressant : on est triste que l'été se termine mais excité par l'automne et ce qu'il nous réserve. Il y a comme cette idée de réinvention, de renaissance…
- Au fil de l'année écoulée, tu as mis un terme à une longue relation amoureuse, tu es retournée vivre à New York, tu as fait tes débuts à la télévision… On peut parler aussi de renaissance ?
Clairement. (Rires.) J'étais encore une ado quand j'ai déménagé à Los Angeles il y a sept ans. J'y ai passé des années formatrices à travailler, à vivre, à aimer… Mais j'avais besoin que les choses changent. Je devais retrouver la ville qui m'a vu naître et je voulais me reconnecter avec la communauté queer de New York. C'était instinctif.
- Qu'aimes-tu autant à New York ?
Contrairement à Los Angeles, c'est une ville qui m'inspire la romance même si c'est une ville plutôt sale ! Hier, j'ai vu le plus gros rat de ma vie. C'était une bad bitch. Elle courait entre les voitures, sautait sur des tas de poubelles… Je me suis dit : "C'est bon. Je suis bien à la maison." (Rires.) En parallèle, en revenant ici, j'ai pu travailler sur cet album sans avoir constamment quelqu'un en train de regarder par-dessus mon épaule puisque je n'étais signée nulle part. J'ai bossé dans le studio d'enregistrement de mon père avec seulement mes deux collaborateurs. C'était génial de retrouver un processus plus décontracté.
- Et ce titre d'album, Girl Violence, qu'on traduirait par "violence féminine", il t'est venu comment ?
C'était devenu évident après avoir justement écrit le titre "Girl Violence" qui ouvre l'album. Je n'arrêtais pas de repenser à certaines paroles où je dis : "Personne ne prévient que les filles peuvent être violentes et je déteste ça mais j'aime aussi un peu quand même." Tout ce disque explore des facettes de violence féminine. Nous, les femmes queer pouvons être très chaotiques mais c'est un chaos intelligent. On ne se bastonne pas dans la rue, on se bat psychologiquement. Je me suis beaucoup inspirée du drama dans ma vie mais aussi dans celles de mes potes lesbiennes. Sincèrement, être queer est une discipline olympique !
- En français, on utilise même un mot pour ça : "drama gouine" !
C'est exactement ça ! il n'y a rien de nouveau, on sait que les gouines peuvent être cray cray [pour "crazy" - folles, ndlr.] mais c'est ce qui nous rend belles. J'ai eu envie de créer tout un univers musical autour de cette idée-là.
- Sur le titre "Origin", tu dis que tu as "passé beaucoup de temps devant le miroir". À quelles conclusions t'a amenée cette introspection ?
Dans ces paroles, je parle d'un miroir non seulement métaphorique mais aussi physique. Après ma rupture, j'ai dû littéralement me regarder dans le miroir pour me reconnaître et pour prendre à nouveau soin de moi. C'était une étape essentielle, un peu comme une thérapie. J'ai recommencé à me sentir à l'aise dans mon corps petit à petit. Et même à me retrouve putain d'attirante ! (Rires.)
- Et sur le titre "Cry Cry Cry", on dirait qu'on assiste à une prise de contrôle sur ta liberté où tu arrives enfin à te détacher de tes anciens sentiments.
Cette chanson-là était à propos d'une amitié qui n'avait pas fonctionné. Quand je parle de violence féminine, ça ne se limite pas au cadre romantique. Les amitiés sont parfois tout aussi fortes. J'ai toujours eu du mal à maintenir des amitiés, surtout avec les femmes. C'est difficile d'accepter et d'avancer quand ce type de relation ne fonctionne pas. Donc oui, il faut pouvoir se détacher. Mais c'est un morceau plein d'empathie ! C'est comme s'il disait : "On a essayé et ça n'a pas marché, c'est la vie."
- Tu as aussi fait tes débuts en tant qu'actrice dans la série Nine Perfect Strangers avec Nicole Kidman. Comment cette opportunité est-elle arrivée sur ta route ?
Entre mon précédent album et celui-ci, j'ai eu une période où je n'étais pas inspirée musicalement mais j'avais tout de même envie de faire quelque chose d'artistique. Donc je me suis mise à passer des auditions et j'ai décroché celle-ci. C'est là que je me suis dit : "eh merde, il faut que je donne tout maintenant !" Mais j'ai adoré ! En plus, mon personnage, qui nourrit beaucoup de colère, m'a aidée pour mon album. Finalement, c'était cathartique de jouer une emmerdeuse pendant six mois ! (Rires.)
- On a également vu ton nom figurer dans la bande originale de la saison 2 d'Arcane…
J'aimais déjà beaucoup ce que les producteurs de la série avait fait pour la première saison. Alors quand ils m'ont contactée en me disant que c'était pour une scène de sexe lesbien, je leur ai dit : "N'en dites pas plus. Je m'en occupe." (Rires.)
- On voit de plus en plus d'artistes lesbiennes et queers émerger dans la musique, avec des paroles où elles ne cachent pas leur attirance pour les femmes. Comment l'expliques-tu ?
Je pense que les lesbiennes ont toujours été avides de représentation et elles ont dû se contenter de miettes avec des artistes qui décidaient de faire une chanson bi quand bon leur semblait. Vraiment, notre passe-temps, c'était de rechercher du queer chez des artistes qui ne l'étaient pas. Je pense qu'on en a eu marre. Maintenant, les lesbiennes prennent du galon ! En même temps, c'est tellement fun de bouffer de la chatte alors pourquoi se priver d'en faire des chansons ? (Rires.)
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Crédit photo : Conor Cunningham