Fidèle à sa réputation d'icône queer, Lady Gaga a ravi ses fans et fait de sa première date parisienne un show spectaculaire, généreux et abouti qui célèbre la communauté LGBTQI+.
"Put your fucking hands up!" Impossible de répertorier avec exactitude le nombre de fois où Lady Gaga a hurlé cette phrase face à son public parisien. Mais lundi 17 novembre, à l'Accor Arena de Paris, cet ordre semblait superflu tant les mains étaient constamment levées pour accompagner les chansons interprétées par la Mother Monster. Une setlist de 31 titres déployés à travers quatre actes gargantuesques et un final qui l'est tout autant : le "Mayhem Ball" est un spectacle total.
La dualité d'une star
Car plus qu'un concert où les chansons s'enchaînent, Lady Gaga propose une expérience. Mieux encore : une incursion dans un monde alternatif à l'esthétique gothique et à l'opulence marquée. Pensez La Famille Addams fusionnée à l'Hollywood glamour des années 50. Au fil de morceaux savamment organisés et piochés dans ses différents albums, la chanteuse se met en scène comme un personnage solaire tourmenté par une antagoniste au visage camouflé : la "Mistress of Mayhem", qu'on traduirait la "maîtresse du chaos". Les deux entités s'affrontent constamment, l'une essayant d'anéantir l'autre jusqu'au grand dénouement.
Là, après de multiples face-à-face, elles finissent par coexister, trouvant une forme de paix dans leur altérité. Les combats en musique apparaissent comme métaphore du chaos intérieur qui se joue chacun de nous : le bon contre le mauvais, l'ange contre le diable, la lumière contre l'ombre. En ça, toute la trame du "Mayhem Ball" peut être perçue comme résolument queer. Les personnes LGBTQ+ ne connaissent que trop bien cette idée de conflit interne, qu'il s'agisse d'accepter son identité de genre ou sa sexualité, dans une société calibrée pour les hétérosexuel·les cisgenres. Le message de Lady Gaga est limpide : il faut pouvoir accepter ses parts d'ombre pour parvenir à briller.

Mais tout n'est pas que sous-texte et l'artiste ne manque pas de rappeler son statut de grande défenseuse de la communauté LGBTQ+. Ses concerts ont été et seront toujours un espace sécurisant pour les personnes queers. Pour preuve, ce moment où l'immense traîne qui complète sa tenue lors de "Paparazzi" est illuminée aux couleurs de l'arc-en-ciel. Plus tard, elle dédie son interprétation survoltée de "Born This Way" "à toute la communauté queer présente dans la salle ce soir". Et, les danseurs, grandement mis à l'honneur dans des interludes qui aèrent le show, délivrent des chorégraphies inspirées du voguing, comme un hommage à la communauté LGBTQI+ afro-américaine et latino où cette danse est née dans les années 70 à New York.
Une artiste rassembleuse
Mais Lady Gaga n'est pas qu'une icône queer : elle est une icône tout court. La popstar incarne une énergie fédératrice qui happe des groupes sociaux variés comme en atteste la diversité du public présent ce lundi à Bercy. Des hommes et des femmes, des hétéros et des homos, des familles et des bandes d'amis, des jeunes et des plus mûrs… Qu'importe leur identité, toustes chantaient à tue-tête les paroles de "Bad Romance", bouquet final de ce "Mayhem Ball" grandiose.
Mais le meilleur moment survient durant les rappels. Alors que les crédits finissent de défiler sur l'immense écran qui surplombe la scène, l'artiste apparaît en coulisses. Démaquillée, un simple bonnet noir sur la tête, elle se lève et enfile un large manteau en vinyle qu'elle noue comme un peignoir. Puis retrouve le chemin de la scène le temps d'une chanson – "How Bad Do U Want Me" – accompagnée de tous ses danseurs. Dans ses yeux embués, l'émotion est lisible tout comme dans les sourires qu'elle rend à ses fans bouleversés.
Plus tôt durant le show, lors du quatrième acte, tandis qu'elle est installée face à son piano, Lady Gaga avait adressé une question à la foule : "Si je continue de vous proposer un show similaire dans 20 ans, est-ce que vous serez toujours là ?" Face à la puissance du moment que nous venons de toutes et tous partagé, une seule réponse est recevable : un grand oui.
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Crédits photos : Nicko Guihal