Avec Queerpanorama, son premier film diffusé au cinéma en France, le réalisateur hongkongais Li Jun offre une exploration de l'identité gay à l'ère des applications de rencontres. À voir !
Comme le suggère son titre, Queerpanorama procède d’une observation minutieuse de l’humanité. Premier film diffusé en France du hongkongais Li Jun, il suit le parcours d’un anti-héros gay anonyme (incarné par Jayden Cheung), en permanence à l’écran et qui va de plan cul en plan cul. Après chacune de ses rencontres, il s’approprie un aspect de son dernier amant : un prénom, une apparence, un métier, une histoire, un geste…
Alternant instants de solitude, flâneries dans les transports publics et moments à deux, le film rappelle autant le cinéma gay américain des années 1990, bavard et urbain, que la liberté formelle de la Nouvelle Vague, avec laquelle le jeune cinéaste, né en 1991, revendique une proximité. Et d’expliquer : "Le titre original, que l’on pourrait en réalité traduire par 'Portraits de tout le monde', porte aussi la signification implicite d’une perspective divine. Je veux que le spectateur n’adopte pas le point de vue du personnage principal mais qu’il observe comment lui-même observe les gens, avec une vision complète."
"Une amitié qui n'existe que dans la communauté gay"
Dans une période post-covid, où Grindr permet une grande pluralité de rencontres, le film trace un chemin élégant dans l’étude de la psyché d’un jeune homme en quête de lui-même. Li Jun dit avoir été largement inspiré par son expérience personnelle d’une relation à distance vécue lors de la pandémie, durant laquelle lui et son petit ami éloigné continuaient d’utiliser l’application pour des rencontres éphémères : "Nous parlions parfois ensemble des hommes que nous rencontrions. J’ai trouvé cela très intéressant et j’ai voulu écrire sur nous, sur tous les hommes que j’ai rencontrés et qui ont créé une amitié qui n’existe réellement qu’au sein de la communauté gay", développe le cinéaste.
Si le film aborde les difficultés que peuvent connaître, malgré les avancées sociales, les hommes gays dans leur vie de couple et leur sexualité, il dit aussi toute la richesse de ces rencontres fugitives : "Nous vivons dans une période de grande turbulence et nous nous sentons tous effrayés et seuls, parfois même désespérés. Mais nous apprenons de différentes cultures, de différentes expériences et perspectives, nous apprenons des autres, analyse Li Jun. Le film montre les rencontres que je considère comme les plus marquantes pour moi, qui m’ont fait réfléchir sur la liberté et les changements sociétaux." Cette notion de liberté constitue le souffle intime de Queerpanorama, et du parcours à la fois romantique et pasolinien de son protagoniste.
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