[Rencontre à retrouver dans le magazine têtu· de l'hiver, disponible chez vos marchands de journaux ou livré chez vous sur abonnement.] Chaque mois, le Cabaret de Poussière de Martin Dust investit Le Zèbre de Belleville, à Paris. Une flamboyante référence du genre depuis bientôt dix ans.
"Le meilleur cabaret de la terre." C’est du moins ce que chante Martin Dust en ouverture de son show, porté par un excellent quartet rock énergique. Bienvenue au Cabaret de Poussière, là où les artistes font "la révolution avec des bruits de succion" et envoient "un petit peu de paillettes et beaucoup de colère", comme le proclame le maître de cérémonie, tout de noir vêtu. Diablement efficace, cette rengaine d’ouverture pose d’emblée l’univers tant musical que visuel du spectacle.
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Collection de zèbres à l’entrée, rideaux rouges de rigueur, décoration rétro composée de vieilles machines de fête foraine… Deux semaines par mois, Martin Dust et sa bande investissent les quelque 200 places de l’ardent et énigmatique Zèbre de Belleville, dans le 11e arrondissement de Paris, pour un moment de partage artistique sans frontières. "S’il faut un village pour élever un enfant, il faut bien toute une backroom pour faire tenir un cabaret !" lance Martin Dust au micro au moment des remerciements. Une backroom on ne peut plus chaleureuse et qui affiche souvent complet : une reconnaissance pour celui qui évolue dans le monde du cabaret depuis ses 15-16 ans, et a fini par monter le sien il y a bientôt dix ans.
Retour en 2016 : alors qu’il peste de travailler moins que ses camarades artistes, Martin Dust décide de prendre les choses en main et de s’offrir lui-même l’écrin qu’il mérite. L’aventure commence dans un squat de Belleville, avant qu’il ne s’installe dans une cave de l’île Saint-Louis puis n’atterrisse, en juin 2018, au Zèbre de Belleville, un ancien cinéma transformé en salle de spectacle au début des années 2000. Depuis, l’équipe de Poussière y évolue comme chez elle, parenthèse faite d’une saison au Bataclan, histoire de voir plus grand – mais la vente du lieu a compromis les velléités d’expansion de Martin Dust.
Cabaret parisien "traditionaliste"
Ce cabaret, l’artiste de 36 ans, dont la famille habite la capitale depuis plusieurs générations, le définit comme "parisien traditionaliste", l’inscrivant dans une histoire qu’il fait remonter à la fin du XVIIIe siècle. Son nom de scène, qu’il utilise à présent dans la vie de tous les jours, est quant à lui inspiré par une grande figure littéraire afro-américaine, l’autrice Maya Angelou, et par son poème Still I Rise : "Comme la poussière, je m’élève encore…" S’il n’a "rien à voir avec la drogue, donc", ironise Dust, la référence à David Bowie et à son personnage de Ziggy Stardust est dans toutes les têtes.
Chaque mois, Martin Dust invite trois artistes pour renouveler le spectacle. En octobre, les spectateurs ont ainsi pu rencontrer le performeur Eli El Sultan, l’autrice Douce Dibondo et la mythique Corine, figure disco-pop de la scène musicale parisienne. Mais la star de la soirée, c’est bien lui. Lui qui raconte sa vie de pédé parisien, et notamment sa dernière gâterie sur un balcon faisant face – il l’ignorait – à la rédaction de Mediapart, lui qui disserte sur l’actualité avec gouaille, lui qui s’amuse à chanter les pires commentaires reçus sur les sites de billetterie, lui aussi qui installe un silence chargé d’émotion pour rendre hommage à une artiste disparue, lui encore qui tacle dès qu’il le peut Madame Arthur et son public qu’il juge trop mou car trop hétéro… "La matière première du cabaret, c’est la vie réelle, le quotidien, l’actualité, explique-t-il. C’est comme un exutoire de toutes les horreurs quotidiennes qui nous asphyxient." La violence du monde ne résiste pas à l’humour queer, qui en fait son petit bois, comme il le chante en fin de soirée : "On va tous mourir, c’est une bonne nouvelle, c’est la seule solution pour sauver la planète !"
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Crédits photo : Studio Louche / Anna-Céléstine