[Portrait à lire dans le dossier spécial cabaret du magazine têtu· de l'hiver, à retrouver chez vos marchands de journaux ou sur abonnement.] Figure depuis dix ans du cabaret parisien Madame Arthur, Charly Voodoo vit pour le piano, quand les trouillards sont à genoux, et les soldats au garde-à-vous.
Photographie : Audoin Desforges pour têtu·
Printemps 2025. Au cabaret Madame Arthur, dernière des représentations de la semaine consacrées aux Rita Mitsouko. Dans le public, certains arborent des tee-shirts floqués du visage de Charly Voodoo, l’un des quatre artistes du show. La star du soir reçoit même des fleurs pendant son discours d’adieu. Enfin, d’adieu… le pianiste s’apprête simplement à faire une courte pause, le temps d’un spectacle de théâtre, avant de revenir à l’automne.
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Mais le garçon n’est pas n’importe qui, dans le célèbre établissement du quartier de Pigalle, à Paris : avec deux autres artistes (Romain Brau et Monsieur K, qui ont depuis quitté la maison), il a participé, en 2015, à la relance (après cinq ans de fermeture) de l’institution parisienne née en 1946. Dix ans plus tard, le public est revenu, et le cabaret affiche souvent complet. "Au début, on était plus nombreux sur scène que dans la salle ! sourit le pianiste. Il y a quelque chose de gratifiant et de rassurant dans ce succès, car ça montre que nos existences sont reconnues et font du bien aux gens."
Musicien avant tout
Quand on demande quel est son métier à cet artiste multicasquettes, Charly Voodoo répond d’abord "musicien" : "C’est de là que je viens ; le milieu classique, le piano, puis la composition. Je suis très exigeant musicalement. Chez Madame Arthur, c’est super, car je peux mettre à profit tout mon bagage classique." Enfant, il s’imaginait devenir décorateur d’intérieur ou comédien. C’était compter sans une épiphanie d’adolescence devant La Leçon de piano, le film de Jane Campion sorti en 1993, qui va changer sa vie. "La musique, l’histoire, les comédiens, l’univers, les images… Tout m’a complètement bouleversé", se rappelle-t-il. À la fin du film, le garçon reste sonné devant l’écran noir, avant d’asséner à sa mère : “C’est ça que je veux faire !” Banco, le garçon prend la direction du conservatoire. "J’ai eu une deuxième révélation le jour où j’ai posé les doigts sur le piano, complète-t-il. Je jouais sept heures par jour, je ne mangeais pas le midi, je me levais très tôt le dimanche matin… Une vraie passion dévorante !"
L’adolescent solitaire fera de ce feu qui l’anime son métier. Au lycée, il suit toutes les options musique possibles. "C’est grâce à ça que j’ai eu mon bac, tout juste ! Ce qui m’importait, c’était d’être débarrassé et de ne faire que de la musique", confesse-t-il. Charly intègre ensuite une fac de musicologie tout en continuant d’étudier au conservatoire pour devenir pianiste classique : "J’avais ce fantasme du concertiste avec sa queue-de-pie qui va donner des récitals. J’en ai fait un peu… c’était l’enfer ! J’étais rongé par le trac. La musique classique a ce truc tellement ingrat où tout le monde t’écoute dans un silence de mort en guettant la moindre fausse note pour t’épingler. Ne faire que ça, ce n’était pas possible pour moi."
Liberté chérie
À la faveur d’un remplacement, il devient professeur au conservatoire tout en ajoutant, presque par hasard, une nouvelle corde à son arc grâce à une amie qui l’invite à une soirée néoburlesque parisienne… "J’ai découvert toutes ces nanas tellement libres, avec un pouvoir fou. Il y avait de la musique, on chantait, c’était incroyable", se remémore-t-il. Un nouveau coup de cœur qui l’amène à se lancer dans l’aventure et à se transformer en performeur : "Ça marchait bien, j’avais la chance d’être l’un des seuls garçons en France à faire ça." C’est à ce moment qu’il se choisit son nom de scène, dont la deuxième partie traduit sa fascination pour les poupées. Un pseudo qui résume aussi sa démarche artistique : "L’idée de provoquer des émotions chez les gens sans les toucher, juste par la présence et la musique, me parle beaucoup."
Aujourd’hui, jouer du piano chez Madame Arthur – à Paris et en tournée – est son activité principale, même s’il en a de nombreuses autres : collaborateur musical pour des marques, compositeur de chansons (notamment pour Arielle Dombasle), pianiste pour Piche, chroniqueur au piano sur TV5 Monde pour l’émission La Grande Galerie Francophone… Ces derniers mois, il joue comme musicien mais aussi comme comédien, dans la pièce Que d’espoir !, de Valérie Lesort, aux côtés notamment d’Hugo Bardin (alias Paloma). Une façon de plus d’explorer sa liberté artistique, qu’il chérit par dessus tout : "J’ai très peur de l’engagement… Et je dis ça alors que je suis marié et qu’on a acheté une maison à la campagne !"
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