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spectacleAu cabaret La Bouche, la musique console et rassemble

Par Maurine Charrier le 30/12/2025
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[Article à lire dans le dossier spécial cabaret du magazine têtu· de l'hiver, à retrouver chez vos marchands de journaux ou sur abonnement.] Désormais sans lieu fixe pour se produire, le cabaret La Bouche se réinvente sans mal grâce à la créativité de ses quatre membres impertinents. Bili Bellegarde, Mascare, Grand Soir et Soa de Muse proposant aux queeros un spectacle en forme de bulle de douceur, de révolte et de poésie.

Cinquante places assises, trois micros et deux enceintes achetées sur Le Bon Coin. C’était La Bouche, cabaret queer installé au sous-sol du bar Le Co, dans le 18e arrondissement de Paris. Sur scène, deux lesbiennes à la voix d’or, une drag queen furieuse et une folle au piano : c’est le Berghain qui embrasse goulument France Culture à la lueur d’un néon rouge. Mais après trois ans de fêtes, le sous-sol a dû fermer ses portes au spectacle vivant, en juillet dernier, sur décision préfectorale. Bili Bellegarde, Mascare, Grand Soir et Soa de Muse ont perdu leurs murs, mais certainement pas leur voix.

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Les quatre ont en partage des souvenirs d’enfance qui leur ont transmis l’amour de la scène et de la musique : Mascare, par sa mère qui danse en djellaba sur de l’eurodance ; Soa de Muse, par son père fan de Depeche Mode ; Grand Soir, mis au piano par sa mère à l’âge de 4 ans ; Bili Bellegarde, biberonnée à Chérie FM. Si la légende raconte que le quatuor s’est rencontré en partouze, leurs chemins se sont en réalité croisés dans les coulisses du cabaret Madame Arthur, peu avant le confinement. "Avec Soa, on s’est rencontrées sur un mashup de Sexy Sushi et, depuis, on ne s’est jamais lâchées”, se souvient Bili. “Moi je l’ai rencontrée parce qu’elle avait besoin d’un pianiste de remplacement pour la soirée Club Dorothy", complète Grand Soir.

La Bouche-à-oreille

Après le déconfinement post-covid, c’est la soif de fête et le goût pour la culture underground qui les rassemble. Les liens se resserrent et les cœurs se lient à L’Œil, un club bien caché dans le 1er arrondissement de Paris, tenu par Grand Soir jusqu’en 2023. "Je venais d’ouvrir, les filles m’ont aidé alors qu’on ne se connaissait pas et les énergies ont matché tout de suite", retrace-t-il. De fil en aiguille, de soirées en afters, la bande finit par fonder officiellement La Bouche, "premier cabaret queer autogéré", en 2021. "La Bouche, c’est surtout fait avec le cœur et ça s’appuie sur la pulsion de vie d’après le covid ; on avait alors besoin de se retrouver et de créer de nouvelles choses", explique Mascare.

Séduite par la proposition et l’énergie du projet, Isabelle, la patronne du bar Le Co, que les quatre potes fréquentaient souvent, leur tend la main et sa cave, qu’elle utilisait pour du stockage. La Bouche a trouvé un pied-à-terre pour se lancer. Le bouche-à-oreille communautaire fonctionne vite, et la petite salle affiche vite complet tous les soirs. "On essaie d’inventer des espaces qui n’existaient pas. Ni trop schlag ni trop chic, que les gens se sentent accueillis, avec des cocktails accessibles et sans le côté mondain parisien", décrit Mascare. "De toute façon, on n’a pas fait ce projet pour l’argent, complète Bili. Avec 50 places assises, on était loin de s’acheter une villa !"

Bulle de magie et d'émotions

Au-delà du spectacle, La Bouche offre une bulle de magie et d’émotions réconfortante, à partager en famille choisie. "On a tous eu des moments difficiles dans nos vies ; on ne va pas s’apitoyer non plus, mais voilà, on est un peu vénères, et rigolos ! raconte Soa. C’est un privilège de se produire sur scène face à un public qui nous aime et qui nous suit." Et Mascare de rebondir : "Tu ne viens pas à La Bouche pour te faire secouer ou pour la provoc ; tu viens prendre de la douceur, un peu comme si tu allais au hammam ! C’est la musique qui console et qui rassemble."

Forcé d’abandonner sa cave cocon, le cabaret multiplie aujourd’hui les résidences, et se produit aussi en dehors de la capitale – notamment au théâtre de la Croix-Rousse, à Lyon. Une nouvelle phase de l’aventure qui a du sens aussi : "La Bouche a besoin d’écho et de sortir de sa zone de confort pour aller chercher les petits queeros qui en ont besoin", relativise Soa. L’équipe repense donc les formats en dehors des murs, et peut désormais – pourquoi pas – rêver au monde entier !

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Crédit photos : Yann Morisson