En quelques saisons, Niccolò Pasqualetti, diplômé de Central Saint Martins et passé par The Row, puis Loewe, a séduit en réinterprétant les classiques avec douceur et délicatesse. Il présente ses créations ce dimanche 8 mars lors de la Fashion Week de Paris.
Comment ton enfance en Toscane t’a-t-elle amené vers la mode ?
J’ai grandi dans la campagne, entre Pise et Florence. Notre maison était au milieu de nulle part, un vrai cliché toscan ! Ma famille n’avait aucun lien avec la mode. Mes parents travaillaient énormément et, étant enfant unique, je passais beaucoup de temps seul, à créer mes propres mondes. Très tôt, j’ai exploré mon identité à travers les vêtements. J’essayais les robes et les jupes de ma mère, les vestes et les pantalons de mon père. Je mélangeais, je détournais les pièces sans me demander à qui elles appartenaient, ni pour qui elles étaient faites. Je dessinais, je faisais des collages, je collectionnais des objets trouvés dans la maison. Pourtant, je ne pensais pas que la mode pouvait devenir mon métier. C’était trop loin de ma réalité.
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Tu portes souvent tes propres créations, et ton style personnel est très affirmé. Était-ce déjà le cas lorsque tu étais adolescent ?
Il est essentiel pour moi d’utiliser mon image pour m’exprimer. Adolescent, j’avais les cheveux très blonds et je m’habillais de manière très excentrique, parce que j’expérimentais, je cherchais à comprendre ce que je voulais projeter. Aujourd’hui, j’ai besoin d’habiter les vêtements que je crée. Je les essaie toujours sur moi. J’aime aussi les voir sur des corps qui ne sont pas ceux des mannequins, avec d’autres morphologies, comme celle de ma mère. Quand j’ai lancé ma marque, elle était mon modèle cabine.
La saison dernière, tu as présenté ta ligne masculine séparément lors du Pitti Uomo, à Florence. Pourquoi ?
Je n’ai jamais souhaité séparer le vestiaire masculin du vestiaire féminin. Selon moi, toutes les pièces peuvent être portées par toutes et tous. Mais la réalité commerciale en décide autrement : les boutiques classent ma collection du côté femme. Être invité au Pitti Uomo pour présenter uniquement la collection masculine a été très fort symboliquement. Cela signifiait que ces vêtements pouvaient aussi exister pleinement dans un contexte masculin.
Tu as travaillé pour Jonathan Anderson, chez Loewe, ainsi qu’avec les sœurs Olsen, chez The Row. Qu’as-tu appris de ces expériences ?
J’ai passé huit mois chez The Row, à New York, avant d’intégrer Central Saint Martins, à Londres. À l’époque, la marque était encore confidentielle et produisait localement. J’allais dans les ateliers avec les prototypes pour expliquer avec précision comment les collections et leurs finitions devaient être réalisées. Chez Loewe, l’expérience était différente. Un chasseur de têtes avait repéré ma collection de fin d’études, proche de l’univers de Jonathan Anderson, et m’avait alors proposé un poste. Je travaillais sur des capsules spéciales et la ligne Paula’s Ibiza. C’était un travail très créatif : nous partions d’un brief pour imaginer des solutions. Jonathan venait aux essayages pour apporter son regard.
À quel moment as-tu su que tu voulais lancer ta propre marque ?
À Central Saint Martins, mes professeurs m’encourageaient à me lancer et j’ai été invité à présenter ma collection de fin d’études à la Fashion Week de Londres. Cette idée ne m’a jamais quitté ; elle est même devenue obsédante. J’avais besoin d’exprimer pleinement ma vision. C’était en pleine crise du Covid, pas le moment idéal pour créer une entreprise. Mais je ne me voyais pas faire autre chose. Puis, mon père est tombé malade, et j’ai ressenti le besoin d’être plus présent pour lui et de me rapprocher de la Toscane.
Tes collections sont produites en Italie et comportent une dimension artisanale très forte. Pourquoi est-ce si important pour toi ?
Dès le début, nous avons collaboré avec des artisans locaux, notamment pour les bijoux et les accessoires, mais aussi pour certains vêtements. Dans chaque collection, on trouve des éléments réalisés à la main : des tricots, des tissages, du cuir tressé… La Toscane est riche de ces savoir-faire qui disparaissent peu à peu.
Tes défilés sont toujours très poétiques, parfois enrichis d’une dimension olfactive. Pourquoi les fragrances comptent-elles autant pour toi ?
Je suis profondément attaché aux parfums, parce qu’ils ajoutent une dimension invisible au monde. Un défilé est un moment suspendu, et le parfum en prolonge l’émotion. J’ai utilisé Basilico & Fellini, de Vilhelm Parfumerie, pour sa sensualité italienne, puis Baie 19, du Labo, pour la dernière collection : sa fraîcheur presque minérale faisait écho à la pureté des silhouettes. La mode, selon moi, consiste à construire un univers complet, qui mobilise tous les sens.
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Crédits photo : Laura Marie Cieplik