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modeC.R.E.O.L.E, un manifeste de liberté en six lettres

Par Ivan Zhekov le 08/05/2026
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[Portrait à retrouver dans le magazine du printemps, en kiosques ou sur abonnement.] Connu comme DJ dans la vie nocturne parisienne, Vincent Frédéric-Colombo impose désormais sa patte antillaise au vestiaire urbain avec C.R.E.O.L.E.

Le 28 juin 2025, alors que la communauté LGBTQI+ parisienne bat le pavé pour la marche des Fiertés, Vincent Frédéric-Colombo présente la collection printemps-été 2026 de sa marque, C.R.E.O.L.E. Ce n’est pas un hasard de calendrier : le titre qu’il a choisi pour son défilé fonctionnerait aussi pour une Pride : "DOM TOP FEVER". Nul besoin de traduction ici, a priori, sauf que le créateur guadeloupéen y a mis un autre tiroir : "En réalité, ce titre est un jeu de mots avec les DOM-TOM, qui sont encore en crise et qui ont besoin de reconnaissance. C’est un cheval de Troie !"

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C’est que le garçon n’est pas qu’un physique. Titulaire d’une licence de socio-anthropologie, il met un point d’honneur à évoquer dans chacun de ses défilés l’histoire de son archipel natal. "DOM TOP FEVER" fait référence à un épisode sanglant de 1967, lors de manifestations ouvrières contre la vie chère en Guadeloupe. Le visage du militant Jacques Nestor, première victime de leur répression sanglante par les CRS, s’affiche ainsi sur l’un des T-shirts de la collection, assorti de la mention "COLD CASE" ("affaire non élucidée"), qui rappelle le classement “secret défense” des documents de l’époque jusqu’en 2017.

Antillanité

Vincent Frédéric-Colombo n’a pas toujours revendiqué son héritage culturel. "Quand j’étais adolescent, j’étais plutôt dans le rejet, confesse-t-il. Par exemple, j’avais un certain mépris pour le zouk, à force d’y être exposé." C’est à son arrivée en métropole qu’il se réconcilie avec ses origines. Lors de ses études à l’université Lyon-2, il a eu l’occasion de lire les auteurs majeurs de la fierté antillaise : Frantz Fanon, Édouard Glissant… Ce dernier, romancier, poète et philosophe martiniquais, fondateur du concept d’"antillanité", est resté une inspiration centrale pour le designer de 35 ans. "Son travail interrogeait la condition d’Ultramarin et soulignait que celle-ci ne nous définit pas entièrement, qu’on peut sortir des archétypes et composer sa propre norme sans perdre son identité." Voilà une belle mission assignée à son art.

Souvent classé comme "exotique" en Europe, mais jugé pas assez créole en Guadeloupe, le jeune homme de 35 ans prend un malin plaisir à créer un vestiaire moderne à la croisée de ses deux réalités. "Alors que je grandissais aux Antilles, l’éventail des propositions n’était pas dingue dans les boutiques de vêtements, se souvient-il. Or, je pense que cela participe à réfréner les gens, qui ne peuvent pas pleinement affirmer leur identité." Alors, il s’attache à créer un espace d’expression pour la nouvelle génération ultramarine. Des chemises oversize piochées dans les tiroirs des pères antillais, des microdébardeurs en filet de pêche inspirés des îles caribéennes et des pantalons XXL puisés chez les skateurs et les surfeurs californiens qui peuplaient les séries télévisées de son enfance.

Conscience

Inconditionnel du brassage des cultures, Vincent Frédéric-Colombo aime aussi mixer ses passions artistiques. L’été 2024, pour la présentation de sa collection, le DJ installe une ambiance musicale anxiogène au jardin des Traverses, dans le 18ᵉ arrondissement de Paris, évoquant l’imminence d’une catastrophe… "MAGMA 76", le titre du défilé, évoque la dernière éruption du volcan de la Soufrière, en 1976, qui a provoqué l’évacuation de plus de 70 000 personnes sur l’île de Basse-Terre. "Les bandes-son de mes défilés sont très importantes, et je les travaille de plus en plus. C’est comme la bande-son d’un film, ça aide la narration, parfois même plus que la collection elle-même."

Si tout est réfléchi dans le travail du créateur, une question demeure : pourquoi n’avoir pas écrit le nom de sa marque, "Créole”, d’un seul tenant ? "'Créole' est un mot qui traduit un regard extérieur posé sur nous, renvoyant à la période coloniale, décrypte-t-il. Mon sigle, lui, revendique une Conscience relative à l’émancipation outrepassant les entraves."

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Crédit photo : Aveynet Bezo