Sorti au cinéma ce mercredi 4 mars, le nouveau film de l'Australien David Michôd retrace la vie de la première boxeuse professionnelle, l'Américaine Christy Martin, incarnée par l'actrice Sydney Sweeney.
Une championne de boxe lesbienne incarnée par Barbie Sweeney… Curiosité. Le réalisateur australien David Michôd, auteur d'Animal Kingdom et de The King (sur Netflix, avec Timothée Chalamet), a consacré son nouveau film à la biographie de l'Américaine Christy Martin, pionnière de la boxe anglaise féminine dans les années 1990.
Christy suit ainsi l'ascension d'une fille d'un mineur de charbon née, en 1968, dans le nord-est des États-Unis et devenue tête d'affiche d'un sport qui ne voulait pas d'elle. Le cinéaste, auteur également de War Machine, retrouve son terrain favori, celui d'univers masculins où la violence structure les rapports de pouvoir. L'histoire de l'athlète avait déjà fait l'objet plusieurs récits, notamment dans L'Envers du sport : Une boxeuse en enfer. Mais là où ce documentaire de Netflix donnait la parole à la boxeuse et disséquait les violences conjugales dont elle a été victime, le film privilégie la dramaturgie et la fabrication de la légende.
Sydney Sweeney en Barbie butch
Devant la caméra, c'est donc Sydney Sweeney qui enfile les gants pour traverser la vie semée d’embuches de la boxeuse, depuis l'entraînement acharné aux combats mal payés, son mariage avec un coach possessif et la fabrication d'une image marketing. Un choix inattendu, pour incarner une butch précaire, que l'actrice glamour révélée par la série Euphoria avant de devenir l'égérie aux "bons gènes" de l'Amérique trumpiste. Sortant de sa zone de confort, l'évaporée sexy de The White Lotus épaissit néanmoins sa présence, et le décalage produit quelque chose.
Pour exister, Christy Martin doit d'abord accepter les règles d'un jeu truqué. La boxe féminine n'existe pas ; les coachs n'y croient pas, les promoteurs regardent les aspirantes comme des bêtes de foires, il faut donc cogner fort pour réussir. De ce point de vue, le film n'a rien à envier aux classiques du genre, de Rocky à Creed, montrant les améliorations techniques, la gestion du poids, l'effervescence aussi d'une discipline qui se professionnalise peu à peu. David Michôd ne fait pas de son héroïne une naïve qui subit sa condition : la gouine sait ce qu'elle veut, et fait le choix conscient du placard où la mènent sa famille et l'homophobie qu'elle a intériorisée. Dans ce mariage de couverture, c'est aux violences conjugales qu'il lui faut alors survivre.
La question de l'image traverse tout le récit, installant une tension permanente entre vitrine et authenticité. À l'écran, Christy est une butch assumée, au corps fonctionnel et musculeux, loin des physiques sculptés et élancés des athlètes d’aujourd'hui. Hors du ring, on s'empresse de la maquiller pour la féminiser aux yeux de la bonne Amérique hétéropatriarcale. On pense à l'image même de Sydney Sweeney, et les archétypes féminins imposés se bousculent en échos dans ce film qui tient en haleine de bout en bout.
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Crédits photos : Metropolitan Films