L'association ACT (Against conversion therapy), qui a récolté plus d'un million de signatures pour sa pétition proposant l'interdiction des "thérapies" de conversion dans toute l'Union européenne, enjoint à Hadja Lahbib, commissaire en charge de l'Égalité, d'œuvrer pour l'interdiction de ces pratiques relevant de la torture.
Les "thérapies" de conversion sont reconnues comme des pratiques de torture par l’ONU. Et bien qu’elles soient interdites en France depuis 2022, ces pratiques demeurent légales dans 19 pays de l'Union européenne. Madame Hadja Lahbib, en tant que Commissaire européenne en charge de l’Égalité, nous vous adressons cette tribune et vous demandons d’agir.
Le 17 mai 2025, pour la journée internationale contre les LGBTIphobies, nous célébrions le succès de l’Initiative citoyenne européenne appelant à "l’interdiction des pratiques de conversion dans l’UE ". Cette campagne avait rassemblé les signatures de plus de 1,2 million de citoyen·nes, et de plus de 300 ONG qui vous appelaient à mettre fin à l’impunité et à protéger les personnes LGBTI+ en Europe. En atteignant le seuil du million de signatures, cette Initiative citoyenne européenne a été validée au regard du droit européen et contraint légalement la Commission européenne à y répondre avec soit un acte législatif, soit un refus d’agir justifié. Mais aucune justification ne pourrait expliquer que la Commission accepte que les personnes LGBTI+ continuent d’être torturées en Europe en raison de leur identité.
La pression institutionnelle et citoyenne grandit contre ces pratiques qui visent à modifier, à réprimer ou à occulter l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou l’expression de genre d’une personne LGBTI+. C’est même le Parlement européen qui, au travers de l’adoption du Rapport annuel sur la situation sur les droits fondamentaux dans l’UE, "demande instamment, à ce que la Commission présente une proposition d’acte juridique visant à interdire les pratiques de conversion dans l’ensemble des États membres, pour faire suite à l’initiative citoyenne européenne".
Une position ferme reprise également par le Conseil économique et social européen qui somme également la Commission à agir en faveur de l’interdiction des "thérapies" de conversion et de l’interdiction des mutilations intersexes suite à notre campagne. De la même manière, en dépit des attaques incessantes de l’extrême droite européenne sur les droits LGBTI+, une large majorité des parlementaires, de tous bords politiques, se positionnent en soutien d’une loi européenne. Car défendre de telles pratiques signifie aller à la fois à l’encontre de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, de l’opinion publique mais surtout de la décence qui s'impose à toutes et tous. Certains affirment que ces pratiques représentent une époque passée, des phénomènes qui n’existent plus. Mais elles continuent bel et bien d’exister en Europe.
De la région de Valence, en Espagne, à la banlieue de Varsovie, en Pologne, les témoignages se multiplient. Ils permettent de comprendre qu’il ne s’agit non pas de cas isolés, marginaux, mais bel et bien d’un système organisé, parfois transnational, et qui résulte en des violences inouïes qui devraient être interdites, et non pas légales, comme dans la majeure partie du continent.
Désormais, le compte à rebours est lancé, la Commission européenne a jusqu’au 18 mai 2026 pour répondre à l’Initiative citoyenne européenne de ACT (Against Conversion Therapy). Condamner ne suffit plus, il faut désormais agir et interdire les "thérapies" de conversion partout où elles existent. Madame Lahbib, les citoyen·nes européen·nes vous le demandent.
Crédit photo : Commission européenne / Claudio Centonze