L'importance de l'échelon municipal dans nos vies n'est guère reflété dans les programmes des listes candidates aux élections. L'Index de l'engagement LGBTI+ et l'association Paris sans sida ont produit un travail qui permet d'y voir plus clair, notamment à partir du cas de Paris.
"Deux posts sur les municipales en quelques jours, deux posts sur des candidatures parisiennes. Vous savez qu'il y a des élections aussi dans ces espaces au-delà du périphérique qui comptent 97% de la population de ce pays ?" Comme l'a relevé un de nos lecteurs, les élections municipales ne sont pas les plus faciles à traiter pour une petite rédaction comme celle de têtu·. Entre ne pas les couvrir et se limiter au cas parisien pour illustrer les clivages, nous avons choisi la seconde option, d'autant plus valable que la population LGBT est importante dans la capitale.
À lire aussi : Présidentielle 2027 : les intentions de vote des LGBT
Afin d'éclairer le débat et de donner une lecture plus globale à cette séquence électorale, le collectif L'Index de l'engagement LGBTI+ a mené, en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès, une étude inédite sur la prise en compte de ces enjeux dans la campagne municipale 2026, auprès de 40 têtes de liste dans 15 grandes villes de France : Bordeaux, Dijon, Le Havre, Lille, Lyon, Marseille, Montpellier, Nantes, Nice, Paris, Perpignan, Reims, Rennes, Strasbourg et Toulouse. "La bonne volonté des candidat·es suffit-elle à pallier les angles morts des programmes ?", interroge l'Index.
#Municipales2026 : quelle place pour les enjeux LGBTI+ ? Le collectif L’Index de l’engagement LGBTI+ a analysé les programmes de listes candidates dans 15 grandes villes https://t.co/v3bZTxZ3iJ
— Fondation Jean-Jaurès (@j_jaures) March 4, 2026
LGBT, qui s'en fout ?
Premier enseignement : "Aucune liste RN/RN-UDR n'a donné suite aux sollicitations de l'Index de l’engagement LGBTI+, malgré les relances répétées auprès de l'ensemble des forces politiques." De quoi relativiser la drague ostentatoire d'un électorat homo par le parti de Marine Le Pen.
Deuxième confirmation : "L'absence des enjeux LGBTI+ du débat médiatique et politique local, en contraste frappant avec l'ampleur des besoins identifiés sur le terrain." Sur ce dernier point, les auteurs identifient plusieurs compétences municipales : "Soutien au tissu associatif, prévention et lutte contre les violences, politiques sociales et éducatives, accueil des usager·es, formation des agent·es, aménagement de l’espace public, etc." L’échelon municipal, signale le rapport, "est un des niveaux où l'effectivité des droits se concrétise et se traduit dans le quotidien des personnes concernées."
"L'échelon municipal permet de s'inscrire dans un registre de proximité, sans raviver des débats nationaux plus polarisants."
La difficulté à produire des propositions concrètes améliorant la vie des personnes LGBT se traduit différemment selon l'appartenance politique des listes interrogées. À gauche, on contourne l'obstacle en tendant "davantage à inscrire ces enjeux dans une perspective émancipatrice, politisée et structurée", selon "une approche historiquement centralisée des droits LGBTI+." En clair, peu de propositions municipales mais une défense des personnes LGBT et de leurs droits au niveau national.
Si seulement 46% des listes de gauche identifient l'échelon municipal comme le plus pertinent pour agir, c’est 90% des listes classées à droite. Comme un refuge, relève l'étude, puisque "l'échelon municipal permet de s'inscrire dans un registre de proximité, sans raviver des débats nationaux plus polarisants" et "d'intervenir sans reconnaître explicitement les publics LGBTI+, en intégrant ces enjeux dans des politiques générales d'égalité ou de cohésion sociale".
"Nombre de listes semblent ne pas mesurer pleinement l'étendue de leurs compétences en la matière."
L'Index de l'engagement LGBTI+ mesure un écart net entre les paroles et les actes. "Nombre de listes semblent ne pas mesurer pleinement l'étendue de leurs compétences en la matière", et paraissent de toute façon ne pas vouloir se risquer sur ce terrain. Le rapport met ainsi en cause "la croyance des candidat·es qu'un positionnement politique sur ces enjeux constitue un risque électoral : évoquer ces sujets ferait naître l'incompréhension des électeur·ices non-concerné·es, qui les jugeraient peu ou pas important au regard d’autres enjeux."
Reste que, sans surprise, la gauche est mieux-disante dans sa prise en compte des sujets LGBT+, en particulier dans les plus grandes villes. "Ce phénomène reflète les capacités politiques, financières et administratives de ces villes, qui vont de pair avec un tissu associatif plus dense, et semble confirmer que les communes dotées de moyens et de visibilité sont davantage attendues sur ces questions", souligne le rapport.
À Paris, droite Dati vs. droite Bournazel
La campagne municipale à Paris fait justement l'objet d'un autre travail, réalisé par Paris sans sida. À partir des mesures qu'elle propose dans le cadre de son plaidoyer "Battant·es", l'association a envoyé 20 questions aux quatre têtes de liste principales de la droite et de la gauche : Emmanuel Grégoire, Rachida Dati, Sophia Chikirou, Pierre-Yves Bournazel.
La lecture des réponses apportées est particulièrement intéressante dans ce second tour, où ne restent que trois listes en lice, celle de Pierre-Yves Bournazel (droite, Horizons) ayant choisi de fusionner avec celle de Rachida Dati (droite, Les Républicains). Si le soutien des listes de gauche aux propositions de l'association était attendu, les différences de réponses apportées par celles de droite prennent toute leur importance au moment de leur alliance…
✅Serez-vous le Maire d'une ville sans transmission du VIH ? @egregoire répond au questionnaire d'ELCS ! ⤵️ pic.twitter.com/SXOXdMNzMh
— Elus Locaux Contre le Sida (@ElusContreSida) March 5, 2026
Sur la promesse de défendre le principe de l'accès à l'Aide médicale d'État, Pierre-Yves Bournazel répond par l'affirmative, tandis que Rachida Dati dit "non", arguant d'une "nécessité de transformer l'AME en profondeur". Même décalage sur l'idée d’un vœu interdisant les mesures d'éloignement du territoire pour les personnes vivant avec le VIH : "Oui", réitère Bournazel, "non", dit Dati. Rebelote sur les dispositifs spécifiques d'accompagnement des usagers de chemsex, Rachida Dati précisant : "Je refuserai tout projet qui propose à l'inverse d'accompagner dans la consommation." Laquelle de ces deux visions prévaudrait en cas de victoire de la droite parisienne ? Le retrait de Pierre-Yves Bournazel et de Clément Beaune de la liste d'alliance du second tour laisse présager de la réponse.
Dans l'étude publiée par la Fondation Jean-Jaurès, on trouve toutefois un motif d'espoir au chapitre "La place des personnes trans dans les programmes : indicateur du degré de maturité politique". Où l’on peut lire que si "la transidentité fait l'objet d'une politisation nettement plus affirmée à gauche", deux listes de droite ont affirmé "une approche administrative et fonctionnelle". En effet, deux candidats non affiliés à la gauche avaient signé, en décembre dernier, le manifeste publié par têtu· les engageant à faciliter enfin la vie des personnes trans et, plus largement, des familles queers : Pierre-Yves Bournazel (Paris) et Pierre Jakubowicz (Strasbourg), tous deux membres de la droite Horizons, d'Édouard Philippe. La possibilité d'une droite qui renvoie en 2027 La Manif pour tous dans son placard, on ne dit pas non.
À lire aussi : La primaire pour 2027, dernier espoir d'une gauche plurielle
Crédit photo : Bertrand Guay / AFP