Les associations de terrain les plus en pointe sur la prévention des risques liés à la pratique du chemsex, dont Chems Pause, Actions Traitements et la Fédération Addiction, interpellent les pouvoirs publics sur les effets dangereux de la répression anti-drogue, faisant valoir que des morts pourraient être évitées.
Bordeaux, Lyon, Tourcoing, Paris : la presse locale se fait régulièrement l’écho d'hommes morts dans le cadre du chemsex, se délectant bien souvent de détails inutiles… Sans jamais aborder la vraie question posée par ces drames : combien de ces morts auraient pu être évitées si les personnes présentes sur place avaient appelé les secours à temps ?
Les décès liés aux drogues ne sont ni des faits divers isolés, ni des fatalités, mais le symptôme d’un problème de santé publique aggravé par un cadre légal obsolète. En France, consommer des drogues expose à des amendes et à des peines de prison. Et cette pénalisation n’est pas théorique : dans de nombreuses situations, lorsque les secours sont appelés pour une surdose ou une détresse vitale, la police se rend sur place avec les pompiers et le Samu.
Cette réalité produit un effet dramatique et parfaitement documenté par les acteur·ices de terrain : la peur. Peur, pour la victime comme pour la personne souhaitant venir en aide, d’être interpellée, verbalisée, poursuivie, peur de conséquences judiciaires durables. En conséquence, face à une situation d’urgence, on hésite, on temporise, on tente de "gérer". Parfois trop longtemps, et des personnes meurent alors qu’elles auraient pu être sauvées.
Frein majeur aux secours
Ce qui est observé dans le cadre du chemsex concerne en réalité l’ensemble des usages de drogues. Surdoses d’opioïdes, mélanges de produits, consommations festives ou solitaires : partout, la pénalisation de l’usage constitue un frein majeur à l’appel aux secours et, de fait, à l’accès aux soins. Ce constat est partagé depuis des années par les professionnel·les de santé, les associations de réduction des risques et les organisations communautaires.
Continuer à pénaliser la simple consommation de drogues relève aujourd’hui d’un aveuglement mortifère : comme l’illustrent les statistiques récentes sur la hausse des consommations, cette politique ne permet pas de réduire l’usage de drogues ni de réduire les pratiques à risque, ni même de lutter contre les trafics comme le prétendent de nombreuses personnalités politiques. En revanche, elle contribue à renforcer la stigmatisation des personnes concernées, à les éloigner des dispositifs de prévention et de soin, et à créer des situations où la loi pénale devient littéralement mortelle.
Ni banaliser les drogues, ni nier les risques
Dépénaliser l’usage ne signifie ni banaliser les drogues, ni nier leurs risques. Cela signifie au contraire se donner les moyens de les réduire. Cela signifie envoyer un message clair : face à une urgence médicale, la priorité absolue est la vie humaine, pas la répression. Cela signifie permettre aux témoins d’un malaise ou d’une surdose d’appeler les secours sans craindre des poursuites. Cela signifie replacer la santé publique, la prévention et l’accompagnement au cœur de la politique des drogues.
De nombreux pays ont déjà fait ce choix, avec des résultats probants : baisse des décès, amélioration de l’accès aux soins, renforcement des politiques de réduction des risques. En France, persister dans une logique punitive inefficace n’est plus tenable.
Il est temps de changer la loi. Dépénaliser la simple consommation de drogues n’est pas une option idéologique : c’est une nécessité sanitaire et humaine. Chaque jour qui passe sans réforme expose d’autres personnes à des morts évitables.
Signataires :
Fédération Addiction
Aides
Actions Traitements
Act Up-Paris
Chems Pause
ENIPSE
Inter-LGBT
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Crédit illustration : Clément Louis