Pedro Almodóvar est de retour au Festival de Cannes, où il a présenté Autofiction qui, comme l'indique son titre français, reprend l'exploration de sa propre vie que le réalisateur espagnol avait ouverte avec Douleur et Gloire. Un film impudique et puissant, qu'on peut voir au cinéma dès ce mercredi 20 mai.
Jusqu’où aller pour écrire de la fiction ? Jusqu’où s’inspirer du réel sans trahir ses proches ? Poursuivant la veine autobiographique initiée avec le bouleversant Douleur et Gloire, Pedro Almodóvar met à nouveau en scène un réalisateur sur le déclin dans Autofiction, que l'habitué du Festival de Cannes a présenté cette semaine en sélection officielle, juste avant sa sortie au cinéma ce mercredi 20 mai.
À lire aussi : "Du fioul dans les artères" : mon mec à moi, il conduit des poids lourds
Raùl, double de cinéma du réalisateur espagnol, est un cinéaste en panne d’inspiration qui se nourrit, tel un vampire, des drames traversés par ses proches pour écrire. Il se projette alors dans la tête d’un alter ego fictionnel, Elsa, elle-même une réalisatrice en pleine crise créative et qui, comme lui, recycle les traumas de son entourage pour alimenter ses scénarios. C'est sur cette entêtante mécanique de récits gigognes que se construit ce récit, intitulé dans sa version originale d’après les souvenirs d’un Noël amer qui hantent le personnage féminin : Amarga Navidad.
Si Douleur et Gloire, qui avait bouleversé les festivaliers de la Croisette en 2019, tenait de l’autoportrait à cœur ouvert, Autofiction relève plutôt de l’introspection cérébrale, un rien théorique mais incontestablement séduisante. À 76 ans, loin des discours parfois cyniques de vieux maîtres revenus de tout, le cinéaste espagnol y affirme avec force qu’il ne serait rien sans les autres, et que le cinéma ne serait rien sans la vie. Diablement réussi, le film démontre une fois de plus le talent incomparable de Pedro Almodóvar pour l’honnêteté brute. Une palme pour Autofiction ?
À lire aussi : "Homosexuel, j'ai dû prouver que j'étais un homme" : rencontre avec Pedro Almodóvar
Crédit photo : El Deseo / Iglesias Mas