présidentielle"Choisir 2027" : une candidature social-démocrate unique est-elle possible ?

Par Nicolas Scheffer le 24/09/2026

Enterrée, la grande primaire du "Front populaire 2027" prévue pour le 11 octobre. À sa place, le PS et ses alliés doivent choisir entre cinq personnalités, tandis que plusieurs candidatures s'échafaudent à l'extérieur. Au centre du jeu, toujours la même question : que faire de Jean-Luc Mélenchon ?

"C’est un grand jour pour la gauche, pour les écologistes. Nous avons prêté serment." Olivier Faure ne mégote pas sur les formules en ce mercredi de juillet 2025. À Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, le patron du Parti socialiste (PS) vient de s'accorder avec plusieurs responsables politiques de la gauche pour une candidature commune à la présidentielle. "C’est un peu émouvant", lâche son homologue écologiste, Marine Tondelier, partie prenante de cette initiative, de même que Clémentine Autain et François Ruffin, lequel souligne : "Nous aurons un programme commun et un candidat commun, ce n’est pas rien." Sans Jean-Luc Mélenchon, cela s'entend, le leader de La France insoumise (LFI) ayant prévu, comme à son habitude, de partir seul à l'assaut de 2027.

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L'affaire se formalise en janvier dernier, avec l'annonce d'une primaire, prévue pour le 11 octobre 2026. L'initiative, baptisée "Front populaire 2027", ambitionne de faire perdurer l'esprit de la gauche unitaire qui a assuré le succès inespéré du Nouveau Front populaire (NFP) aux élections législatives anticipées de 2024, à la suite de la dissolution surprise de l'Assemblée nationale. Lucie Castets, qui avait alors été désignée candidate du NFP pour Matignon, incarne cette continuité comme porte-parole de la primaire. Mais en cette fin d'été 2026, un an après le "serment de Bayeux", l'intéressée a quelque peu déchanté. "La rentrée est dure dure", confie-t-elle. Entretemps, l'initiative a été écrasée par une autre primaire, organisée par le PS, dont le premier tour est fixé aux 9 et 10 octobre. RIP la primaire unitaire du 11 octobre, donc.

Mélenchon ou pas

"De fait, cette primaire a été enterrée par la démarche du parti socialiste (PS)", accuse l'ancien eurodéputé François Thiollet, secrétaire national des Écologistes. Dès le départ, Raphaël Glucksmann a affiché son refus de participer à la primaire du "Front populaire 2027", préférant négocier avec les socialistes les conditions d'une autre primaire. Mais la primaire du 11 octobre avait aussi ses adversaires au PS. Boris Vallaud, chef des députés socialistes, s'est ainsi opposé au processus soutenu par Olivier Faure, jugé trop étriqué sans Raphaël Glucksmann. Les règles de la primaire du PS ont finalement été négociées avec le mouvement de ce dernier, Place publique, auquel s'est adjoint le petit parti Gauche républicaine et socialiste (GRS) représenté dans le processus par son fondateur, le député Emmanuel Maurel.

Changer de primaire, mais pour quoi faire ? Les deux scrutins n'ont pas tout à fait la même signification politique. Le "Front populaire 2027" devait faire émerger une candidature commune à la gauche non mélenchoniste, avec pour mandat de tenter de "faire mieux" que Jean-Luc Mélenchon, selon la formule du leader de LFI. "Choisir 2027" doit trancher une question plus précise : quelle gauche opposer à celui qui a déjà annoncé sa candidature ? Le premier débat entre les cinq candidat·es, ce mercredi 23 septembre sur LCI, l'a confirmé : davantage que leurs divergences programmatiques, c'est leur rapport à LFI qui dessine la principale ligne de fracture de cette primaire. D'un côté, Raphaël Glucksmann a construit son offre politique sur la rupture avec Jean-Luc Mélenchon, qu'il a notamment accusé d'user des "pires codes de l'extrême droite" en jouant sur la sonorité de noms juifs, dont le sien. "Au second tour de l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon ne l'emporterait pas face à Marine Le Pen. Est-ce le risque que l'on veut faire prendre à la France et à la gauche ?", interroge Sacha Houlié, député de la Vienne proche du leader de Place publique.

À l'inverse, Olivier Faure est l'un des artisans de l'alliance conclue avec LFI lors des élections législatives de 2024. "Il appartiendra au vainqueur de la primaire de définir la stratégie de rassemblement. Jean-Luc Mélenchon est un concurrent, mais n'est pas un ennemi. Olivier veut rassembler derrière lui pour changer les choses", soutient le député socialiste Arthur Delaporte. Une troisième voie est défendue par Ségolène Royal : discuter avec LFI tout en se présentant comme l'antithèse de Jean-Luc Mélenchon. "Ségolène Royal veut incarner la France tranquille et l'ordre juste, soutient Luc Carvounas, maire socialiste d'Alfortville, dans le Val-de-Marne. On la connaît, elle est expérimentée et capable de parler à la France populaire."

Éviter l'irréconciliable

Reste à traverser la primaire sans qu'elle produise davantage de divisions qu'elle n'est censée en résoudre. Premier accroc dès son démarrage, à la clôture des candidatures le 15 septembre : le député de l'Eure Philippe Brun, qui devait participer au scrutin, en a été écarté après sa suspension du parti à la suite d'accusations de violence portées par une ancienne collaboratrice. La justice a depuis rejeté sa demande de réintégration, en première instance puis en appel. Philippe Brun dénonce "une manœuvre ourdie par les bras droits des deux principaux dirigeants du Parti socialiste".

Et puis il y a Ségolène Royal. Si, dans Drag Race, le roast se pratique avec bienveillance, en politique, il tourne volontiers à la terre brûlée. L'ancienne candidate à la présidentielle ne se prive pas de distribuer les piques assassines : elle a notamment qualifié Raphaël Glucksmann de "stagiaire en politique" et l'accuse de préparer une alliance avec le centre et la droite pour faire barrage à LFI.

Une fois les querelles surmontées, encore faudra-t-il que les gens votent. Les primaires de 2011 et 2017 avaient respectivement réuni 1,66 million puis 2,6 millions d'électeurs, donnant à leurs vainqueurs une légitimité dépassant largement les appareils qui les organisaient. Cette fois, personne n'attend une telle mobilisation. Et la participation demandée aux non-adhérents, fixée à 15 euros au tarif normal, ajoute un obstacle régulièrement pointé par les candidats eux-mêmes.

Hollande, Pigasse, Polony…

"Moins de 100.000 participants, ce serait terrible pour le candidat. Autour de 300.000 à 400.000, cela peut créer une dynamique", estime Luc Carvounas. L'objectif paraît ambitieux : à la veille du premier débat, le président de la commission d'organisation de la primaire, Patrick Mennucci, évoquait plutôt un corps électoral d'environ 50.000 personnes, susceptible selon lui d'atteindre 100.000 grâce aux débats télévisés. En embuscade, le dernier président socialiste, François Hollande, a déjà entrepris de faire de cette mobilisation un test. "La primaire, non seulement risque de diviser, mais n'aura pas la dynamique que nous avons connue à d'autres époques", déclarait fin août le député de la Corrèze qui attend son moment, lui qui a publié en cette rentrée un livre programmatique, Unir.

Et même une primaire réussie ne mettrait pas fin à la dispersion. À la gauche du PS, François Ruffin continue d'afficher des ambitions présidentielles, regrettant d'avoir été laissé hors du nouveau processus social-démocrate, alors même qu'Olivier Faure plaidait encore début septembre pour son élargissement. Raphaël Glucksmann s'y est opposé. "Si on ne parvient pas à s'entendre, Marine Le Pen va à l'Élysée", s'emporte Sophie de la Taille, députée du Val-de-Marne qui soutient le député de la Somme. "Cette primaire vise à proclamer l'existence de la gauche de gouvernement et de montrer notre crédibilité, pas l'inverse...", rétorque non sans malice Sacha Houlié.

Absents de la primaire, les Écologistes n'échappent pourtant pas au dilemme qui la traverse : que faire de Jean-Luc Mélenchon ? Après l'échec de la primaire unitaire qu'ils défendaient, ils ont repoussé leur choix à décembre. D'ici là, Marine Tondelier reste leur candidate et la direction négocie avec l'ensemble des forces de gauche. En interne, les options sont déjà incarnées : Sandrine Rousseau plaide pour un ralliement à LFI, tandis que Yannick Jadot a rejoint Raphaël Glucksmann. "On veut ouvrir les discussions avec tout le monde mais si on disparaît, l'écologie disparaît du débat politique", alerte François Thiollet. De l'avis général, la situation à gauche sera stabilisée au début de l'année 2027. À condition que d'autres candidatures ne viennent pas encore rebattre les cartes. Le banquier d'affaires Matthieu Pigasse et l'éditorialiste Natacha Polony, notamment, fourbissent aussi leurs armes pour 2027. Un an après avoir juré de se trouver "un programme commun et un candidat commun", la gauche n'a pas tout à fait terminé de compter ses candidat·es.

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Crédit photo : JULIEN DE ROSA / AFP