Cinq candidats, deux tours et un vote ouvert au public : le Parti socialiste et Place publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann, organisent en octobre la primaire "Choisir 2027" pour désigner leur candidat·e à l'élection présidentielle. Mode d'emploi.
Comment ne pas répéter la catastrophe du 21 avril 2002 ? Vingt-cinq ans et quatre présidentielles après l'élimination de Lionel Jospin dès le premier tour face à Jean-Marie Le Pen, la gauche garde en mémoire son péché capital : huit candidatures issues de ses rangs étaient alors alignées au premier tour. Depuis, la dispersion fait figure de scénario catastrophe.
Après le traumatisme de 2002, la gauche socialiste n'a plus abordé une seule présidentielle sans organiser en amont un processus de sélection, aux modalités changeantes. En 2006, le Parti socialiste (PS) organise une primaire interne qui adoube Ségolène Royal ; en 2011, une primaire ouverte au public désigne François Hollande ; en 2017, celle de la Belle Alliance populaire sacre Benoît Hamon ; en 2021, une nouvelle primaire interne du PS désigne Anne Hidalgo.
Et pour 2027, alors ? Le peuple de gauche n'a pas oublié, se montrant à 82% favorable à une primaire, selon un sondage Ipsos publié au printemps. Du côté des états-majors, c'est moins clair. Dès juillet 2025, des socialistes, écologistes et anciens de La France insoumise (LFI) s'engagent, lors du "serment de Bagneux", à présenter un programme et une candidature communs en 2027. La photo de famille réunit alors Olivier Faure (PS), Marine Tondelier (Les Écologistes), François Ruffin (Debout !), Clémentine Autain (L'Après) et Benjamin Lucas (Génération·s). Nommée garante du processus, Lucie Castets déclare dans têtu· : "J'espère que l'union sera la plus large possible pour l'élection présidentielle. C'est la condition pour que la gauche puisse gouverner."
Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Un an plus tard, les cartes sont rebattues. La primaire issue du serment de Bagneux, initialement prévue le 11 octobre, a fait long feu, victime des divisions au sein du PS et du refus de Raphaël Glucksmann d'y participer avec son mouvement, Place publique (PP). Le Parti communiste (PCF) et LFI avaient eux aussi décliné. Cet été, le PS annonce l'organisation de "Choisir 2027", sa primaire "socialiste et démocratique", dont le principe est approuvé par ses militants le 9 juillet. Les modalités sont ensuite négociées avec Place publique et définitivement arrêtées fin août. On vous les explique.
Qui peut se présenter à "Choisir 2027" ?
La primaire départage les candidatures issues de trois partis : le PS, Place Publique et la Gauche républicaine et sociale (GRS). Toutes ne sont pas soumises aux mêmes règles. Les socialistes doivent obtenir le parrainage de 15 membres du Conseil national, de 10 parlementaires et de 50 maires ou présidents d'intercommunalité, ou bien de 50 conseillers départementaux ou régionaux, ces deux dernières catégories devant être réparties dans plusieurs départements et régions. Place publique et la GRS fixent de leur côté leurs propres conditions de candidature et ont déjà désigné leur représentant.
Qui sont les cinq candidat·es ?
Raphaël Glucksmann fait figure de favori dans les sondages. L'eurodéputé de Place publique a notamment rallié Boris Vallaud, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, ainsi que Yannick Jadot, candidat écologiste à la présidentielle de 2022.
Olivier Faure, premier secrétaire du PS, défend une autre ligne. Artisan du Nouveau Front populaire (NFP) lors des élections législatives de 2024, il avait permis l'union de la gauche avec La France insoumise après la dissolution de l'Assemblée nationale.
Autre figure du scrutin : Ségolène Royal. Qualifiée au second tour de la présidentielle de 2007 puis ministre de l'Écologie sous François Hollande, elle recycle aujourd'hui son "ordre juste", auquel elle adjoint "la France tranquille", écho à "la force tranquille" de François Mitterrand.
Deux autres prétendants complètent l'affiche : le socialiste Jérôme Guedj revendique une ligne "universaliste et pro-européenne", tandis qu'Emmanuel Maurel, candidat de la Gauche républicaine et socialiste (GRS), entend "défendre les travailleurs".
Un sixième candidat était en lice : Philippe Brun. Mais le journal Le Monde annonce que le bureau national du PS, réuni ce mercredi 16 septembre pour valider les candidatures au lendemain de la date limite de dépôt des dossiers, a suspendu à titre conservatoire le député socialiste de l'Eure après "une saisine de la direction pour des faits graves" en lien avec une ancienne collaboratrice. "Je ne connais pas ces faits, a réagi l'intéressé auprès de RTL. Je constate que sur la foi d'un signalement envoyé hier à 23h50, on empêche un parlementaire ayant réuni tous ses parrainages d'être candidat." Il ne participera donc pas à la primaire.
À quoi engage la participation ?
Tous les candidats doivent signer une charte. Elle les engage, une fois désignés, à "proposer le rassemblement à tous les partis de la gauche démocratique, écologique et républicaine" afin de construire "un programme commun, un accord législatif et un contrat de gouvernement". C'est-à-dire jusqu'où ? Raphaël Glucksmann, farouchement opposé à Jean-Luc Mélenchon, voulait y inscrire explicitement l'absence de tout accord avec La France insoumise (LFI), notamment lors des prochaines élections législatives. La direction du PS a obtenu que cette exclusion ne figure pas dans la charte.
Qui peut voter ?
Les adhérents à jour de cotisation du PS, de Place publique et de la GRS peuvent participer au scrutin. Les autres doivent s'inscrire sur la plateforme "Choisir 2027" et s'acquitter de 15 euros, ou de 10 euros au tarif social pour les personnes sans emploi, les étudiants et les personnes à faibles revenus. Pour voter au premier tour, l'inscription doit être effectuée avant le 5 octobre à 23h59.
Le tarif fait grincer des dents jusque parmi les candidats : Olivier Faure a notamment dénoncé le risque d'un "vote censitaire". Quinze euros, c'est en effet bien davantage que l'euro symbolique demandé par tour lors de la primaire citoyenne de 2011.
Quand la primaire aura-t-elle lieu ?
Le scrutin, entièrement numérique, se déroule en deux tours : les 9 et 10 octobre pour le premier et, si aucun candidat ne l'emporte à la majorité absolue, les 16 et 17 octobre pour le second.
Trois débats sont prévus avant le premier tour : le 23 septembre sur LCI, le 1er octobre sur France 2 et France Inter, puis début octobre sur BFMTV, à une date qui reste à préciser.
Mais à chacun son calendrier : François Hollande a annoncé qu'il déciderait en décembre s'il se présente ou non à l'élection présidentielle… De quoi rebattre encore les cartes à la fin de l'année.
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