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portraitArnaud Abel : "La laïcité protège les LGBT"

Par Nicolas Scheffer le 29/09/2026
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À rebours d’une partie du militantisme queer, Arnaud Abel revendique l’universalisme et la laïcité sans rien céder à l’extrême droite. Ce centriste pur et dur tient cette ligne de crête à la tête de son association Fiertés citoyennes.

Photographie : Antoine Doyen / Mirage Collectif pour têtu·

Arnaud Abel n’a rien d’un révolutionnaire. Ce fonctionnaire parisien de 52 ans revendique même une certaine allergie aux radicalités. Pourtant, depuis qu’il préside Fiertés citoyennes, association LGBT+ fondée sur l’universalisme, la laïcité et les autres valeurs républicaines, le voilà au cœur d’une bataille qui déchire le militantisme queer. Autorisée à défiler à la Pride de Paris en 2023, son association en est aujourd’hui écartée, pour cause de bisbille numérique avec des membres de l’Inter-LGBT.

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D’aussi loin qu’il se souvienne, la modération politique a pourtant toujours fait partie du décor. Né à Vannes (Morbihan), aîné de trois enfants de parents travaillant dans une horlogerie, il grandit dans une famille de centre-droit, chrétienne peu pratiquante et guère conservatrice. Un jour, sa mère s’étonne bien de trouver un têtu· dans son sac à dos d’ado, mais son homosexualité ne provoque pas de séisme familial. "Mon père a boudé pendant vingt-quatre heures, puis il est passé à autre chose", résume-t-il.

Sa carrière a la même rectitude. Après des études de droit à l’Institut régional d’administration de Nantes, il entre dans la fonction publique et passe par les ministères de la Santé, du Budget et de la Justice, avec les politiques sociales comme fil rouge. Depuis avril, il travaille au ministère de l’Agriculture. "J’ai toujours été intéressé par l’action publique, où l’on voit très concrètement l’exécution des décisions." Dans les allées de l’administration, il constate aussi l’écart entre certaines promesses et la complexité des dossiers, ainsi que l’incapacité chronique des politiques à investir le temps long, notamment sur l’écologie. Avec une conséquence qui l’inquiète : la progression des populistes, qualification qu’il attribue aussi bien au Rassemblement national (RN) qu’à La France insoumise (LFI).

Il finit donc par passer de l’autre côté de la barrière. À l’approche des municipales de 2020, un ami l’embarque dans l’aventure de Gaspard Gantzer à Paris. Lorsque l’ancien conseiller de François Hollande retire sa candidature, Arnaud Abel rejoint l’équipe de Cédric Villani. Deux ans plus tard, c’est son propre crâne nu, ses lunettes noires et sa barbe de trois jours qui apparaissent sur des affiches pour les législatives, sous la bannière de l’Union des centristes et des écologistes, petit parti qui soutient alors Emmanuel Macron. Il savait qu’il ne gagnerait pas et se félicite de ne pas avoir fini dernier. "C’était une belle expérience. J’ai appris à défendre mes opinions dans des débats politiques constructifs."

Interdit de Pride

C’est à cette époque que naît Fiertés citoyennes. Sur une boucle Telegram, Arnaud Abel et quelques amis réfléchissent à la manière de remettre l’universalisme et la laïcité au cœur du militantisme queer. Leur tribune fondatrice, publiée en 2022, entend répondre à une double menace : "La haine anti-LGBT" et, "en miroir, la radicalisation d’une minorité issue de cette vaste communauté, séduite par les idéologies identitaires et victimaires qui s’opposent à notre modèle républicain".

L’association revendique en particulier de ne pas abandonner les principes d’universalisme et de laïcité, aujourd’hui contestés par une partie de la gauche radicale. "La laïcité protège les LGBT, objecte-t-il tranquillement. Vous en connaissez beaucoup, des pays gouvernés par des religieux, qu’ils soient islamistes ou évangélistes, et où les droits des femmes et des LGBT progressent ?"

Pour les 120 ans de la loi de 1905, l’association a conçu une exposition à Paris sur le sujet. "Il s’agit de réveiller la communauté face au risque de régression, reprend Arnaud Abel. À force d’agiter des combats qui ne sont pas les nôtres, les militants radicaux alimentent nos ennemis." Il en prend pour exemple "l’omerta" sur l’homophobie dans certains quartiers populaires : "Refuser de la nommer laisse le champ libre à l’extrême droite, qui l’instrumentalise afin de gagner les votes de la communauté."

Car s’il ferraille contre une partie du nouveau militantisme queer, Arnaud Abel ne manque pas une occasion de souligner l’hypocrisie du RN sur les sujets LGBTQI+. Lorsque le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy défend les mairies qui remettent au placard le drapeau arc-en-ciel, il l’interpelle sur X : "La lutte contre les LGBTphobies, c’est OK seulement si cela sert votre agenda xénophobe." Au député du Pas-de-Calais Bruno Clavet, présent au "festival de la tolérance et de la lutte contre l’homophobie" organisé par son parti à Hénin-Beaumont, il lance : "Vous luttez contre l’homophobie au RN, c’est nouveau ?"

Depuis janvier 2025, sur les réseaux sociaux, le compte anonyme Le Coin des LGBT, qui s’est fait connaître pour sa recension de l’actualité avant de prendre un tour très militant, qualifie pourtant l’association de "groupuscule d’extrême droite". Dans une succession de tweets présentée comme une "enquête", son auteur reproche pêle-mêle à Arnaud Abel ses positions contre l’expression “personnes menstruées”, sa dénonciation de "l’entrisme islamiste", mais encore les tribunes publiées par son association dans Marianne, Le Point, L’Express, Charlie Hebdo et même… têtu·.

Cette mise au ban a un effet concret. Après y avoir défilé en 2023, Fiertés citoyennes se voit refuser en 2025 l’accès au cortège de la Pride de Paris. L’association organisatrice accuse ses membres de harcèlement numérique envers ses bénévoles. En juin dernier, rebelote, l’Inter-LGBT ajoutant au précédent grief un problème dans la procédure d’inscription. "L’exclusion de la Pride a été très difficile à vivre pour nos membres", reconnaît Arnaud Abel, qui y voit "une manœuvre de décrédibilisation et de censure pour empêcher le débat". Pas découragé, il philosophe : "Pour militer dans le milieu LGBT, il faut avoir le cuir épais !".

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