séries"Long Story Short" sur Netflix : une saga familiale et queer façon puzzle

Par Tessa Lanney le 29/08/2025
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Dans la série animée Long Story Short, on traverse les années comme on traverse un repas de famille : entre éclats de rire, tensions et révélations. Une saga universelle et queer sans pathos.

On croyait avoir tout vu en matière de séries animées “adultes” : l’alcoolisme existentiel d’un cheval ancienne star de sitcom (BoJack Horseman), un robot vulgaire qui livre des colis dans l'espace (Futurama), un extraterrestre sarcastique et manipulateur avec une passion pour le déguisement (American Dad!)… et puis arrive Long Story Short. Créée par Raphael Bob-Waksberg, le cerveau derrière BoJack Horseman, la comédie dramatique sent la knish, la culpabilité passive-agressive, et l’amour solide comme une vieille table de shabbat. Portée visuellement par l'illustratrice Lisa Hanawalt, qui avait déjà bossé sur BoJack mais aussi sur Tuca & Bertie, la série suit la fratrie juive new-yorkaise Schwooper – Avi, Shira, Yoshi – sur plusieurs décennies. Pas de narration linéaire, chaque épisode d'une vingtaine de minutes prend place dans une année différente de leur vie, comme si vous tombiez au hasard sur un album photo dont les pages se mélangent. D’une bar-mitsva à une rupture, d’un dîner raté à une crise de fratrie, c’est au spectateur de recoller les morceaux de ce puzzle familial.

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La série s’intéresse aux micro-tournants de la vie — un gala de danse, une visite d’école, un dîner qui dérape — et les traite comme des climax émotionnels. Sous ses gags de sitcom et ses sauts temporels malicieux, Long Story Short signe un grand texte sur la famille : pas celle des cartes postales, celle qui s’invente au quotidien. C’est pop mais malin, caustique mais sans cynisme, et d’une grande précision documentaire sur la fabrique des liens. Si vous avez aimé la lucidité de BoJack mais rêviez d’une chaleur plus humaine et d’un regard queer assumé, installez-vous.

Chaque épisode participe à recomposer le puzzle, puis vous laisse recoller les pièces vous-même ; c’est moins un fil rouge qu’un kaléidoscope où l’on retrouve, selon les époques, parents, enfants et ex, chacun avec ses angles morts et ses tendresses. Le geste est assumé : “family planning”, deuils minuscules, loyautés bancales, tout passe par la chronique, pas par la leçon. Là où beaucoup de séries d'animation pour adultes organisent la vie en grandes étapes (mariage, naissance, rupture, rédemption, générique), Long Story Short désynchronise tout : on saute d’une bar-mitsva à une réunion de parents, d’un vieux job catastrophique à une crise de fratrie, et ce désordre chronologique produit un effet rare : l’impression qu’une famille n’évolue pas en ligne droite mais en résonances, par des voies plurielles, pas toujours parallèles. Le temps devient un personnage qui met en lumière plutôt qu’il n’explique. Et c’est précisément là que la série sort des schémas : elle ne cherche pas le twist, elle traque le souvenir qui gratte.

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Parler de PMA sans en faire des tonnes

Pour nous autres queeros, Shira, la sœur, est le cœur battant de ce dispositif : musicienne de caractère, lesbienne, mère grâce à un parcours de PMA qui irrigue plusieurs épisodes sans voyeurisme. La série aborde frontalement les questions de don de sperme, la charge émotionnelle du projet parental, les compromis de couple… On suit Shira dans ses essais, ses faux-pas de parent, sa manière d’aimer fort ses enfants et sa fratrie, tout en ajustant ses frontières : demander de l’aide, accepter de ne pas tout réussir, et recoller les liens quand la famille s’est un peu écharpée. C’est à la fois concret, drôle, et d’une grande rigueur émotionnelle.

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Crédit photos : Netflix

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