Dix ans après Rub, Peaches revient avec No Lube So Rude, un album électro-punk aussi visqueux que politique. La canadienne de 59 ans n'a rien perdu de sa subversivité.
Peaches continue d’imposer son style trash subversif sans détours ni compromis. Avec No Lube So Rude, la chanteuse punk canadienne qui a électrifié les années 2000, signe un retour visqueux, dix ans après son dernier disque, Rub. Depuis The Teaches of Peaches (2000) jusqu’à Rub (2015), l'irrévérencieuse Merrill Beth Nisker a fait de l’électroclash un terrain d’expérimentation queer couvert de sueur et de cyprine et a dynamité la pop avec une esthétique DIY, genderfuck et un refus du bon goût. La tracklist annonce la couleur de son retour : "Hanging Titties", "Fuck Your Face", "Fuck How You Wanna Fuck"… Peaches n’a jamais été du genre à emballer ses messages dans du papier de soie et préfère, encore une fois, opter pour une vulgarité sans faux-semblants.
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Malgré son titre racoleur, No Lube So Rude n’est pas qu’un album de baise, même s’il transpire le sexe. Le lubrifiant est métaphore politique. "When the world is friction, lube isn’t a luxury. It’s a necessity…" Dans un monde sec et hostile, la douceur, la protection et la solidarité ne sont plus optionnelles. Elles sont vitales. Même logique dans "Fuck Your Face" où la chanteuse rejette la validation et la morale et transforme le vocabulaire cru en arme de résistance contre contrôle social.
Le disque cogne frontalement le climat politique. “Not In Your Mouth None Of Your Business” en est le noyau dur : "I cannot be squashed or minimized / You will never take away our pride". ("On ne peut ni m’écraser ni me réduire / Vous ne nous enlèverez jamais notre fierté.") La cible est claire : les législateurs qui s’acharnent sur les droits queers. Durant sa tournée, un dollar par billet est reversé au Trans Justice Funding Project, un fonds américain qui finance directement des collectifs trans et non-binaires. On voyait cette articulation entre intime et politique dans le documentaire diffusé sur Arte Teaches of Peaches, qui suivait la tournée anniversaire de son premier album et posait une question brûlante : comment rester subversive en dépit des années qui passent ? Réponse toute trouvée dans "Hanging Titties" : malgré les seins qui tombent et la peau qui se détend, la fureur reste intacte.
Des sons marqués par le clubbing berlinois
Musicalement, Peaches n’a pas trahi son ADN électroclash : boîtes à rythmes sèches, synthés abrasifs, voix scandée. Mais le son s’est densifié. Les basses sont plus lourdes, les textures plus industrielles, l’énergie plus club, marquée par son Berlin d’adoption. Peaches garde cette verve cradingue qu'on adore, mais avec un son accrocheur qui donne envie de se trémousser. Avec ce No Lube So Rude, Peaches confirme son statut d'icône qui refuse de devenir respectable.
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Crédit photo : The Squirt Deluxe