documentairePeaches : sur Arte, un portrait fiévreux de l'icône queer de l'électroclash

Par Tessa Lanney le 13/10/2025
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Disponible en streaming sur arte.tv, le documentaire Teaches of Peaches retrace le parcours de l'artiste canadienne un peu plus de vingt ans après ses premiers coups de pieds dans la fourmilière de la pop.

Un peu plus de vingt ans après avoir dynamité la pop avec son album The Teaches of Peaches, l’icône électroclash canadienne Merrill Nisker, mieux connue sous le nom de Peaches ressort les griffes électro-punk avec son nouveau titre "Not In Your Mouth" et signe un manifeste queer pur jus : "I cannot be squashed or minimized / You will never take away our pride." (On ne peut pas m'écraser ni me réduire / Vous ne nous enlèverez jamais notre fierté.) C’est une rage dansante contre l’effacement, un cri collectif de fierté. Le refrain  détourne le cliché pornographique pour revendiquer la souveraineté du corps queer : "Not in your mouth, none of your business"(Pas pour ton regard, pas pour ton contrôle). Entre mantra et coup de poing, Peaches transforme la pulsation industrielle en arme politique. Un hymne de résistance, moite, insolent – qu’elle promet de faire rugir sur scène lors de sa tournée "No Lube So Rude", pour l’instant annoncée aux États-Unis en 2026.

Si aucune date en Europe n'a pour le moment été communiquée, le documentaire Teaches of Peaches, réalisé par Philipp Fussenegger et Judy Landkammer, disponible sur arte.tv, capte chaque pulsation de sa tournée anniversaire de 2022. Entre concerts survoltés, archives inédites et moments d’intimité, le film retrace le parcours d’une artiste qui a fait du corps un manifeste et du scandale un outil d’émancipation. Plus qu’un portrait, c’est une plongée dans vingt ans de lutte queer, d’ironie, d’insolence et de sueur.

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Il faut se souvenir de l’effet Peaches au tournant des années 2000 : une prof d’art dramatique de Toronto devenue performeuse électro-trash, hurlant son désir sur fond de beats analogiques et de slogans jouissifs (Fuck the Pain Away, Set It Off). Entre le do it yourself, le genderfuck et le refus du bon goût, Peaches imposait une esthétique radicale loin de la provocation calibrée. Son influence irrigue aujourd’hui une génération d’artistes effrontées – de Charli XCX à Arca, en passant par Sophie ou Shygirl – qui lui doivent d’avoir ouvert la voie à l’insolence sexuelle et à la liberté totale.

La vulgarité comme acte de résistance

Le documentaire débute sur la tournée Teaches of Peaches 20th Anniversary, où l’artiste, désormais quinquagénaire, rejoue son album culte dans des shows toujours aussi indociles que jubilatoires. La caméra se faufile entre loges, coulisses, répétitions et témoignages de camarades de route : Feist, Chilly Gonzales ou Shirley Manson. Toustes disent avoir éprouvé une sidération mêlée d'admiration face à cette tornade queer. Entre deux cris de foule, on découvre une Peaches pudique, rieuse, rigoureuse, qui n’a jamais confondu liberté et improvisation. Le film alterne captations de concerts et archives VHS : ses premiers shows dans des squats berlinois, ses bricolages de scène, ses collants effilés et ses revendications pré-MeToo sans concession.

Le documentaire restitue la dimension intellectuelle et politique de la provocation de l'artiste. Loin d'en faire des outils marketing, Peaches use de la vulgarité et de la sexualité comme des stratégies de résistance. Elle les articule en une grammaire de la révolte et en fait un moyen de désarticuler le regard masculin et d’inventer une langue queer du plaisir. C’est cette rigueur punk que le film parvient à révéler derrière les stroboscopes : un esprit d’autonomie et de création sans permission.

Un refus de se définir

C’est un geste permanent de désobéissance, et non une étiquette collée sur un CV militant, qui a fait de Peaches une icône queer. Dès ses débuts, Merrill Nisker a dynamité les catégories – ni hétéro, ni lesbienne, ni homme, ni femme, mais tout ça à la fois, et parfois rien du tout. Sur scène, elle brouille les genres : seins postiches, slips métalliques, corps hybride entre cyborg et strip-teaseuse futuriste. Cette sensualité déconcertante devient un moyen de reprendre la main sur la représentation du désir. Là où la pop féminine vendait encore le fantasme lisse du “girl power”, Peaches a injecté du queer, du poil et de la fureur. Et vingt ans plus tard, son écho résonne encore dans chaque artiste qui ose se montrer transgressive sans demander la permission.

Teaches of Peaches trouve une profondeur supplémentaire lorsqu'il abode la question du vieillissement d’une icône radicale. Comment rester subversive quand l’industrie qu’on a défiée nous célèbre ? Le film ne contourne pas la question : il la met en scène. Peaches vieillit, assume et prouve qu’on peut encore foutre le feu sans rajeunir la mèche. Son enseignement, vingt ans plus tard, reste le même : on ne naît pas libre, on le performe – micro en main, seins nus et humour en bandoulière.

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Crédit photo : Arte

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