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musiqueEbony : "Je ne mets pas d'étiquette sur qui j’ai envie d'aimer"

Par Florian Ques le 24/04/2026
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[Portrait à retrouver dans le magazine du printemps, en kiosques ou sur abonnement.] Finaliste l’an dernier de la Star Academy, Ebony trace désormais son sillon. Elle propose une musique éclectique dans ses sonorités comme dans ses sujets, qui vont de l’enfer au paradis. Son premier album, Menelik, sort ce vendredi 24 avril.

C’est à la Cérémonie des têtu· 2025, en décembre dernier, à laquelle l’ex-­candidate de la Star Academy avait été invitée à remettre le prix de la Révélation de l’année à sa camarade de promo Marguerite, qu’Ebony a décidé d’affirmer son appartenance à la communauté queer, au micro de Konbini. "Je ne mets pas d’étiquette particulière sur qui je suis ou qui j’ai envie d’aimer, je ne m’impose pas de limites", détaille-t-elle lorsque nous la retrouvons pour notre interview.

Comme beaucoup de jeunes de sa génération, la chanteuse de 21 ans ne tient pas tant à qualifier son orientation sexuelle qu’à affirmer sa liberté : "La liberté de genre, d’aimer qui on veut, d’exprimer son apparence comme on le souhaite. Cette liberté abolit tous les codes qui nous sont imposés depuis la nuit des temps", complète-t-elle. La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre. "Mes parents m’ont toujours encouragée à être qui j’avais envie d’être, sans réfléchir, poursuit la jeune femme, installée sur un grand canapé en cuir dans les locaux de sa maison de disques. Par exemple, ils ne m’ont jamais poussée dans les bras d’un garçon." Elle se souvient ainsi de soirées passées à regarder l’émission RuPaul’s Drag Race, lorsqu’elle était enfant, avec son père qui, comme sa mère, l’a éduquée à l’ouverture d’esprit, l’acceptation de l’autre.

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Ce besoin de liberté se retrouve dans sa musique, qu’elle peine à qualifier. Peut-être qu’Ebony se retrouve dans le genre alternatif, suffisamment englobant pour refléter l’éclectisme de ses premiers titres ? "Ce serait la case la plus logique, même si je n’ai envie de me mettre dans aucune", rit-elle. Un peu comme Theodora, qui vient de rafler quatre Victoires de la musique avec son double album Méga BBL, qui mêle allègrement les influences. "Aujourd’hui, ce qui fonctionne, c’est ce que propose Theodora : une liberté artistique totale où on essaie de ne plus se cantonner à une seule chose, affirme Ebony. On en a marre de la redondance ! Sa réussite montre que le public francophone est prêt pour une nouvelle ère musicale."

Du sel électro dans le bouyon

À l’instar de son aînée d’un an, Ebony a grandi sous l’influence d’icônes américaines comme Beyoncé et Lady Gaga. De Michael Jackson, aussi, l’idole de son père, qui n’est autre que le chanteur guadeloupéen Thierry Cham, figure emblématique de la scène zouk. Des racines antillaises (sa mère est martiniquaise) qu’elle honore dès son premier single, "Rage" : "J’ai voulu mélanger plusieurs styles, avec des sonorités électro sur une rythmique bouyon qui renvoie à mes origines, détaille-t-elle. Les inspirations caribénnes, et surtout antillaises, sont toujours présentes dans ma musique."

Avec ce morceau au texte aussi incisif que son tempo, Ebony invoque un sentiment souvent éprouvé avec acuité par la jeunesse. "C’est un titre sur la rage de vaincre, le dépassement des limites, et qui affirme que les jugements extérieurs n’ont pas d’impact sur mon intention d’aller de l’avant", défend-elle. Une rage qu’elle-même a eu l’occasion de ressentir, par exemple lors de sa sortie du château de la Star Academy, après y avoir passé trois mois sans son téléphone. Elle découvre alors que son passage sur TF1 n’a pas généré que des messages d’amour de fans, mais aussi le désormais inévitable flot de haine, raciste en l’occurrence. "C’est vraiment un morceau né d’une frustration. Je le comparerais à un crachat : il est sorti comme il devait sortir, parce qu’il devait sortir", conclut-elle d’un ton serein.

Une démarche prolongée dans "I Don’t Care", au dynamisme communicatif, et qui peut également s’entendre comme un joli doigt d’honneur à ses détracteurs. Dans un couplet, la jeune femme s’y juge ainsi "peut-être un petit peu trop noire pour les électeurs de Marine"… Nulle référence à Marine Delplace, sa camarade picarde qui l’a battue en finale de la Star Ac’, mais bien à la fille de Jean-Marie Le Pen. "Je pensais au harcèlement que j’avais subi sur les réseaux sociaux, or il s’avère que la majorité des personnes qui me détestent partagent des posts du Rassemblement national, développe-t-elle. Je me dis qu’il y a peut-être un lien entre ces deux informations !" Et d’ajouter, après un nouvel éclat de rire : "Je pense qu’on est dans une époque où il faut arrêter de prendre des pincettes, surtout avec ce sujet-là. Quand il s’agit de balancer des choses affreuses, les racistes ne se privent pas. Alors pourquoi, en retour, on se gênerait de pointer du doigt leurs comportements ?"

Ebony n’a pour autant pas l’intention de n’écrire qu’en réaction à l’actualité politique. En janvier dernier, elle a présenté "Mon paradis", une chanson plus pop et aérienne sur un amour conflictuel. Autant de titres sur la liste de ceux qui attendent de figurer sur son premier disque, Menelik, qu’elle est en train de fignoler au moment de notre rencontre. "Je savais que je voulais faire directement un album et non un EP ; cinq ou huit pistes, ce n’était pas assez, explique-t-elle. J’avais besoin d’un long format pour pouvoir raconter mon histoire avec." Une assurance qui n’est pas sans rappeler celle de ses idoles, dont une ­certaine Rihanna, qui lui met des étoiles plein les yeux. "Mais Rihanna a délaissé la musique pour devenir une femme d’affaires, fait-elle remarquer. Je ne compte clairement pas faire ça !" Les bonnes chansons ne sont-elles pas plus éternelles que les diamants ?

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Crédits photo : Antoine Le Glaunec / Krystophe Bouvier