"Maspalomas", un film solaire sur le vieillir gay

Par Florian Ques le 23/06/2026
Maspalomas,film,cinéma,gay,vieillir,homo,critique,avis

Le film de Aitor Arregi et José Mari Goenaga, au cinéma ce mercredi 24 juin, raconte avec une tendresse rare le retour au placard d'un septuagénaire homo après son entrée en maison de retraite et la manière dont il se réapproprie son désir.

Retraité depuis une vingtaine d’années et récemment séparé, Vicente, 76 ans, profite du soleil à Maspalomas, haut lieu du tourisme gay aux Canaries. Les corps bronzés défilent sur la plage, les applis chauffent et les nuits s’étirent entre bars et saunas. Jusqu’au moment où, en plein rapport sexuel, le vieil homme s’effondre, victime d’un AVC. Direction Saint-Sébastien, son Pays basque natal, et une maison de repos où l’ambiance est nettement moins moite.

À lire aussi : "Jim Queen", 50 nuances de gays

Dans cet environnement qu’il pressent hostile, le septuagénaire choisit instinctivement de taire son homosexualité. Il parle peu, évite les questions et regarde les autres vivre avec une méfiance fatiguée. Le film de José Mari Goenaga et Aitor Arregi dépeint avec finesse ce retour contraint dans le placard et la manière dont d’anciens réflexes se réactivent.

Car derrière le vieil homme grincheux, se cache aussi une génération marquée par le franquisme, la honte et des décennies passées à compartimenter sa vie. Peu à peu pourtant, quelque chose se rouvre. Grâce à Xanti, son colocataire de chambre, hétéro bavard et un peu lourdaud, mais sincèrement attachant. Grâce, aussi, à un escort rencontré sur une application, qui lui rappelle que le désir ne disparaît pas comme par magie après 70 ans, malgré les efforts combinés de la société, des maisons de repos et des enfants gênés au moment du dîner.

Le film évite tous les pièges du "sujet de société" compassé. Il parle de vieillesse, de solitude et de sexualité avec une douceur jamais misérabiliste. Il rappelle surtout quelque chose que l’on oublie souvent : les vieux ne deviennent pas soudainement des bibelots émotionnels inoffensifs. Ils continuent à désirer, draguer, mentir parfois, tomber amoureux. Bref, à exister pleinement.

En choisissant Maspalomas comme titre, les cinéastes font de la station plus qu’un décor : un refuge, un horizon de liberté, un endroit où l’on peut être soi-même, loin des injonctions. Une idée magnifiquement portée par l’interprétation nuancée de José Ramón Soroiz, récompensé par le Goya du meilleur acteur.

À lire aussi : "It's a Sin", "Snö"… Ces séries qui ont exploré la crise sida avant "Oxygen Masks"

Crédits photo : Épicentre Films