[Interview à retrouver dans le magazine de l'été, en kiosques ou sur abonnement.] Quinze ans après sa révélation au public dans l'émission de Laurent Ruquier On n'demande qu’à en rire, Alex Ramirès s’est imposé sur scène avec un humour mêlant l'autodérision et l'observation de nos codes et travers. Pas étonnant, donc, de le retrouver dans le film d’animation Jim Queen, où il prête sa voix au héros, un Narcisse gay fendard obsédé par la taille de ses gros biscotos. Toute ressemblance avec le comédien, qui nous ouvre son antre de beauté, ne serait pas si fortuite…
Photographie : Yann Morisson pour têtu·
Quand tu te regardes dans le miroir aujourd’hui, tu vois quoi ?
Alex Ramirès : Je commence à kiffer ce que je vois ! Je ne me suis jamais détesté et je n’ai aucune revanche à prendre sur le Alex d’avant. Mais là, je suis hyper content de voir que je prends du muscle, parce que c’était un objectif que je m’étais fixé. Je me demandais à quoi je pourrais ressembler avec un corps plus massif… et la réponse me plaît.
Ce nouveau corps, tu le façonnes pour toi ou surtout pour le regard des autres ?
Les deux, forcément. Quand je ne suis pas assez sur scène, j’ai besoin d’un amour un peu fugace. Les likes viennent activer le système de récompense dans le cerveau, donc dans ces moments-là, je poste des selfies à la sortie de la salle de sport. En même temps, faire de la muscu participe aussi à se construire, à prendre littéralement de la place. C’est une forme d’affirmation, et ça m’amuse de me réapproprier ces codes-là.
Justement, tu te situes où dans la grande typologie gay : twink, gym queen… ?
J’ai commencé en étant twink sans le savoir, et là je deviens un peu gym queen ! Mon personnage dans Jim Queen pousse ça à l’extrême : il écrase les autres pour exister. C’est à la fois fascinant et agaçant. Moi, je suis dans la performance, tout en gardant du recul. Muscles et débardeur, oui… mais lilas !
À lire aussi : "Jim Queen", 50 nuances de gays
Dans la commu, tu ressens le corps comme une pression ou un jeu ?
Un peu les deux. Pour le côté pression, on ne te demande pas nécessairement d’être beau mais d’être bien foutu. Après, se transformer physiquement, ça peut aussi être une manière de se protéger, de s’imposer, surtout quand tu en as marre de te faire emmerder.
Tu fais partie de ceux qui enchaînent les pompes avant de partir en soirée ?
Je l’ai déjà fait. Il y a un côté rituel que j’aime bien. Certains mettent du gloss, d’autres font des pompes. Et on peut aussi faire les deux ! Il y a une petite pression, c’est vrai, mais ça reste un jeu. Pour ma part, je sais qu’il y aura toujours plus beau, plus musclé… Donc autant se détendre et garder son second degré.
Et ta routine beauté ?
Honnêtement ? Rien. Il y a des matins où je ne passe dans la salle de bains que pour me brosser les dents. Je précise que je me lave le soir ! En revanche, si je dois me préparer pour une séance photo, j’ai tous les produits. Mais je ne me souviens jamais de l’ordre dans lequel on est censé les appliquer, donc je vérifie sur Internet… Tonique, sérum, crème ? Sinon, un peu de soleil et de joie de vivre, ça fait l’affaire.
Le truc le plus intime dans ta salle de bains ?
Peut-être ces moments où je suis seul, à faire le con. Dans ma douche, il y a une acoustique qui fait que tout résonne, donc j’en profite pour partir dans les aigus, ou faire une voix de forain sur un manège. J’improvise aussi des discours de remise de prix… Si on m’appelle demain pour animer les César, je suis prêt !
Sur scène aussi, tu considères ton corps comme un outil comique ?
Mon spectacle traite de la confiance, celle qu’on a ou qu’on fait semblant d’avoir. Il y a toute une réflexion sur l’apparence : comment tu fais quand tu te sens moche, inintéressant et que tu as envie de disparaître ? J’ai cogité là-dessus, et ça a donné Panache [son spectacle dont la tournée reprendra en octobre et s’achèvera en janvier 2027, ndlr.]
À lire aussi : "Dans mon reflet, je vois le chemin parcouru" : dans la salle de bains de Gigi Goode