rencontre"Que d'hommes…" Alice Lefebvre, une journaliste au Mondial de football

Par Marine Pattyn le 17/07/2026
Alice Lefebvre suit l'équipe d'Espagne au Mondial de football 2026.

Dans les rédactions sportives, les femmes restent l'exception. Sur les 80 journalistes de la presse écrite française accrédités à la Coupe du monde 2026 de foot, seules deux sont des femmes. Parmi elles, Alice Lefebvre, envoyée spéciale de l'AFP auprès de la sélection espagnole.

“C’est hyper excitant comme aventure.” Depuis le 8 juin, Alice Lefebvre a posé ses valises à Chattanooga, dans le Tennessee (sud des États-Unis), pour couvrir sa première Coupe du monde de football. Envoyée spéciale de l'Agence France-Presse (AFP), la journaliste de 33 ans vit au rythme des entraînements, des conférences de presse et des matches de l'équipe qu'elle est chargée de suivre, l'Espagne, ce qui la mène jusqu'à la finale qui oppose ce dimanche 19 juillet la Roja à l'Argentine. Une immersion totale qu'elle résume d'une phrase : "C'est la première fois de ma vie que je ressens une telle intensité dans mon métier."

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Mais sa présence dans les tribunes de presse raconte aussi une autre histoire. Parmi les 80 journalistes envoyés par les rédactions françaises de presse écrite pour couvrir le Mondial, elles ne sont que deux femmes, avec Marie Thimonier pour Libération. Tous médias confondus, elles représentent à peine dix journalistes sur les 150 accrédités français. Le sport roi reste un royaume d'hommes.

"Mon enfance n'était pas du tout tournée vers le sport", retrace la trentenaire. Dans son village de Normandie, son enfance se partage entre les jeux avec les voisins, les visites chez sa grand-mère et, tout de même, quelques parties de football improvisées dans la cour de récréation. Elle se souvient d'ailleurs qu'elle était la seule petite fille à taper dans le ballon avec les garçons. "J'ai toujours aimé ça, au fond", sourit-elle, aujourd'hui convaincue que si un club féminin avait existé près de chez elle, elle y aurait joué.

Le goût du journalisme lui vient de son père. Reporter au Courrier Cauchois, l'hebdomadaire de Seine-Maritime, il lui ouvre très tôt les portes des rédactions. Les jeudis soirs de bouclage, il rentre tard. Il l'emmène voir les rotatives, lui raconte les coulisses du métier et les histoires derrière les articles. "J'ai baigné dans tout ça", résume-t-elle. Après deux années à l'Institut pratique du journalisme (IPJ), elle rejoint l'AFP en 2018 au service police-justice. Cinq ans plus tard, comme tous les journalistes de l'agence, elle change de rubrique et découvre le football. PSG, équipe de France féminine, Euro 2024, Jeux olympiques de Paris, Euro féminin 2025... les grandes compétitions s'enchaînent jusqu'à ce premier Mondial masculin.

"Il faut nous dire si on dérange"

Dans ce milieu, Alice Lefebvre a rapidement pris l'habitude d'être l'exception. "Au quotidien, je ne suis entourée que d'hommes : sur les quinze ou vingt journalistes qui suivent le PSG, je suis déjà la seule femme", explique-t-elle. Alors apprendre qu'elles ne sont que deux femmes parmi les envoyés spéciaux de la presse écrite française aux États-Unis ne l'a pas vraiment surprise. La visibilité féminine a pourtant avancé dans le journalisme sportif, notamment à la télévision où des journalistes comme Ophélie Meunier ou Estelle Denis couvrent les plus grandes compétitions. "Si la part des femmes dans les rédactions sportives est passée de 15% à 17% entre 2022 et 2025, cette évolution reste très en-deçà de la féminisation de l'ensemble de la profession, où près d'une journaliste sur deux est une femme", relève néanmoins l'association Femmes Journalistes de Sport.

"Il faut nous dire si on dérange", cingle, dans une tribune publiée par Libération, Marie Portolano, qui avait déjà dénoncé le sexisme dans les rédactions sportives avec son documentaire Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste. Une mobilisation qui rend Alice Lefebvre optimiste : "Voir qu'en fait on est quand même assez nombreuses, ça apaise. On est toutes portées par le même objectif, celui d'amener encore plus de filles dans ce métier. Et montrer qu'on a notre place." Rendez-vous en juin 2027 pour le Mondial féminin au Brésil !

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Crédit photo : Franck Fife, AFP