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sportCoupe du monde de foot : Bleus et fiers, queers et supporters !

Par Tessa Lanney le 16/06/2026
Jean-Baptiste Montarnier est président du cleub de supporters Bleus et Fiers.

[Article à retrouver dans le magazine de l'été, en kiosques ou sur abonnement.] Qui a dit que les homos n'aimaient pas le foot ? Président de Bleus et Fiers, le seul club de supporters LGBT+ affilié à la Fédération française de football (FFF), Jean-Baptiste Montarnier suit cet été l'équipe de France en Amérique du Nord, comme il l'a suivie au Qatar. Il nous raconte sa passion du football et son combat de Sisyphe contre l'homophobie.

Photographie : Guillaume Blot pour têtu·

Jean-Baptiste Montarnier connaît les tribunes françaises par cœur : les déplacements des Bleus, les fumigènes brandis dans les stades, les chants qui montent avant un coup d’envoi… et les insultes qui partent un peu trop vite. Né au Creusot, en Saône-et-Loire, dans une famille davantage rugby que ballon rond, il vit aujourd’hui à Paris, ce qui tombe plutôt bien pour un supporter du PSG abonné au Parc des Princes.

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À 43 ans, le président de Bleus et Fiers respire football. Pourtant, à 15 ans, il arrête d’y jouer quand il comprend que son intérêt pour la gent masculine ne se limite pas à la beauté de leurs penaltys. "Je ne me sentais plus à ma place, nous confie-t-il. Il y avait tout ce côté viriliste qu’on retrouve encore aujourd’hui, et les insultes homophobes qui allaient avec. 'On n’est pas des tapettes’, ‘c’est un tir de PD’…" Très vite, l’adolescent se dit que le silence sera plus sûr que le coming out. L’homophobie qu’il décrit n’est pas toujours frontale. Elle est diffuse, banalisée, tellement intégrée au décor footballistique qu’elle finit par devenir invisible à ceux qui la produisent. "Les gens te disent toujours : 'Ce n’est pas méchant, c’est du folklore', reprend-il. Sauf que quand tu as 13 ans et que tu entends ça en permanence, tu comprends très vite qu’il ne faut surtout pas parler." Lui mettra plus de dix ans à réellement s’assumer. Entretemps, il sort avec des filles pour tenter de coller à "la normalité".

"Ce n'est pas possible qu'il n'y ait pas de joueurs gays"

Une fois les crampons raccrochés, Jean-Baptiste continue pourtant d’aller au stade, de suivre le PSG et l’équipe de France. Avec, malgré tout, cette sensation persistante d’aimer un milieu qui ne semble pas franchement vous aimer en retour. Aujourd’hui encore, il voit mal où sont les progrès dont se félicite régulièrement le football français. Dans les tribunes, les chants homophobes restent fréquents. Et sur les terrains professionnels masculins, aucun joueur de premier plan en activité n’a publiquement fait son coming out en France. "Mathématiquement, ce n’est pas possible qu’il n’y ait pas de joueurs gays", souffle-t-il.

Jean-Baptiste, lui, ne cherche plus à faire profil bas. Dans les tribunes ou dans les bars, il va voir les supporters qui beuglent des insultes homophobes, se présente, explique calmement qu’il est gay et leur demande d’arrêter. La plupart du temps, assure-t-il, les échanges se passent étonnamment bien. "Les gens disent souvent qu’ils ne s’en étaient pas rendu compte." Une phrase qui résume assez bien le rapport du foot français à l’homophobie : omniprésente, mais banalisée.

Mais parfois, la violence déborde du simple "folklore". Lors d’un France-Israël au Stade de France en Ligue des nations, avec le garçon qui l’accompagne, ils sont pris à partie parce qu’ils se tiennent la main en tribune. "On s’est fait traiter de ‘PD’. Le plus fou, c’est que les agents de sécurité ont voulu nous sortir, nous, parce qu’on ‘provoquait’ les supporters français", raconte-t-il. Jean-Baptiste alerte alors les responsables des autres groupes de supporters sur leur groupe WhatsApp commun. "J’ai écrit : ‘Attention, on veut me virer du stade.’ Et tout le monde est arrivé." Finalement, c’est l’auteur des insultes qui a été exclu de son club de supporters.

C’est précisément pour ne plus être isolé dans ce genre de situations qu’il crée Bleus et Fiers en 2018, à son retour de la Coupe du monde en Russie. Dans les tribunes françaises, il a entendu les mêmes insultes et les mêmes blagues lourdes, mais il a aussi rencontré d’autres supporters LGBTQI+ qui lui ont raconté éviter certains groupes par peur du rejet. L’idée du club naît là : créer un espace où les supporters queers puissent exister sans devoir se faire tout petits.

Disparition de l'arc-en-ciel

Aujourd’hui, l’association rassemble une petite centaine de membres venus de toute la France. Bleus et Fiers fonctionne comme n’importe quel groupe de supporters : déplacements, matchs, discussions interminables et rivalités bon enfant. "J’ai un de mes meilleurs amis qui est Marseillais", rigole Jean-Baptiste. Si une amitié PSG-OM existe, c’est bien que tout reste possible.

L’association est aujourd’hui la seule affiliée à la Fédération française de football (FFF), une reconnaissance officialisée en 2022 après plusieurs années de flou administratif. Bleus et Fiers bénéficie donc désormais des mêmes dispositifs que les autres groupes : accès à la billetterie, placements communs, échanges directs avec la Fédération. Toujours prudente sur les sujets LGBT+, la FFF organise tout de même un Tournoi des Fiertés autour du 17 mai, Journée internationale de lutte contre l’homophobie.

Le tableau général reste loin d’être reluisant. Jean-Baptiste juge même la situation "en régression" en Ligue 1. Il pointe notamment la disparition progressive des symboles arc-en-ciel dans les campagnes de la Ligue de football professionnel (LFP). Après les maillots puis les badges, la LFP a remplacé en 2026 le flocage arc-en-ciel par une campagne plus large et indistincte contre "toutes les discriminations". Ainsi, lors de la dernière 31e journée de Ligue 1, les joueurs portaient simplement dans leur dos les prénoms de victimes de discriminations, sans qu’on sache s’il s’agit de racisme, d’homophobie ou de sexisme. "Dire qu’on lutte contre toutes les discriminations sans spécificités, ça ne veut plus rien dire, s’agace-t-il. Si tu veux invisibiliser le sujet, tu ne peux pas faire mieux."

Selon lui, cette banalisation persiste parce que l’homophobie reste perçue différemment des autres discriminations. "Le racisme provoque immédiatement – et à raison – sanctions et indignation collective, là où l’homophobie reste un sujet de débat ou de ‘convictions personnelles’.' Il cite notamment le cas récent du joueur argentin Gianluca Prestianni, accusé d’insultes racistes visant Vinícius Júnior lors d’un match opposant Benfica au Real Madrid. Devant la commission disciplinaire de la FFF, le joueur a tenté de s’en sortir… en plaidant l’insulte homophobe, et non raciste. Il a tout de même été suspendu, mais sa stratégie de défense est éloquente, montrant l’échelle de gravité qui s’est installée dans la tête des joueurs.

"En France, on dit toujours que c'est trop compliqué"

Pour Jean-Baptiste, l’impunité persistante des chants homophobes dans les stades français résume assez bien la situation. "En Angleterre, en cas de chant homophobe, on identifie la personne qui l’a lancé et elle est interdite de stade pendant cinq ans, et parfois à vie. En France, on dit toujours que c’est trop compliqué." Pourtant, rappelle-t-il, des outils efficaces sont à disposition : interruption du match, huis clos, sanctions disciplinaires, interdictions de stade. "L’arsenal existe. Il faut juste l’appliquer."

Le président de Bleus et Fiers regarde avec envie les autres grandes nations du football européen. "En Allemagne ou en Angleterre, il y a un groupe LGBT+ quasiment dans chaque club", observe-t-il. Arsenal a ses Gay Gooners depuis 2013, tandis que l’équipe d’Angleterre s’appuie sur Three Lions Pride pendant les compétitions internationales. "Tu regardes un match de Premier League, tu vois des drapeaux arc-en-ciel dans tous les stades !" En France, aucun équivalent n’a encore émergé en Ligue 1, et l’arc-en-ciel ne rentre pas dans le stade.

L’année 2026 est naturellement importante pour le club de supporters : il y a Coupe du monde ! La compétition est organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Plusieurs groupes européens ont déjà annoncé qu’ils n’afficheraient pas de présence visible au pays de Donald Trump, invoquant leurs inquiétudes face au recul des droits LGBT+. Une vingtaine de membres de Bleus et Fiers ont en revanche prévu de faire le déplacement, comme ils l’avaient fait au Qatar. "Ne pas y aller, ce serait leur donner raison", défend Jean-Baptiste. À Doha, il n’avait pas emmené son drapeau dans les stades, "pour être sûr de rentrer et de voir le match", mais l’avait déployé à un rassemblement de fans organisé par la Fifa, fédération internationale de football. "Le but, c’était surtout de montrer qu’on existait."

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