tribuneParis : "Sauvons les commerces queers", l'appel du maire David Belliard

Par tribune le 03/07/2026
Le Tango, boîte à Frissons du marais à Paris

Face à des pressions politiques et économiques que dénoncent les bars et boutiques LGBT+ à Paris, le maire écologiste du 11ᵉ arrondissement de la capitale, David Belliard, appelle à leur reconnaître un statut spécifique de "commerce d'intérêt général" et ainsi pouvoir davantage les aider.

À Paris, et en particulier dans le 11ᵉ arrondissement, de nombreux commerces queers sont en danger. Cibles de harcèlements et/ou fragiles économiquement, ces lieux où émerge une nouvelle page de la culture LGBTQIA+ dans la capitale risquent de s'éteindre. Et ce serait une catastrophe pour les personnes qui les fréquentent, mais aussi pour la culture et la vivacité de Paris.

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Les bars, librairies, cafés et lieux queer ne sont pas de simples commerces. Ce sont aussi des espaces d'entraide, de sociabilité et de respiration, des lieux sûrs, où chacune et chacun peut être ce qu'iel souhaite, librement. Ce sont des lieux où des personnes trop souvent marginalisées peuvent se rencontrer, se retrouver, s'exprimer librement. En un mot, ce ne sont pas seulement des lieux de consommation : ce sont des lieux d'émancipation. Aujourd'hui, cette richesse est menacée.

Violences devant les bars LGBT+

D'un côté, les difficultés économiques fragilisent ces établissements, confrontés à la hausse des loyers commerciaux et à la spéculation immobilière mais aussi aux changements des comportements liés à ce qu'on peut appeler la numérisation des rencontres.

De l'autre, les violences LGBTQIA+phobes se multiplient et ne cessent de s'aggraver. La pétition lancée le 28 avril dernier par un collectif de bars LGBTQIA+ parisiens et franciliens, parmi lesquels plusieurs établissements du 11e arrondissement, comme le Speechless, le Merci Marsha, le We Are Brewers ou encore le Furie, alerte encore et toujours sur des faits graves : des insultes, intimidations répétées voire des agressions.

Ces violences ne sont ni anecdotiques ni isolées. La perquisition injustifiée de la librairie Violette and co à la suite d'une polémique autour d'un livre de coloriage retraçant l'histoire de la Palestine, a accentué un climat de tensions.

Face à cette situation, je crains, comme beaucoup, que ces commerces disparaissent. Or actuellement, le cadre de la loi est inadapté, ayant pour principal objectif de garantir la libre-concurrence. S'il existe des dispositifs possibles, ils sont encore trop restrictifs et ne permettent pas ou insuffisamment de cibler les commerces à vocation d'intérêt général.

Pour simplifier, aux yeux du législateur, il n'y a quasiment aucune différence entre une franchise de mode internationale, un concept-store haut de gamme ou un bar queer. Derrière le seul et unique terme "commerce" se loge une multitude d'acteurs très différents. Seuls les établissements culturels – principalement les librairies – bénéficient d'un statut singulier. Ce qui empêche d'agir efficacement.

Mission d'intérêt queer

Nous le savons, la disparition de certains commerces est déflagratoire pour le tissu social local. Il n'est qu'à voir la corrélation entre la fin des commerces de proximité et la montée du vote Rassemblement national (RN) dans les territoires. Il est plus que temps de considérer que certains commerces répondent à une mission d'intérêt général, par les liens qu'ils créent, par les services qu'ils apportent, par la valeur sociale et environnementale qu'ils permettent de générer. Ces commerces d'intérêt général, dans lesquels les entreprises queers ont largement leur place – parce qu'elles sont inclusives, parce qu'elles luttent contre la solitude et l'isolement, parce que ce sont des lieux de prévention, d'information, d'orientation pour les personnes fragiles, parce que ce sont des scènes ouvertes pour tout un pan de la création culturelle indépendante… – doivent être officiellement reconnus.

Bien sûr, Paris doit porter un effort supplémentaire pour soutenir ces lieux mais il faut aussi créer une appellation spécifique aux commerces d'intérêt général. Cette dénomination pourrait donner accès, par exemple, à des contrats de baux avantageux et à l'ouverture d'aides directes de la part de l'État mais aussi des collectivités, et donc de la ville de Paris. Les commerces queer doivent en être les premiers bénéficiaires. Ce serait une action concrète en faveur des personnes LGBTQIA+.

Nous avons besoin de nous doter de ces nouveaux outils pour continuer à faire vivre toutes les cultures et les liens sociaux et de solidarité qui y sont liés. Ces commerces queer en ont besoin. C'est maintenant et c'est urgent !

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Crédit photo : Capture d'écran Facebook / Le Tango