La librairie queer et féministe Violette and Co avait été signalée par le ministère de l'Intérieur au procureur pour la vente d'un cahier au titre antisioniste destiné aux enfants. L'enquête judiciaire a été classée sans suite, le livre en question n'ayant pas été retrouvé lors de la perquisition, inhabituelle, menée dans les locaux de l'enseigne à Paris.
Violette and Co avait dénoncé une "descente disproportionnée (...) très préoccupante quant aux libertés fondamentales des librairies". Deux mois après la perquisition de la librairie queer et féministe du XIe arrondissement de Paris, le 7 janvier, la voici hors de cause : l'enquête ouverte pour "importation non autorisée d'ouvrage jeunesse" a été classée sans suite, a appris ce lundi 17 mars l'Agence France-Presse (AFP), faute d'avoir retrouvé le livre en question lors de la fouille des locaux, menée par cinq policiers et le procureur de la République.
L'ouverture d'une enquête judiciaire avait suivi le signalement de la librairie par le ministère de l'Intérieur, "pour importation de publication destinée à la jeunesse comportant un contenu dangereux pour elle". En cause, la vente d'un album de coloriages pour enfants sur l'histoire de la Palestine, placé en vitrine l'été dernier avec son titre reprenant le slogan antisioniste From the River to the Sea ("Du fleuve à la mer"), dont le gouvernement pointait le "fort parti-pris historique et idéologique". Le parquet de Paris nous précisait alors que "cet ouvrage, édité en Afrique du Sud, avait fait l'objet d'une interdiction d’importation par la commission presse de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ)" et que sa vente relevait d'un délit, passible d'un an d'emprisonnement et de 3.750 euros d'amende.
La librairie conteste la perquisition
Mais selon l'avocat des libraires, Me Thibault Laforcade, seul un arrêté du ministère de l'Intérieur permet d'interdire réellement le livre à la vente, l'avis de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse étant consultatif. "Nous allons contester cette mesure de perquisition, indique-t-il dans les colonnes du Parisien. Tout a été fait contre le droit, pour des raisons qui semblent plus politiques que juridiques."
Accusée d'antisémitisme, l'enseigne avait été la cible de dégradations et de menaces durant l'été 2025. Le dossier a divisé au Conseil de Paris, la droite menée par Rachida Dati (LR) l'ayant brandi pour refuser une subvention de la capitale à ses 40 librairies indépendantes, finalement adoptée par la majorité socialiste. Au cours de la campagne pour les élections municipales, Emmanuel Grégoire, le candidat socialiste, a apporté son soutien à Violette and Co, tandis que sa rivale pour le second tour nous a répondu : "Est-ce que, parce que c'est une librairie LGBT, on doit cautionner qu'elle ait un livre qui fait de l'appel à la haine pour des enfants ?"
Crédit photo : CC