cinéma"Obsession" : Michael Johnston, l'acteur gay qui explose le box-office mondial

Par Thomas Desroches le 10/07/2026
Michael Johnston est le visage du film "Obsession".

Révélé par la série Teen Wolf, Michael Johnston est aujourd'hui le visage du film Obsession, phénomène horrifique mondial qui fait de la nouvelle sensation d'Hollywood l'un des très rares acteurs ouvertement gays à porter un immense succès populaire au cinéma.

Propulsé au rang de star mondiale par Obsession, Michael Johnston devient l'un des très rares acteurs ouvertement gays à porter un immense succès populaire au cinéma. Retour sur le parcours d'un comédien qui n'a jamais caché son orientation sexuelle et dont la carrière pourrait marquer un tournant à Hollywood.

À lire aussi : "Jim Queen", 50 nuances de gays

La vie de Michael Johnston a radicalement changé en quelques semaines. Jusqu'ici peu connu du grand public, l'acteur américain âgé de 30 ans est devenu le visage d'un phénomène cinématographique : Obsession. Depuis sa sortie en salles, le 13 mai en France, le long-métrage horrifique de Curry Barker fracasse tous les records. Tourné avec un budget estimé à seulement 750.000 dollars, bien loin des standards hollywoodiens, il a déjà rapporté plus de 400 millions dans le monde, attirant plus de 1,3 million de spectateurs rien qu'en France. Un succès qui en fait le plus gros succès commercial de l'année, et le hisse parmi les films les plus rentables de l'histoire.

Cette réussite présente une autre particularité : elle propulse au premier plan un acteur ouvertement gay. Aux États-Unis comme en France, le phénomène reste exceptionnel. Michael Johnston n'a jamais fait de son orientation sexuelle un sujet de communication ; il a simplement fait en 2023 son coming out sur les réseaux sociaux, en publiant une photo avec son petit ami de l'époque. Et si c'est avec un rôle gay que le comédien se fait connaître en 2015, le comédien évoque "une pure coïncidence", dans une interview à Anthem Magazine. Dans la cinquième saison de Teen Wolf, série pour adolescents au sous-texte volontiers homoérotique, il incarne en effet Corey Bryant et forme un couple avec Mason Hewitt, joué par Khylin Rhambo. La réaction du public le surprend. "J'ai reçu des milliers de messages et de lettres de fans me remerciant et m'expliquant à quel point mon personnage dans Teen Wolf les avait aidés, raconte-t-il. Je n'avais aucune idée de l'importance que cette représentation aurait pour autant de personnes."

De la Bible Belt à l'incel horror

L'année suivante, dans le film indépendant Slash de Clay Liford, il interprète Neil, un adolescent solitaire dont la découverte de la sexualité passe par l'écriture de fanfictions queers. Ces premiers rôles, Michael Johnston en parle comme d'un moment "très effrayant". Lui-même a grandi en Caroline du Nord, au cœur de la Bible Belt, cette région des États-Unis marquée par le poids du christianisme évangélique et largement hostile aux droits des personnes LGBT+. À l’âge de 12 ans, le comédien se découvre une passion pour le doublage. Comme un refuge pour se protéger du monde extérieur, il se construit une cabine d’enregistrement dans sa chambre. Depuis, il prête sa voix à de nombreux projets, allant des jeux vidéo (World of Warcraft, Final Fantasy, God of War) aux séries d'animation (X-Men ‘97).

Le rôle qui fait aujourd'hui exploser sa carrière est pourtant aux antipodes des valeurs qu'il défend. Dans Obsession, son personnage, Bear, formule un vœu : que sa collègue Nikki, incarnée par Inde Navarrette, tombe amoureuse de lui. Le souhait se réalise... et le cauchemar commence. Cet anti-héros gauche et discret, archétype du garçon innocent, est déjà considéré par les critiques comme un nouveau symbole de l’incel horror, sous-genre horrifique relativement récent qui repose sur la violence masculine. "Ils ne fomentent pas d’attentat de masse contre des femmes, mais incarnent une idée plus diffuse : dès qu’ils en ont la possibilité, les hommes contrôlent ou manipulent les femmes – soit pour les garder, soit pour les posséder", résume la journaliste Maëlle Le Corre dans Trois Couleurs. Michael Johnston assume pleinement cette lecture. "J'ai adoré explorer le côté sombre du cliché du 'gentil garçon', explique-t-il à Numéro Netherlands. Bear donne l'impression d'être quelqu'un de bien, et c'est au moment où il fait ce vœu qu'il est le plus vulnérable. Son ego l'empêche d'admettre qu'il est responsable."

L'histoire de Michael Johnston raconte aussi celle d'Hollywood. L'industrie n'a jamais manqué d'acteurs gays, mais elle a longtemps hésité à faire d'eux les visages de ses plus grands succès populaires. Jodie Foster n'a fait son coming out qu'à 50 ans. Kristen Stewart ne s'est montrée publiquement avec des femmes qu'après la fin de la saga Twilight, une fois affranchie des contraintes commerciales qui accompagnaient son statut de star. Quant à Matt Bomer ou Neil Patrick Harris, tous deux ouvertement gays et immensément populaires à la télévision, ils n'ont jamais connu une trajectoire comparable au cinéma. L'ascension de Michael Johnston ressemble donc à une heureuse anomalie. "En grandissant, j'ai toujours voulu voir des représentations à l'écran et jamais je n'aurais cru que cela pouvait être moi", confie-t-il à Pride. Son prochain rêve est à l'image de son parcours : "Incarner une grande et belle histoire queer."

À lire aussi : "Proud" sur HBO Max : une bouleversante série gay venue de Pologne

Crédit photo : Frazer Harrison / Getty Images via AFP