Nos héros20 ans après, l’héritage de Coccinelle

Par Maurine Charrier le 08/10/2026
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Morte le 9 octobre 2006, Coccinelle fut l’une des premières grandes figures trans françaises. Vingt ans plus tard, son héritage reste bien vivant.

Coccinelle est morte il y a vingt ans, le 9 octobre 2006. Vedette du Paris travesti des années 1950 et l’une des premières femmes trans à connaître une célébrité internationale, elle a marqué son époque par sa carrière, sa transition et son exposition médiatique. Deux décennies après sa disparition, son héritage continue d’inspirer les nouvelles générations. Une exposition intitulée “Coccinelle, chercher la femme” et présentant ses tenues et accessoires de scène lui est d’ailleurs consacrée à la Mairie du 9 ème à Paris jusqu’au 29 octobre.

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"On m’appelle Coccinelle comme la bête à bon Dieu. Tout comme elle j’ai des ailes qui me mènent où je veux." Dans le Paris des années 1950, Coccinelle attire les regards partout où elle passe. Blonde platine, silhouette de pin-up et allure digne de ses idoles, Marlène Dietrich et Martine Carole, elle fascine autant qu’elle intrigue. Elle racontera plus tard que, dans les restaurants, certains maîtres d’hôtel ne résistaient pas à l’envie de souffler aux clients : "Vous voyez la blonde là-bas ? C’est un homme." Incrédules, beaucoup venaient ensuite la voir sur scène. "Ça m’a fait connaître à une vitesse vertigineuse, sans manager ni publicité", se souvenait-elle en 1996 sur France 3 Marseille.

Avant de devenir l’une des vedettes du Carrousel de Paris, Jacqueline Dufresnoy grandit dans le 18e arrondissement de Paris, où elle naît le 23 août 1931. Assignée garçon à la naissance, elle raconte avoir très tôt trouvé dans les vêtements et les talons de sa mère une manière de se rapprocher de celle qu’elle savait être. À l’âge adulte, elle commence à prendre du Distilbène, un œstrogène de synthèse, pour féminiser son corps.

Bête de scène

C’est au début des années 1950 que son destin bascule du côté de Montmartre. Elle pousse la porte de Madame Arthur, cabaret où se produisent alors de nombreuses artistes travesties, et adopte bientôt le nom de Coccinelle. Son physique, son sens de la scène et son glamour lui ouvrent rapidement les portes du Carrousel de Paris, l’un des hauts lieux de la nuit parisienne au slogan évocateur :  “Les 100 plus beaux travestis du monde”

Pendant ses plus de de quarante ans de carrière, elle mêle chanson, numéros de cabaret et costumes spectaculaires, et produit à travers le monde. Sa célébrité repose d’abord, elle ne s’en cache pas, sur la curiosité que suscite son identité. Mais Coccinelle va progressivement faire de cette curiosité une visibilité inédite pour une femme trans.

"Je n’appelle pas ça des transsexuelles, j’appelle ça des femmes de l’an 2000."

En 1958, elle se rend à Casablanca pour bénéficier d’une vaginoplastie. L’année suivante, avec l’aide de son avocat, un certain Robert Badinter, elle obtient la modification de son état civil et devient officiellement Jacqueline Charlotte Dufresnoy. Puis, le 16 mars 1962, elle épouse le journaliste sportif Paul Bonnet, d’abord à la mairie du 17e arrondissement de Paris, puis à l’église Saint-Jean de Montmartre. L’événement, à la fois évènement médiatique et scandale, attire autant les photographes et les journalistes que les curieux, dont certains mal intentionnés, armés de tomates.

À une époque où les personnes trans restent presque absentes de l’espace public, Coccinelle devient ainsi l’un de leurs rares visages connus du grand public. Sans porter exactement le discours militant qui se structurera dans les décennies suivantes, elle contribue par sa seule présence médiatique à rendre une existence trans visible, et possible.

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Paul Bonnet et Coccinelle lors de leur mariage à la mairie du XVIIème arrondissement de Paris le 16 mars 1962

Une pionnière devenue matrimoine

Vingt ans après sa mort, c’est précisément cette place-là que retiennent celles et ceux qui se réclament aujourd’hui de son héritage. En 2017, lors de l’inauguration de la promenade Coccinelle, boulevard de Clichy, son amie et ancienne partenaire de scène, Bambi rappelant alors ce qui faisait d’elle une “référence absolue” : “avec sa jeunesse, sa beauté, son talent et surtout son intime certitude, sa persévérance et aussi son courage, elle finit par triompher de tout. Elle a compris très tôt que la part obscure qui était en elle n’avait rien de honteux. Au contraire, c’était ce qu’elle portait de plus noble et de plus fertile, à cultiver.”

Cet héritage se retrouve aussi sur les scènes contemporaines. En juin 2026, La Briochée a ainsi incarné une Coccinelle des années 1950 lors du spectacle en hommage "aux filles du Carrousel" des Sasha Colby’s Dolls Folies, aux Folies Bergère. "Coccinelle incarne le “possible” pour les femmes trans, envers et contre tout", confie-t-elle à têtu·. "Première femme trans célèbre à travers le monde, première à se marier légalement, première à parler de la cause des personnes trans à la télévision, à une heure de grande écoute, et tout cela en étant respectée en tant qu’artiste et en tant que personne."

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La Briochée posant en Coccinelle des années 50 aux Folies Bergère en juin 2026

La même filiation apparaît chez Fluffy Bidule. Pour son look "Pop Culture" de la saison 4 de Drag Race France, l’artiste choisit de recréer la tenue qui aurait donné son nom de scène à Coccinelle lors de son arrivée chez Madame Arthur en 1953 : une robe rouge à pois noirs, accompagnée d’un bibi et d’une voilette. Le shooting est réalisé au cabaret même, comme pour refermer la boucle.

Soixante-dix ans après ses débuts, Coccinelle n’est donc plus seulement une figure du Paris nocturne des années 1950. Elle est devenue une référence revendiquée par une nouvelle génération d’artistes trans et drag. Une postérité que La Briochée résume en reprenant les propres mots de la pionnière : "Oui, Coccinelle. Nous sommes bien les femmes de l’an 2000, et plus encore."

Aujourd’hui son dernier mari Thierry Wilson alias Zize Dupanier, artiste transformiste, dépoussière les costumes de scène, bijoux et photos de la collection privée de Coccinelle pour les présenter au public à lors de la rétrospective à la mairie du 9ème à Paris jusqu’au 29 octobre. Fidèle compagnon jusqu’à la fin, Thierry se porte garant de la mémoire de Coccinelle. Il signe la préface de l’ouvrage de BD Coccinelle, chercher la femme de Gloria Ciapponi et Luca Conca  paru en 2024 chez La boîte à Bulles. Il se rappelle de son épouse en ces termes : “Coccinelle est et restera à jamais un symbole, une icône et un espoir pour tous les êtres nés dans un ‘mauvais corps’. Elle restera à jamais cette beauté insolente, cette épicurienne qui a croqué la vie à pleines dents en vivant chaque jour comme si c'était le dernier.”

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