Opinions et débats

"Les agressions homophobes sont le quotidien de la population LGBTI au Maroc" selon Aswat


Une agression homophobe particulièrement violente a eu lieu récemment au Maroc. TÊTU a rencontré le collectif Aswat qui nous parle de la situations des personnes LGBT dans le pays.

Une violente agression homophobe a récemment eu lieu à Béni Mellal au Maroc. Un groupe d’hommes s’est introduit dans un appartement occupé par deux hommes. Ils les ont insultés et passés à tabac avant de les jeter dehors, nus… Le tout filmé avec un téléphone portable. La scène fut d’une violence insoutenable.

Mais la révolte suscitée par cette attaque homophobe est d’autant plus grande que l’une des victimes a été condamnée à 4 mois de prison ferme alors que deux des agresseurs n’ont écopé que de 2 mois de prison avec sursis. Une aberration qui trouve sa justification légale dans l’article 489 du code pénal marocain, lequel criminalise l’homosexualité jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 1200 dirhams d’amende.

Cette agression est malheureusement loin d’être isolée. Elle n’est que la partie visible d’une homophobie grandissante dans le pays. Une situation alarmante dénoncée par les associations de défense des droits LGBT, dont le collectif Aswat que nous avons rencontré. Entretien avec Aida et Walid.

Parlez-nous de votre combat à travers le collectif Aswat. De la genèse de ce collectif.

Aswat est un collectif indépendant à but non lucratif, travaillant sur les droits LGBTI. Le collectif poursuit un engagement pacifique pour lutter contre la discrimination à l’égard des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, transsexuels et intersexe au Maroc selon le référentiel des droits humains.

L’action a vu le jour en avril 2012, avec le lancement d’un magazine électronique mensuel appelé « Aswat magazine», dans lequel sont abordées plusieurs thématiques relatives à la communauté LGBTI et ce dans une démarche informative mais aussi militante.

En décembre 2013, l’idée de la création d’un collectif a germé chez les membres du magazine. Cette idée faisait suite à la réception de nombreux messages de LGBTI en détresse qui sollicitaient des réponses à des situations de violence liée à leur orientation sexuelle, identité/expression de genre. Rejoints par des militants de la société civile qui partagent les mêmes préoccupations de lutte contre l’homophobie/transphobie sociale et institutionnelle, cette dynamique a permis à Aswat de s’organiser et de se focaliser sur le combat contre la loi 489 criminalisant les rapports homosexuels et l’homophobie/transphobie généralisée de la société marocaine. Pour ce faire, Aswat met en œuvre une stratégie de mobilisation de la société civile marocaine et du grand public à travers notamment la veille médiatique pour l’identification des cas de violation ainsi que leur visibilité sur la base de campagnes de masse en partenariat avec d’autres groupes et organisations.

Votre combat semble dépasser la seule défense des droits LGBT.

L’approche est de travailler sur une réforme globale des politiques et législations en termes de libertés individuelles ce qui implique les libertés sexuelles, la liberté de conscience et pratique religieuse car il s’agit de droits inaliénables et indivisibles. De plus, le choix des personnes à opter pour un mode de vie qui leur correspond, reflète la singularité et la diversité des personnes, il n’y a pas un modèle de marocain, ni une culture homogène ! Chaque personne a une histoire singulière et unique.

Le fait de s’acharner à véhiculer un seul prototype de personnes, un modèle unique devant suivre des règles préétablies, crées de la frustration et un malaise sociétal. La pénalisation des rapports sexuels consentants entre personnes hétérosexuelles ou de même sexe par exemple a des conséquences telles que la frustration sexuelle qui a un lien direct avec les violences faites aux femmes par exemple (harcèlement sexuel, viol, etc). D’un point de vue légal, l’État criminalise personnes qui ont des pratiques sexuelles concertées et non abusives. Cela a pour effet de les mettre dans une situation de clandestinité et leur ôte toute protection en cas d’agression par exemple, car porter plainte au commissariat reviendrait à être en prison vue que la procédure pénale s’applique dans les deux sens. L’affaire de Béni Mellal en est un parfait exemple (la victime d’une agression homophobe extrêmement violente a été condamnée ndlr).

Quel est votre point de sur la situation des droits LGBT au Maroc ?

La loi qui criminalise les actes homosexuels ne sert à rien, ne sert en rien les desseins de l’État marocain dans la mesure où l’homosexualité/transsexualité existe malgré sa criminalisation. Par contre, celle-ci a un effet négatif sur cette partie de la population marocaine dans la mesure où le gouvernement la pousse à la clandestinité ce qui implique systématiquement :

– Accès limité à la justice en cas de violations telles que la violence domestique, l’expulsion du domicile, le licenciement abusif, le harcèlement sexuel, viol, agressions physiques, vols, harcèlement moral dans les différents espaces de la société dont le chantage en cas de découverte de l’homosexualité,

– Accès limité à la santé quand il s’agit de problèmes liés à la santé sexuelle et corporelle, dont la peur de consulter des services de santé publics voire de subir une humiliation par un professionnel de la santé ; la peur de porter un préservatif pour se prémunir des IST car il y a un risque qu’ils soient utilisés comme pièce à conviction par les autorités s’il le trouve en leur possession,

– Accès limité à l’éducation pour les LGBTI qui sont visibles et qui subissent des humiliations, du chantage, du racket… à l’école ou qui peuvent être renvoyés suite à des incidents ou à des accusations de pratiques sexuelles au sein de l’établissement,

– Accès limité à l’emploi suite à des refus de candidatures car les personnes pourraient avoir une apparence stéréotypée voire même du chantage et du harcèlement sexuel et moral au sein du travail,

– Accès limité au logement pour des raisons d’apparence physique ou une exclusion du domicile suite à des plaintes des voisins après une suspicion d’homosexualité…

La criminalisation n’empêche pas l’homosexualité, par contre elle viole les libertés de la population LGBTI marocaine et a pour conséquences des problématiques de santé mentale : déni de soi, anxiété sociale, angoisse, comportement autodestructeur jusqu’au suicide.

L’un des rares espaces de vie un tant soit peu sécurisé pour les homosexuels et transsexuels est internet. Ce lieu leur permet des rencontres et des échanges sécurisés. Ce qui n’est pas le cas une fois que les personnes franchissent l’étape de se rencontrer, prenant le risque de tomber sur des personnes mal intentionnées…

Quel est le positionnement des autorités politiques ? Des autorités religieuses ? De la société civile ?

Les autorités politiques et religieuses condamnent l’homosexualité tout en condamnant les agressions perpétrées par des personnes ou groupes contre les homosexuels/transsexuels. La question a poser dans ce cas est comment peut-on lutter contre les violences de personnes ou groupes si celles-ci même tirent leur légitimité de la criminalisation pénale/religieuse. Un agresseur justifie son acte et le considère même comme un acte héroïque dans la mesure où il aide l’État et la société « musulmane » à se débarrasser de ce qu’il considère être un fléau, un trouble à l’ordre établi.

La société civile est partagée entre 2 grandes tendances (à nuancer): les « conservateurs » sont attachés à une partie des valeurs culturelles qui les représentent et rejettent les autres valeurs culturelles marocaines de pluralisme et de diversité en prônant un idéal qui va dans le sens de leur agenda. L’autre tendance est celle des organisations de la société civile progressistes qui sont en faveur des libertés individuelles dont les droits LGBTI.

Dans l’affaire de Béni Mellal, pour la première fois des organisations de la société civile ont condamné ouvertement les violations perpétrées dans cette affaire à travers un communiqué. Tandis que d’un autre coté, des associations regroupant des habitants de Béni Mellal ont manifesté pour demander la condamnation des victimes et la libération des agresseurs en usant d’un discours religieux et populiste.

Justement, en parlant de Béni Mellal, que vous inspire cette récente agression homophobe, et notamment la condamnation des victimes ? 

Il faut savoir que l’agression homophobe de Béni Mellal est un cas parmi tant d’autres qui a, contrairement aux autres, trouvé écho dans les médias nationaux et internationaux. Les agressions et condamnations homophobes sont le quotidien de la population LGBTI au Maroc.

L’un de nos engagements dans le collectif est de travailler sur le recensement de ce genre d’incidents et de réagir à ces injustices par les moyens qui nous sont disponibles comme la publication de communiqués de presse et le lancement de campagnes et de mobilisations.

Pour revenir à l’affaire de l’agression du 9 mars à Béni Mellal, suivi de près par notre collectif, il est très clair que nous somme dans le cas d’une violation de la loi par les agresseurs puis ce qu’il s’agit d’une agression avec arme blanche, attaque sur le domicile d’autrui avec la prise d’images et publication sur le net d’une personne nue.

Ceci dit les deux victimes risquent eux aussi gros dans cette affaire… La première a été condamnée à 4 mois de prison ferme alors que deux des agresseurs ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis. La deuxième victime est accusée d’ « homosexualité » ; son procès s’est déroulé le 4 avril mais le jugement a été reporté au le 11 avril.

La seule chose que nous inspire cette affaire, c’est le sentiment d’injustice que peuvent ressentir les victimes. Car non seulement les deux victimes sont condamnées pour motif d’homosexualité mais elles encourent également beaucoup plus que leurs agresseurs. Aujourd’hui le message envoyé par l’État marocain est clair, c’est qu’il emprisonne les victimes et laisse en liberté les criminels. Donc tous les homosexuels et les transsexuels victimes d’agressions n’osent pas et n’oseront jamais porter plainte car ils savent que la loi ne les protègera pas. Au contraire, elle protègera leurs agresseurs. Ce qui est inadmissible !

Aux yeux de la loi, l’existence de l’homosexualité est un crime, et pour la société un fléau et une abomination, et tant que ce sera le cas nous continuerons notre combat !

Retrouvez toute l’actualité du collectif Aswat sur leur page Facebook.

  • Roman Itobac

    C’est l’existence de l’homophobie violente qui est un crime et non l’homosexualité. On choisit d’être homophobe. On ne choisit pas d’être homosexuel.

    • Moha

      A tendance homosexuelle. On choisit d’être chaste ou pédéraste.

      • Roman Itobac

        Tu es chaste? Tkt, ça ne va pas durer trop longtemps à moins que tu passes ton temps à te masturber devant des films pornos.

        • Moha

          Je ne le crois pas, même si nous avons une société hypersexualisée, je pense que l’abstinence et même la chasteté (dans l’esprit) sont possibles et sont même une voie de bonheur même si elle est souffrante. Je pense que cela est un choix plus beau plutôt que l’impasse de la sodomie qui dégrade la relation avec les personnes de même sexe.

          • Roman Itobac

            C’est quoi « la chasteté dans l’esprit »? Explique s’il te plait.

          • Moha

            Quelqu’un d’abstinent peut entretenir avec délectation les pensées les plus obscènes et utilitaire envers son conjoint. En ce cas il n’est pas chaste. En même temps être pleinement chaste n’est pas facile.
            Aujourd’hui on emploi le terme de chasteté dans un sens erroné: Un couple qui couche ensemble peut être chaste, cela dépend des dispositions de chacun envers l’autre -vouloir le bien de l’autre-: si on le considère avec un regard aimant, dans un don de soi d’amour véritable et bon. Quelque part cela magnifie l’amour -dans une union qui est notamment ouverte à la vie, à au delà de soi-.
            J’espère que c’est pas trop obscur comme propos en étant à peu près complet.

    • Moha

      Si c’est bien une « phobie » alors c’est pathologique et on ne choisit pas ses peurs

      • Roman Itobac

        Si on se mêle de ses affaire plutôt que des afaires des autres, on n’aura pas de phobie contre les homosexuels.

        • Moha

          Certaines affaires qui amènent à la reconnaissance de droits concernent la sphère publique. « Quel est le sens du mariage pour tous? » Ce sont les précédents qu’il crée qui ont créer le débat car d’aucuns pensent que le texte prévoit des dispositions qui envenimeront et cliveront notre société.

          Je crois que le lobby LGBT a considérablement créé ce dont vous parlez par cette histoire de mariage pour tous dont personne ne voulait. Mais la réaction de ce projet a suscité une animosité grandissante dont hommes et femmes à tendance homosexuelle ont souffert.

  • Pingback: Maroc : les victimes de l'agression homophobe relâchées()

  • Pingback: TÊTU | Dénoncées par leur famille, deux ados marocaines sont jugées pour homosexualité()

ads