Un livre Yagg pour conserver
Culture

Un livre Yagg pour conserver "Une Histoire LGBT"


Le site d’information LGBT Yagg va prochainement publier Une Histoire LGBT. Deux tomes pour continuer à faire vivre son actualité mais également pour conserver une mémoire LGBT fragile et menacée. TÊTU a rencontré le rédacteur en chef de Yagg, Xavier Héraud, afin de comprendre les enjeux d’un tel projet.

Yagg va prochainement publier un ouvrage en deux tomes : « Une Histoire LGBT ». Compilation d’articles publiés sur le site de Yagg, ce projet de livre a germé un moment avant de voir le jour. L’un des éléments déclencheurs fut, entre autres, la disparition de TÊTU en kiosque à partir de juillet 2015. De TÊTU, il reste plus de 200 magazines. Mais que resterait-il de Yagg si l’aventure devait s’arrêter ? C’est donc pour répondre à cette question existentielle que l’équipe de Yagg a souhaité compiler une partie de sa mémoire pour la préserver des aléas du temps.

Car c’est bien le devoir mémoriel qui motive cette belle entreprise ; la volonté de conserver une mémoire LGBT encore fragile voire menacée. En effet, peu d’ouvrages documentent et commentent l’histoire LGBT en longueur. Yagg a souhaité y remédier.

Enfin, un tel ouvrage permet de redécouvrir l’actualité LGBT sous un autre angle, avec plus de recul, et ainsi pallier l’instantanéité de l’information que nous vivons aujourd’hui.

TÊTU a rencontré Xavier Héraud, le rédacteur en chef de Yagg, afin de mieux comprendre les enjeux d’un tel projet, qui fait l’objet d’une campagne de financement participatif sur le site ulule.com.

 

Quand est-il, à l’heure actuelle, de la conservation de la mémoire LGBT en France, tant d’un point de vue institutionnel qu’associatif ? 

Vaste question ! D’un point de vue institutionnel d’abord. Les archives nationales sont dépositaires d’un certain nombre de documents, les archives d’Act Up-Paris notamment.  Michel Chomarat a confié son fonds à la Bibliothèque de Lyon. Il existe des Archives lesbiennes à Paris. Ensuite, plusieurs initiatives associatives ou personnelles existent en parallèle, je pense notamment à ce fonds exceptionnel réuni par Phan Bigotte et Thomas Leduc dans leur garage en région parisienne. Le site Hexagone Gay est une source précieuse, également. Même si l’objet n’est pas tout à fait le même, Les Oubliés de la mémoire font aussi un travail remarquable pour faire vivre la mémoire LGBT.

Beaucoup de choses donc, mais il manque un lieu emblématique, comme le Schwules Museum de Berlin ou le GLBT History Museum de San Francisco.

Où en est-on à Paris avec l’Institut Arc-en-ciel censé recueillir archives et de documentation sur les questions LGBT ? 

L’expression qui revient le plus souvent lorsqu’on évoque le sujet, c’est serpent de mer. À juste raison. L’échec de la mission menée par Jean Le Bitoux, puis par Louis-Georges Tin, a refroidi les ardeurs de beaucoup, et de la Mairie de Paris en particulier (qui n’a sans doute pas beaucoup aidé non plus, en dehors des 100 000 euros attribués à la mission de préfiguration). Depuis la nouvelle mandature, le sujet a été repris avec beaucoup de volonté par David Belliard, co-président du groupe écologiste au Conseil de Paris. Il a fait un voter un voeu pour créer une nouvelle mission de préfiguration, plus ramassée dans le temps et avec un budget plus raisonnable. Le dossier est maintenant entre les mains d’Hélène Bidard, l’adjointe à la lutte contre les discriminations. Le souhait de David Belliard était que les associations LGBT s’emparent du sujet. Il a raison. Sans volonté associative, ne rêvons pas, le projet n’aboutira pas.

À l’heure du numérique, en quoi est-il important de conserver cette mémoire sur papier ? Y-a-t’il une dimension symbolique plus forte dans les ouvrages papiers ?

Il y a une raison assez concrète. Le web est immatériel. Lorsque pour une raison ou une autre, l’entreprise qui payait les serveurs où étaient stockés du contenu cesse de le faire, le contenu est purement et simplement effacé (il peut subsister des traces ici ou là, mais rien d’idéal).

Par ailleurs, oui, je crois que le livre conserve un certain prestige.

Enfin, au-delà du devoir mémoriel, ce livre sera-t-il aussi un outil pédagogique et/ou culturel plus vivant ?

La publication du contenu de Yagg dans un livre nous permet de revoir et de travailler nos articles avec une nouvelle perspective. Un média comme Yagg est dans une temporalité du quotidien. Ces livres nous placent et placeront les lectrices et les lecteurs dans une temporalité plus longue.

En rassemblant et en éditant ces articles dans des livres, nous essayons de raconter un morceau des histoires et des cultures LGBT de ces dernières années. Ces histoires et ces cultures sont très vivantes, le but est qu’Une Histoire LGBT – L’actu vue par Yagg le soit aussi !

Yagg a lancé une campagne de financement participatif sur ulule.com. Dès à présent, vous pouvez commander vos exemplaires afin de soutenir cette initiative.

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