Pride de Nuit 2016 :
Opinions et débats

Pride de Nuit 2016 : "Porter des discours qui n'apparaîtraient pas ailleurs"


La Pride de Nuit 2016 aura lieu ce soir à Paris. Gwen Fauchois, porte-parole de l’événement, revient pour nous sur la genèse et les raisons de cette marche.

Gwen Fauchois est militante de longue date. Membre d’Act Up dans les années 90, journaliste, elle a également fait parti de groupes et collectifs comme Oui, Oui, Oui, Djendeur Terroristas et 8 Mars pour toutes. Porte-parole de la Pride de Nuit depuis l’année dernière, elle revient pour nous sur la marche qui se tiendra ce soir.

 

Pourquoi avoir lancé la Pride de Nuit l’année dernière ?

 

Il y avait de manière dispersée des groupes qui essayaient l’année dernière de tenir des discours différents de celui plus officiel porté par l’Inter-LGBT. On sentait qu’il y avait un besoin de s’exprimer autrement. Suite à une affiche mal perçue de la marche l’année dernière, un mouvement de protestation s’est élevé.

Cela témoignait d’un manque d’échange entre les divers acteurs de la communauté alors que de nombreux militants depuis les débats sur le mariage avaient demandé d’organiser des rencontres à l’intérieur de celle-ci pour que l’on puisse véritablement dialoguer. Cela n’avait pas été fait.
Avec quelques membres de l’association 8 Mars pour toutes, nous avons décidé d’ouvrir une assemblée générale afin de voir si l’envie était réelle et s’il était possible d’organiser une marche où l’on pourrait porter des discours qui n’apparaîtraient justement pas ailleurs.

 

Quel est dès lors le rôle de la marche organisée par l’Inter-LGBT ?

 

Elle a un rôle complémentaire. On dit pas les mêmes chose et pas de la même façon. Le problème de l’Inter-LGBT c’est qu’elle efface un certain nombre de discours, d’envies, de profils et laisse penser, pas forcément volontairement, qu’elle serait l’unique représentante d’une communauté alors que le mouvement est bien plus protéiforme et parfois bien plus contestataire. Evidemment cela arrange les politiques d’en faire l’unique représentant de la communauté…

 

Comment perçois-tu justement cette émergence de groupes différents portés par de nouvelles générations qui se distinguent ou ne rejoignent pas l’Inter-LGBT et qui seront d’ailleurs présents ce soir ?

 

Je reste parfois un peu ambivalente. Notamment en raison de la multiplicité des discours qui s’éparpillent et ont encore du mal à se faire entendre et à peser.

D’un autre côté cela bouillonne, cela s’exprime dans tous les sens mais renoue dans le même temps avec une certaine créativité. Cela risque d’évoluer et cela prendra peut-être plus d’ampleur je l’espère.

Ce qui me donne de l’optimisme, c’est justement le retour des Pink Blocs, l’émergence du pôle radical de la Pride qui sera présent le jour même de la marche.
L’appel de la Pride de Nuit a par ailleurs été signé de manière spontanée par un certain nombre d’associations de province qui nous ont contacté elles-même. Il y a vraiment des envies d’autre chose. On verra ce que cela donnera à long terme mais c’est très positif.

 

Sens-tu un contraste entre il y a quelques années et maintenant que l’on voit apparaître de nouvelles initiatives ?

 

C’est selon moi lié à la situation politique générale. Il y a une grande colère dans la façon dont le mariage a été mené, une grande frustration dans la manière dont la PMA et droits des trans ont été sacrifiés à des enjeux tacticiens par le PS. Cette façon de mener les débats a redonné une légitimité à l’homophobie dans l’espace public.

Si tu prends le mariage qui a été d’ailleurs ouvert sur son aspect le plus conservateur, même si des gens ont pu en bénéficier et ce n’est pas négligeable, tout le monde n’y a pas accès de la même manière. L’homophobie persistante dans la société rend la question de rendre visible sa sexualité au travail ou lorsque l’on loue un appartement par exemple problématique. Les droits sur le papier c’est une chose, la réalité, c’en est une autre.

 

Que penses-tu justement de cette prise de position qui cherche justement à voir plus loin que ses propres droits comme le fait la Pride de Nuit lorsqu’elle adresse sa critique à d’autres formes d’oppression et de discriminations ?

 

Le problème des multi-discriminations est un enjeu social. Nous pouvons subir des discriminations racistes, homophobes, islamophobes ou antisémites. Nous sommes par ailleurs des acteurs sociaux comme les autres. Prétendre que l’on devrait s’occuper du périmètre strict de nos droits, c’est encore de l’homophobie comme si on avait pas notre mot à dire sur ce qu’est ou devrait être la société. Ces questions impactent nos réalités et nos vies.

On se fait également instrumentaliser. Par exemple, en terme de tactique politique, le parti socialiste est parvenu avec le mariage à se donner un vernis progressiste sans véritablement réfléchir à la place des minorités tout comme l’homo-nationalisme ( le nationalisme d’extrême-droite LGBT ), phénomène encouragé par l’extrême-droite pour continuer à gagner de l’électorat.

Cette instrumentalisation donne une image de nous dans la société et pour les autres acteurs sociaux qui nous est préjudiciable. On pense qu’on est des enfants gâtés qui ont eu la seule réforme qu’a fait ce gouvernement et qu’on a rien d’autre à demander, qu’on devrait se contenter de ce petit entonnoir de nos droits.

Donc oui, on va continuer à lutter pour nos droits, il est hors de question qu’on les sacrifie mais on a aussi d’autres choses à dire.

Plus d’info sur la page Facebook de la Pride de Nuit 2016.

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