Les visages contrastés de la GPA dans
Actualité

Les visages contrastés de la GPA dans "Zone Interdite"


Dimanche soir, l’émission Zone Interdite sur M6 explorait les coulisses de la gestation pour autrui (GPA) en montrant plusieurs facettes d’une réalité sociale.

Il s’agit de l’histoire de Tom et Nicolas, de Sarah et d’Eric, ou de Virginie et Laurent. Des couples homos et hétéros qui ont raconté à visage découvert leur expérience de la gestation pour autrui devant les caméras de Zone Interdite qui, pendant un an, s’est intéressé aux mères porteuses dans « L’enquête qui dérange » diffusée le dimanche 2 octobre. On y découvre des parcours de vie, des modèles de familles, et une pratique controversée, souvent dessinée en clair-obscur. D’un côté une aventure outre-Atlantique onéreuse mais encadrée, de l’autre, la clandestinité et ses dérives. Car dans la société civile comme dans le corps médical, le sujet divise. Du côté des opposants on compte par exemple le célèbre professeur René Frydman à l’origine du premier « bébé-éprouvette » en 1982, qui estime que l' »on peut vivre sans enfants. » Tandis qu’à l’inverse, le professeur François Olivennes, spécialiste de la procréation médicalement assistée, se dit favorable à une GPA encadrée et éthique d’autant que « plein de pays ont montré que ça pouvait se faire comme ça », à l’instar des Etats-Unis.

La GPA version « american dream »

Nicolas est Français, il a 30 ans et il travaille dans la finance. Son compagnon Tom est âgé de 28 ans, il est Luxembourgeois et évolue dans le secteur bancaire. Ils forment un couple aisé socialement. Tous deux ont été suivis par les caméras de M6 dans leur quête de la paternité. Une décision mûrement réfléchie qui les entraîne à Portland dans l’Oregon, à la rencontre de Stacy, leur mère porteuse. Pour porter l’enfant d’autrui, cette épouse et maman de quatre enfants a passé avec succès tests de santé et entretiens psychologiques. Une sélection épineuse qui, dans l’agence en question, élimine 90% des candidates. C’est en consultant le dossier de Nicolas et Tom qu’elle a décidé de leur venir en aide. Désormais, Stacy est enceinte de jumeaux, grâce aux ovocytes d’une donneuse qui s’engage à être joignable pendant 30 ans pour assurer un lien avec les enfants. Monnayant au total une somme de 90.000 €, l’agence organise également des concertations pour aborder les questions plus pragmatiques comme l’allaitement ou les aspects juridiques. Encadrée par de solides contrats, la GPA aux Etats-Unis reconnait pleinement les deux hommes comme parents, et ils apparaissent tous deux sur les passeports américains – droit du sol oblige – des deux nouveaux-nés. Ce sont d’ailleurs tout naturellement les deux papas qui se voient expliquer les premiers gestes sous l’œil encourageant des pédiatres. Une idylle loin d’être assurée dans les cas où la GPA n’est pas bien encadrée.

Business, abus et escroqueries

Car dans son reportage, Zone Interdite met aussi en lumière les dérives de la GPA, comme les entreprises frauduleuse d’une mère porteuse à Blois, ou les pratiques à l’oeuvre en Ukraine. Tout comme le Portugal, le Royaume-Uni, la Belgique et la Grèce, le pays autorise la conception par GPA, mais s’est spécialisé dans le « low-cost ». Il a d’ailleurs vu la demande exploser ces dernières années, au point qu' »actuellement, il y a plus de clientèle que de mères porteuses disponibles » constate une employée de la clinique BioTexCom basée à Kiev. Deux à trois fois moins chère qu’aux Etats-Unis, cette agence propose aux couples des « packs » de conception garantis ou remboursés, sous forme de « vacances all-inclusive« , dont le confort varie selon le tarif. Les couples ne rencontrent pas la donneuse d’ovocytes, et ne voient la mère porteuse qu’à partir du troisième mois de grossesse. Le portrait de ces dernières change aussi radicalement : âgées seulement d’une vingtaine d’année, ce n’est pas tant par altruisme que par nécessité qu’elles ont poussé les portes de BioTexCom, attirées par les 8.000 € de gain, agrémentés d’une prime de 2.000 € en cas de jumeaux et ce malgré les risques d’une grossesse multiple. Alors qu’aux Etats-Unis les mères porteuses sont valorisées par leur entourage, en Ukraine, porter l’enfant d’autrui est davantage dissimulé. Une situation bien différente de la France où de plus en plus de familles prennent le parti de la transparence.

« Les gens nous voient comme des victimes. Alors que moi, je vais très bien »

C’est le cas des époux Mennesson, heureux parents des jumelles Fiorella et Valentina, 16 ans, nées par GPA en 2000 dans l’Etat de Californie alors que la pratique est méconnue en France. S’exprimant pour la toute première fois à la télévision, les deux adolescentes mettent les choses à plat. « Les gens nous voient comme des victimes, alors que moi je vais très bien et que je ne me fais pas insulter dans la rue » explique ainsi Valentina qui parle « pour que les gens comprennent que je suis une personne normale, et que je suis pas bizarre. » « Beaucoup parlent en notre nom, sur nous. Ils disent des choses complètement hallucinantes, alors que nous on ne s’est jamais exprimées sur le sujet, alors qu’on est les premières concernées » renchérit Fiorella, « je pense que ça pourrait peut-être rassurer certaines personnes de voir qu’on a aucun problème (…) J’ai pas trois mères. J’ai une mère. Et j’ai déjà une mère qui remplit le rôle de dix alors ne m’en parlez pas ! » confie finalement avec amusement l’adolescente.

Pourtant, ni Fiorella, ni Valentina, ni aucun des enfants présentés dans l’émission ne disposent de documents d’identité française. Citoyens américains ou sans-papiers, ils sont victimes d’un vide juridique n’assurant pas les droits de filiation en cas de divorce ou de décès de leurs parents. Comme le rappelle l’émission, la France a ainsi été condamnée à plusieurs reprises pour son refus de transcrire à l’état-civil les actes de naissances d’enfants nés par GPA à l’étranger, mais continue de « mettre des bâtons dans les roues des parents » selon les termes de Maître Caroline Mécary, car la France est dans « l’impossibilité d’interdire à ses ressortissants d’aller à l’étranger dans des pays où la gestation pour autrui est parfaitement légale. » L’avocate révèle même que l’Etat français aurait demandé à des couples d’arrêter ces poursuites en échange de 30.000 €…

Le débat se poursuit sur Twitter

Si Zone Interdite donne ainsi à voir plusieurs réalités de la GPA, le débat a grondé sur Twitter. Qu’il s’agisse des critiques répétées de la Manif pour tous contre l’émission, des votes « pour ou contre la GPA » improvisés par les internautes ou des réactions d’anonymes, le site de micro-blogging a été bousculé par ce sujet de société qui divise, et laisse deviner une opinion encore partagée.

Pour en savoir plus :






Abonnez-vous gratuitement à notre newsletter

ads