Krzysztof Charamsa :
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Krzysztof Charamsa : "Au Vatican, beaucoup sont homos ou en couple"


Chassé du Vatican pour avoir révélé son homosexualité, le prêtre polonais Krzysztof Charamsa est devenu militant LGBT. Il a raconté sa nouvelle vie au magazine VSD.

« Mon coming-out n’était pas qu’une libération personnelle. En tant que prêtre et en tant que croyant, c’était une obligation morale » confie Krzysztof Charamsa dans les colonnes du dernier numéro de VSD sorti hier dans les kiosques.

Le 3 octobre 2015, ce prêtre d’une quarantaine d’année profitait d’une conférence de presse à Rome pour présenter Eduard, son compagnon catalan, à la foule de journaliste réunie pour le synode sur la famille se tenant le lendemain. La nouvelle fait boule de neige, la curie romaine est sous le choc, et les médias polonais s’insurgent. Ce haut fonctionnaire du Vatican est immédiatement démis de ses fonctions par le Saint-Siège puis suspendu par l’évêché polonais. L’héritage d’une instruction émise par Benoît XVI en 2005 et qui juge les homosexuels inaptes au sacerdoce : les évêques ont depuis l’interdiction d’ordonner des prêtres gays, et ceux qui sont déjà en fonction doivent garder le silence.

« Je reçois des messages du monde entier »

En brisant l’omerta, Krzysztof Charamsa a donc perdu son droit d’exercer, mais s’est reconverti à la cause LGBT. Quelques mois après son coming-out, il produit un manifeste de libération gay adressé au Saint-Siège où il plaide l’annulation des écrits religieux hostiles à l’homosexualité, l’ordonnance des prêtres gays, et une reconnaissance par l’Eglise des persécutions et des crimes commis contre les homosexuels au fil des siècles. En juillet dernier, il donne encore de l’écho à son parcours en publiant une oeuvre autobiographique : La Prima Pietra. Pour plusieurs médias, il est le prêtre qui s’est retourné contre l’Eglise, et incarne un modèle pour les ecclésiastiques dans le placard.

« Je reçois des messages du monde entier. Hier, j’ai répondu à un formidable mail d’un prêtre amoureux d’un autre prêtre, paralysé par la peur » relate-t-il à VSD.

« Ce catholicisme fermé et ignorant est aussi dangereux que le terrorisme »

Au magazine, il réitère aussi son opposition frontale au « lobby mondial du Vatican », cette Eglise qui « présente l’homosexualité comme une pathologie et une idéologie contre l’humanité » et qui de facto « exclut une partie de l’humanité » alors qu' »au Vatican, beaucoup sont homos ou en couple. Et les diocèses protègent leur double-vie ». Lui-même raconte qu’il a « vécu la majeure partie de [sa] vie dans une sorte de cauchemar intérieur » et que « ce catholicisme fermé et ignorant est aussi dangereux que le terrorisme » car « il tue non pas physiquement mais psychologiquement ».

Les récentes mains tendues du pape François ne trouvent pas non plus grâce à ses yeux. « Ses signaux n’étaient que de la communication » analyse cet ancien professeur de théologie qui a en mémoire les attaques du seigneur pontife contre la prétendue « théorie du genre », et qui espère toutefois une éclair de lucidité de la part de l’institution catholique :

L’Eglise catholique (…) a peur de se confronter à la modernité. Nous vivons l’ultime phase d’un régime mental. J’ai l’espoir que la situation évoluera grâce à la société. Comme la découverte de l’évolution nous a obligé à réécrire notre pensée de la création.

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Crédit Twitter/Krzysztof Charamsa

« Je vis comme une nouvelle prêtrise »

Après son coming-out, Krzysztof Charamsa s’est installé à Barcelone avec son compagnon. Il y réside depuis plus d’un an et se dit aujourd’hui « comme au paradis » et même « plus catholique qu’avant » car il vit « comme une nouvelle prêtrise ». Il remercie aussi Dieu, qui « [l’a] aidé en [lui] faisant rencontrer l’amour ».

D’après VSD, Krzysztof et Eduard désirent d’ailleurs officialiser leur union en se mariant comme le permet la législation espagnole, mais la Pologne – opposée au mariage pour tous – rechignerait à transmettre aux intéressés les papiers nécessaires… Dans ce pays gangrené par l’homophobie, sa famille et ses proches – qui ignoraient son homosexualité jusqu’à sa révélation – lui ont toujours témoigné un soutien infaillible. « Maintenant ma mère est militante ! » s’enorgueillit cet homme de dieu.

L’interview intégrale aux pages 34-36 de VSD n°2048 paru jeudi 24 novembre 2016.

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