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droits humainsPersécution des LGBT au Sénégal : entre Paris et Dakar, la solidarité en action

Par Nicolas Scheffer le 05/06/2026
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[Article à retrouver dans le magazine de l'été, en kiosques ou sur abonnement.] Tandis que le pays d'Afrique de l'Ouest s'adonne à une persécution générale anti-queers, associations et bénévoles de la communauté s'organisent dans l'urgence pour aider les LGBT qui fuient le Sénégal, se cachent ou attendent leur procès.

Photographie : Élodie Martial

"Mes parents m’ont menacée de mort parce qu’ils ont appris que je suis lesbienne. Aidez-moi, s’il vous plaît…" Depuis le durcissement de la répression de l’homosexualité au Sénégal, fin mars, le téléphone de Stop homophobie sature. Face à l’urgence, l’association française a mis en place une permanence hebdomadaire, assurée par des bénévoles formés. En quelques semaines, elle rapporte avoir reçu plus de 3.000 appels et accompagné près de 500 personnes.

"Nous devions absolument apporter une oreille bienveillante à ces personnes qui, depuis le début de la répression, ont dû couper tout lien entre eux afin de se protéger", explique Allanah Starr, qui dirige la Maison d’Allanah. Ce refuge ouvert en banlieue parisienne dans une maison prêtée par la SNCF était encore en travaux lors du passage de la loi sénégalaise. Il accueille aujourd’hui ceux qui ont réussi à fuir.

Écouter, aider, défendre

Youssef, 35 ans, répond désormais lui-même à certains appels. Arrivé en France fin 2025 après avoir fui Dakar quand son père l’a surpris avec un autre garçon et menacé de mort, il aide aujourd’hui des compatriotes sénégalais désespérés. "Je ne pouvais pas rester les bras croisés alors que j’ai bénéficié d’aide", confie-t-il. Parfois, il s’agit simplement de trouver une écoute. "C’est la première fois que je parle de mon orientation sexuelle, ça fait du bien", le remercie un garçon après avoir osé se confier, avant de raccrocher.

Deuxième phase : aider sur place. Grâce à des relais locaux au Sénégal, Stop homophobie finance là-bas des hébergements d’urgence, des transports, de la nourriture ou encore des frais d’avocats pour ceux qui ont été arrêtés. Il faut aussi maintenir l’accès aux soins, car "90 % des appelants vivent avec le VIH mais n’osent plus approcher une structure médicale de peur d’être arrêtés", rapporte Terrence Khatchadourian, cofondateur de l’association. Une cagnotte en ligne a été lancée pour soutenir ces actions.

Les témoignages décrivent tous le même basculement. "Morts, on n’a pas la paix, vivants, on est emprisonnés", lâche un étudiant de 31 ans, marqué par l’exhumation d’hommes soupçonnés d’homosexualité. Une jeune femme trans guinéenne vivant à Dakar évoque "un climat de peur constant" et cherche "une solution pour quitter le pays en sécurité".

Des visas pour les réfugiés

Mais exfiltrer reste compliqué. Depuis Paris, Inès Sanoussi tente de mobiliser les réseaux africains partenaires de Stop homophobie afin d’organiser les départs vers des pays voisins. La Mauritanie ou la Gambie sont plus faciles d’accès. Le Maroc ou le Cap-Vert coûtent cher, puisqu’il faut payer des billets d’avion. En Afrique du Sud, encore plus loin mais considéré comme le meilleur refuge du continent, "le climat politique devient difficile avec la multiplication de manifestations antimigrants", signale la bénévole. "La plupart ne souhaitent pas quitter l’Afrique, où ils ont des attaches", complète Youssef. Parfois, la seule solution consiste simplement à changer de ville au Sénégal.

À Paris, afin de ne pas ajouter l’isolement à l’exil, le Centre LGBTQI+ organise des moments collectifs avec les réfugiés, leur offrant également une assistance dans les démarches de demande d’asile. Sous pression des associations et d’une pétition notamment portée par le militant Jean-Luc Romero, le Quai d’Orsay se montre prêt à délivrer des visas, à condition que les demandeurs disposent d’une solution d’hébergement en France.

À elles deux, Stop homophobie et la Fondation Le Refuge (actionnaire de têtu·) se sont engagées à ouvrir 40 places d’accueil. "La France devrait se donner les moyens de financer davantage de places et ne pas laisser à la société civile tout le poids de l’aide", plaide Pacôme Rupin, directeur général de la fondation (et notre directeur de la publication). Fin mai, le ministère des Affaires étrangères a fini par réunir une première fois, autour de l’ambassadeur français aux droits LGBT+ Jean-Marc Berthon, une dizaine d’associations impliquées. Celles-ci ont commencé à coordonner leurs actions, afin notamment de répartir au mieux les missions et de mutualiser les levées de fonds. On espère que les visas suivront.

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