Le BAAM : qui sont ces jeunes militants qui aident les demandeurs d'asile LGBT ?
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Le BAAM : qui sont ces jeunes militants qui aident les demandeurs d'asile LGBT ?


En France, mise à part la communication de l’adjoint PCF Ian Brossat pour loger un migrant gay de 28 ans dans le 11e arrondissement parisien début octobre, pas de plan national pour les réfugiés LGBT. Pas de documentation. Une jeune association essaie de faire sauter les barrières.

« Quand on a commencé, il n’y avait qu’une ou deux personnes qui venaient à nos permanences. Maintenant on en voit cinq ou sept, tous les mardis », compte Julian, jeune militant parisien. Cinq ou sept personnes, chaque semaine, qui viennent chercher l’aide du pôle LGBT du BAAM (Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants) dans leur demande d’asile. Elles et ils ont connu le lieu de rendez-vous des Grands Voisins grâce aux réseaux sociaux, au bouche-à-oreille, aux flyers distribués dans les bars gays et lesbiens de la capitale, ou grâce aux stickers collés sur le béton des quartiers La Chapelle, Barbès ou Gare de l’Est. Chaque personne qui se présente à la permanence charrie avec elle un parcours de vie et une situation propre : « Certains sont des primo-arrivants – c’est-à-dire qu’ils viennent d’arriver – qui n’ont pas encore démarré les démarches de demande d’asile. Certains ont déjà rempli leur dossier mais ont besoin de nous pour écrire leur histoire. D’autres ont connu des refus ou sont là pour de la régularisation; on a par exemple eu une femme lesbienne désirant rapatrier une autre femme d’Iran.” Autant de casse-têtes auxquels essaie de répondre la jeune association. Car si le BAAM n’a que deux ans – mais environ 500 militants actifs et presque le double d’adhérents -, l’âge de son pôle LGBT se compte encore en mois.

Combler le néant

Julian, coordinateur du pôle LGBT, a participé à la création des deux. Avec une dizaine d’amis, ils sont venus tendre la main aux réfugiés après avoir vu ceux qui logeaient dans le lycée Jean Quarré du 19e arrondissement être expulsés par poignée, en novembre 2015. Dans l’objectif de garantir un accueil plus digne aux migrants en France. Mais en lançant les permanences, ils ont dû faire face à une réalité : sur la centaine de visages qui apparaissent chaque semaine, un nombre significatif a quitté son pays pour homo- ou transphobie. Selon l’ACAT France (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), les réfugiés LGBT représenteraient 5 à 6% des demandes d’asile. Le pôle LGBT du BAAM est né pour offrir un espace safe à ces personnes et désengorger les bureaux de l’ARDHIS (Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et transsexuelles à l’immigration et au séjour) domiciliés au Centre LGBT de Paris, et devant lesquels la queue ne cesse de s’allonger chaque deuxième samedi du mois.

L’équipe a d’abord mené l’enquête : Julian et d’autres militants font le tour des centre d’accueil et d’hébergement parisiens. Ils se basent sur ceux qui ont accueilli les réfugiés de Jean Quarré, mais entre temps, la quasi totalité a fermé, renvoyée en régions. Ceux qui accueillent les réfugiés intramuros se compte sur les doigts d’une main. Et sur ce petit nombre, un accueil déplorable pour les LGBT : « Il n’y a aucun dispositif, aucune connaissance des assos comme la nôtre, poursuit Julian, ou des différences en matière de prise en charge et d’aide juridique, voire des difficultés qu’ont rencontré les personnes  LGBT, notamment des discriminations intra-communautaires. Et bien-sûr, aucun programme d’hébergement pour les personnes trans » qui doivent faire leur demande sous leur identité de genre attribué à la naissance et qui doivent se rabattre sur des centres non-mixtes en désaccord avec leur identité de genre vécu.

Subjectivité

Le pôle LGBT du BAAM, financé grâce aux dons et à des levées de fonds organisées À la Folie lors des soirées House of Moda, se concentre sur les aides juridiques et les actions politiques. Pour bénéficier de l’asile en France en vertu de l’appartenance à un groupe social (Convention de Genève en 1951 puis extension aux LGBT en 2004), le requérant doit à la fois « prouver » son orientation sexuelle ou son identité de genre, et en quoi cela l’a rendu victime de persécutions. Débute donc une enquête, qui repose sur un récit de vie écrit en français suivi – après parfois une année d’attente – d’un entretien oral dans la langue de son choix auprès de l’Ofpra (Office français de protections des réfugiés et apatrides) :

Dans la demande d’asile, 40% de l’acceptation réside dans le récit de vie, et 60% dans l’entretien. C’est un moment traumatisant car il faut faire appel à des souvenirs violents mais on fait des situations pour s’y préparer; plus on le travaille, et plus il a des chances de réussite.

Dans les faits, l’Office n’a plus le droit de poser des questions sur les pratiques sexuelles de la personne interrogée. « Mais en réalité, des questions sous la ceinture sont encore posées sous la couverture des questions intimes. On demande : comment tu sais que tu aimes les hommes ? Qu’est-ce que ça t’a fait la première fois que tu as embrassé ton copain ? Qu’est-ce que tu vas faire à l’hôtel ? etc. » En outre, depuis 2015, un arrêt de la Cour de justice européenne interdit l’utilisation, par les États, d’images prouvant l’acte homosexuel, mais autorise le recours à des stéréotypes. D’où des tests absurdes par les opérateurs de l’Ofpra : « On a déjà vu des questions comme : “Quel est le quartier gay de Paris ?” car pour eux, d’où que tu viennes, t’es censé connaître le Marais. Ou “Quelles sont les couleurs du drapeau LGBT ?” », ce qu’il est bien mal aisé de savoir hors des frontières occidentales.

En 2016, selon les chiffres de l’Ofpra, entre 70 et 80% des demandes ont été rejetées. Parmi celles et ceux qui font appel, seul.e.s 20% obtiennent raison devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).

« Pas de pédé chez les migrants »

Lundi 4 décembre, le pôle LGBT du BAAM a lancé une première campagne, inspirée des réseaux sociaux qui portent son audience. Façon story d’Insta, et sous la forme du quizz, le pôle déconstruit les clichés selon lesquels il serait « plus facile d’obtenir l’asile quand on est gouine », ou encore « on ne fuit pas son pays juste parce qu’on est bi ».

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« On a fait ça parce qu’il y a énormément de clichés de la communauté LGBT envers les réfugiés, mais aussi des militants venant en aide aux réfugiés, explique Julian. Et on s’est aussi aperçu que ça gênait les gens de sexualiser ces personnes. Puisqu’on les voit comme des personnes en très grande précarité, en grande détresse psychologique, ça nous pousse à poser un regard paternaliste ou misérabiliste sur eux. On a tendance à regarder les personnes réfugiées à travers une lentille misérabiliste et paternaliste; on les désexualise. Or être migrant, ce n’est pas une identité. Ces personnes ont des sentiments et une vie sexuelle, comme tout le monde. »

La vidéo de la campagne :

 

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Couverture : Le BAAM, Bagarre et les artistes de la House of Moda à la Folie – courtesy of Julian Mezzrani

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