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« Je me suis réveillé détruit et effrayé » : six jeunes LGBT+ brésiliens témoignent après l’élection de Bolsonaro

Les témoignages venant de la communauté LGBT+ brésilienne se multiplient depuis l'arrivée au pouvoir de l'homme politique d'extrême droite et ouvertement homophobe Jair Bolsonaro, devenu président ce dimanche 28 octobre. Ils et elles se disent tou.t.e.s inquiet.e.s pour l'avenir et certain.e.s envisagent déjà de quitter le Brésil. TÊTU a récolté leurs témoignages.

  • Maria, 21 ans, Brasilia (Centre)

« Aujourd'hui, je suis partagée entre la peur, l'insécurité, l'angoisse et l'impuissance. Beaucoup de gens souhaitent notre départ du pays, voire notre mort et ont déjà commencé à exposer leur haine dans la rue et sur les réseaux sociaux.

Heureusement, nous sommes nombreux à vouloir nous battre contre le fascisme propagé par le candidat élu et beaucoup de gens sont de notre côté, mais nous craignons tous pour nos droits dans l'accès au travail ou aux études supérieures et mêmes pour nos vies.

J'ai toujours pensé à quitter le pays à cause de tous les préjugés de race, de croyance, de sexualité, de classe sociale qui existent au Brésil. J'ai encore plus de raisons de vouloir partir maintenant. Je recherche déjà des processus d'immigration vers d'autres pays pour partir le plus tôt possible.

En plus, je vis dans une région qui a massivement voté contre le fascisme et qui risque de souffrir de la politique de Bolsonaro. J'ai l'amère certitude que des jours sombres sont à venir. »

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  • Pedro, 33 ans, Recife (Nord)


« Je me suis réveillé aujourd'hui triste, détruit et effrayé. Et je pense que c'est le cas pour la plupart des personnes LGBT au Brésil. Jair Bolsonaro a tenu des propos haineux envers nous pas une, pas deux, mais de nombreuses fois. Il a dit qu'il ne permettrait jamais à son fils de jouer avec d'autres enfants adoptés par un couple LGBT. Il a également raconté qu'un garçon gay l'était devenu parce que son père ne l'avait pas assez battu. Il a aussi affirmé qu'il préfèrerait savoir son fils mort que gay.

Cet homme nourrit une haine contre nous dans un pays qui est déjà leader dans les crimes contre les personnes LGBT. Comment pouvons-nous dormir optimistes avec ça ? C'est impossible. Au cours du mois dernier, tous les cas d’agressions physiques, de menaces dans la rue, d’anxiété, de panique et de dépression liés à la communauté LGBT ont augmenté. Beaucoup d'amis LGBT ont des parents, un frère ou une sœur qui ont voté pour lui. C'est comme si on était tués par un membre de notre famille.

Je rêve que le nord-est du Brésil soit indépendant. Nous avons ici d'autres désirs, d'autres pensées, plus à gauche (politiquement parlant). On envisager de quitter le Brésil avec des amis, peut-être pour aller au Mexique. Je souhaite bien de la chance à mon pays pour les quatre prochaines années. L'avenir brésilien est sombre et probablement sanglant. »

  • Danilo, 33 ans, Curitiba (Sud)

« J'ai peur pour l'avenir, parce qu'avoir un président comme lui donne le sentiment aux autres qu'ils ont le droit de manquer de respect aux homosexuels et aux autres minorités. Pour autant, je crois que les institutions brésiliennes sont suffisamment fortes pour ne pas laisser cette violence s'installer.

Je ne défends pas Jair Bolsonaro, mais Fernando Haddad (le candidat sortant) était tout aussi mauvais que lui. Les deux sont des ordures, en fait. Haddad est issu d'un parti qui a dirigé le pays au cours des quinze dernières années et qui l'a ruiné. Il était totalement corrompu et prenait l'argent des pauvres. Le pire, c'est qu'il faisait croire que c'était quelqu'un de bien.

Bref, c'était un peu la peste ou le choléra cette élection. Espérons simplement que les choses n'empireront pas pour les minorités. »

« Comment vais-je pouvoir marcher en paix dans la rue avec une autre fille ? »

  • Fernanda, 25 ans, Natal (Nord)


« J'ai peur, et encore plus parce que je suis une femme. Nous sommes déjà le pays qui tue le plus de personnes LGBT+ dans le monde et on place au pouvoir quelqu'un qui pense que nos droits ne comptent pas et que l'homophobie est justifiée parce l'on ne mérite pas d'exister. Si la moitié du pays pense ça, comment vais-je pouvoir marcher en paix dans la rue avec une autre fille ? Comment vais-je élever un enfant au Brésil ? Imaginez juste le nombre d'obstacles que je vais devoir surmonter pour être heureuse.

Malgré l'élection de nombreux conservateurs au Congrès national, nous savons que Bolsonaro ne pourra pas faire ce qu'il veut. Pour autant, la haine qu'il diffuse dans ses discours est déjà reproduite dans les rues du pays et c'est bien ça notre plus grande crainte. Que les préjugés s'installent dans la société conduisent à de la violence.

Il y a a une citation que l'on dit souvent ici : 'Le Brésil, aime-le ou quitte-le'. Aujourd'hui, il me paraît impossible d'aimer un pays qui ne cautionne pas mon existence. Alors je mûris l'idée de partir. »

  • Yuri, 23 ans, Recife (Nord)

« Je suis un peu effrayé pour l'avenir. Nous avons acquis des droits ces dernières années et nous craignons désormais de les perdre. La communauté LGBT est partagée entre désespoir et désir d'union. Des groupes de soutien émergent sur les réseaux sociaux pour s'entraider et partager des conseils.

Le Nord du pays est une région pauvre qui a vu beaucoup de bonnes choses arriver à travers la politique du Parti des travailleurs. Grâce aux programmes gouvernementaux, ses habitants ont commencé à avoir quelque chose à manger et à boire.

Mais lorsque la crise est arrivée en 2015, le reste du pays a mis toute la faute sur le gouvernement en place et sur les mesures sociales, estimant que le Parti des travailleurs n'existait que par la corruption.

Ces idées ont permis l'élection de Jair Bolsonaro. Les Brésiliens ont laissé cette haine aveugle les guider sans voir la menace qu'il représentait. Son pouvoir est limité, certes, mais son discours homophobe risque de légitimer les violences envers les minorités. »

« J'ai l'impression de vivre dans un endroit où l'on ne veut pas de moi. »

  • Enio, 41 ans, Recife (Nord)

« Avec l'élection de Bolsonaro, la situation ne va faire qu'empirer, non seulement pour la communauté LGBT+, mais aussi pour toutes les autres minorités.

Je me sens impuissant face à ça. J'ai l'impression de vivre dans un endroit où l'on ne veut pas de moi, où je vais devoir faire semblant de ne pas être qui je suis si je veux qu'on me fiche la paix.

L'heure est à l'incertitude. Car même si le président a modéré son discours à l'approche des élections, personne ne change aussi vite. Il a le pouvoir de nous faire très mal avec le soutien de la police, de l'armée et de son parti, qui a pris beaucoup de place dans le Congrès brésilien, lui donnant le pouvoir de faire passer des lois contre nous. »

Crédit photos : TÊTU.


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