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Prévention VIH : la bataille est encore loin d’être gagnée !

TRIBUNE. Le Centre régional d'information et de prévention du sida et pour la santé des jeunes fête ses 30 ans. L'occasion pour son président, Jean Spiri, de faire un état des lieux sur la prévention et le dépistage du VIH en île-de-France... et dans l'Hexagone.

Je suis né l’année où le mot sida faisait son entrée dans le dictionnaire. Avant la découverte du virus, avant les milliers de morts, avant la naissance d’associations et d’organismes comme le CRIPS (Centre régional d’information et de prévention du sida) que je préside aujourd’hui, avant la nouvelle relation patient médecin, avant la mise en place de véritables politiques publiques, avant les premiers traitements, leur généralisation, leurs avancées qui conduisent à la charge virale indétectable (le TasP), avant les tests de dépistage rapide, avant le traitement préventif (la PrEP, qui empêche d’être infecté par le virus). Avant que l’on ne parle de fin du sida d’ici 2030.

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Lutte visible

Mais j’ai aussi grandi à une époque où la lutte contre le sida était visible, avec des images fortes, comme le préservatif recouvrant l’obélisque, avec une vraie sensibilisation des jeunes. Le CRIPS, organisme lutte contre le VIH/sida, est né dans ce contexte en 1989, à l’initiative du Conseil régional d’Île-de-France et du Pr Didier Jayle.

Son objectif était d’informer, de former, et de développer la prévention en direction des jeunes et des populations les plus concernées, dans la région clé de l’épidémie du sida en France : celle qui concentre 20% de la population française, mais plus 40% des personnes touchées.

Des chiffres encourageants...

30 ans après, le CRIPS continue d’assurer ses missions : près de 100 000 jeunes sont directement informés chaque année, 1000 professionnels sont formés - dont plusieurs centaines d’étudiants en service sanitaire, des dizaines de brochures diffusées à des milliers d’exemplaires sont éditées avec les associations communautaires, et des milliers d’autotests gratuits sont distribués, tandis que les bus de dépistage sillonnent l’Ile-de-France. La Région s’est elle-même dotée d’un plan d’action « Ile-de-France sans sida », en lien avec l’Agence régionale de santé, à l’instar d’autres collectivités comme Paris, Nice ou encore les Hauts-de-France.

Cette seule action sera-t-elle suffisante ? Non, hélas, et les chiffres encourageants (en Île de France les nouvelles contaminations ont baissé de 15% sur 5 ans) ne doivent masquer la réalité. De plus en plus d’associations manquent de préservatifs gratuits à distribuer alors que la demande est toujours aussi forte – et la Région Île-de-France a mené un travail sur la situation de l’accès aux préservatifs dans les lycées qui reste très contrastée.

Contrasté, c’est aussi l’euphémisme pour parler du respect de la loi sur l’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires.... Ce sont des associations comme le CRIPS qui compensent tant bien que mal cet abandon, mais sans vision d’ensemble sur les établissements touchés, sans pilotage, sans argent.

... mais des inégalités

Il y a encore 20% des personnes vivant avec le VIH qui l’ignorent, ce qui signifie que nos efforts de dépistage doivent être renforcés pour toucher les territoires de l’épidémie et les populations les plus concernées. Cette fracture dans le dépistage, nous risquons aussi de la connaître en matière de prévention. La PrEP monte en puissance chez les gays parisiens par exemple, mais pas chez les gays nés à l’étranger ou les femmes migrantes.

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Et que dire de certains territoires comme la Seine-et-Marne où l’épidémie redémarre et qui sont sous-médicalisés ? Il faut agir avec les associations communautaires pour promouvoir la prévention diversifiée, financer comme le fait la Région, de nouveaux centres de santé sexuelle, et expérimenter la primo-prescription par le médecin généraliste pour élargir l’accès au traitement.

Des discriminations persistent

Enfin, il y a toujours des discriminations, qu’elles soient légales ou sociales, qui éloignent de la prévention et du soin. C’est le cas notamment de la sérophobie, que le CRIPS et la Région combattent avec énergie sous l’impulsion de mon prédécesseur Jean-Luc Romero. Qui sait aujourd’hui qu’une personne séropositive sous traitement ne transmet plus le virus ? Pour le faire savoir, ce message a été diffusé dans les transports en commun. Plus récemment, Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, a annoncé le surcoût d’assurance bancaire pour les personnes vivant avec le VIH serait désormais couvert grâce à un financement régional. Cette décision doit inciter à un changement national !

Ce ne sont que quelques exemples des urgences en cours. Sans fin de la stigmatisation, sans vitalité du tissu associatif, sans politiques publiques qui n’oublient pas les premiers concernés, sans l’engagement des professionnels de santé, nous ne parviendrons pas à la fin du VIH, que nous avons pourtant promise aux jeunes générations pour 2030. 30 ans après, le CRIPS a encore toute son utilité pour mener sur le terrain la bataille contre le sida

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