RuPaul sous le feu des critiques après l’annonce du casting de la saison 12 de RuPaul’s Drag Race

L’absence de queens transgenres au casting de la nouvelle saison de RuPaul’s Drag Race a été très remarqué. Plusieurs ex-candidates de l’émission accusent « mama Ru » de transphobie.

L’annonce du casting de la nouvelle saison de RuPaul’s Drag Race fait polémique. Et ce n’est pas parce que l’une des queens sélectionnées par la production est française. Plusieurs ex-candidates s’offusquent de l’absence d’une candidate transgenre dans les 13 drag queen sélectionnées pour cette douzième saison du show à succès de VH1. Tout a commencé par un tweet de Detox, célèbre candidate de la cinquième saison de la compétition de drag, dans lequel elle accuse RuPaul de « feindre l’inclusivité ». « Assez avec l’inclusivité feinte. Il est temps de commencer à agir au lieu de parler. »

Accusée d’être trop « politiquement correcte » par un internaute, la performeuse s’est alors défendue : « Ce n’est pas une question de politiquement correct, c’est au sujet de l’exclusion consciente d’une partie de la communauté drag. Je ne serais pas là où je suis aujourd’hui si des performeuses trans ne m’avaient pas pris sous leur aile. Et elles méritent d’avoir les mêmes opportunités. »

« Le Hitler des LGBTQ »

Le débat aurait pu s’arrêter là. Mais il semble que de nombreuses drag-queens soient d’accord avec Detox. Même parmi les anciennes participantes de l’émission. C’est notamment le cas de Carmen Carrera, qui avait participé à la saison 3 de la célèbre compétition de drag. Et cette dernière n’a pas mâché ses mots. « Je vous avais dit qui était la personne la plus maléfique de ce business. Le problème, c’est que vous ne m’avez pas crue » a-t-elle d’abord répondu à Détox, avant de se demander : « Pourquoi les gens sont ils encore choqués que RuPaul’s Drag Race ne soit pas allié de la communauté trans ? Qu’est ce que je vous dis depuis des années ?  »

Dans un thread, la mannequin, arrivée cinquième du concours l’année de sa participation, va même plus loin : « Que quelqu’un bloque consciemment la vérité des performeur.se.s trans et la progression de notre mouvement, simplement parce que le grand public n’est pas au fait de la question est un usage cruel et malfaisant de son pouvoirRuPaul est le Hitler, le faux prophète, l’antéchrist de la communauté LGBT. Il ne faut pas être ingénieur pour savoir que mettre une personne trans à la télévision pourrait être un carton, compte tenu de l’intérêt actuel pour le sujet. Malheureusement, il y a des gens qui ne veulent pas que les personnes trans expriment leur puissance, par peur de perdre la leur, ou de perdre l’attention. »  Une violente charge contre mama Ru, qui n’est malheureusement pas la première accusation de transphobie auquel l’animateur doit faire face.

Le passé transphobe de RuPaul

Car RuPaul a déjà été plusieurs fois sous le feu des critiques après des déclarations au journal britannique The Guardian, en 2018. Interrogé sur l’ouverture du concours au femmes cisgenres, il avait estimé que « le drag perd son sens de l’ironie quand ce ne sont pas des hommes que le font ». Et selon lui, le précepte était apparemment également applicable aux femmes trans. Interrogé sur la première candidate transgenre de l’émission, Peppermint (saison 9), il avait expliqué : « Peppermint a fait ses implants mammaires après avoir quitté l’émission. Elle s’identifiait comme une femme, mais n’avait pas encore transitionné. »

Une phrase qui avait provoqué la colère des militants trans’, qui luttent quotidiennement pour que la transition ne soit pas réduite qu’à une opération chirurgicale de réassignation sexuelle. Mais la superstar des drag-queens a persisté et signé : « On peut s’identifier comme une femme et dire que l’on transitionne, mais cela change vraiment dès que le corps change. Ca change tout le concept de ce que nous faisons. » Si l’animateur avait par la suite présenté ses excuses sur Twitter, le mal était fait…

L’annonce de Gia Gunn, première candidat trans ayant transitionné lors de la saison 4 de RuPaul’s Drag Race : All Star avait cependant  un peu éteint l’incendie. Tout comme les changements de « wording » de l’émission de télé-réalité. « Messieurs, démarrez vos moteurs, et que la meilleure gagne » était naturellement devenu, « Mesdames, Messieurs… ». Mais l’annonce du casting de la saison 12, à peine deux ans après, sonne pour beaucoup comme une régression.

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Drag-queen et transidentité

Plusieurs des queens de RuPaul’s Drag Race ont donc pris la parole, après l’annonce du casting, pour se rallier à Detox. Aja, candidate emblématique de la saison 9 a également fait part de sa colère sur Twitter : « Refuser aux femmes trans la plus grosse émission de drag (dont elles sont les pionnières) est un problème et nous le savons tous. Rappelons-nous que tous les espaces de travail ne sont pas trans-friendly, et le drag est l’un des principaux revenus de beaucoup de personnes trans. Interdire aux femmes trans de gagner leur vie, de montrer leur art, au nom du capitalisme et des Emmy awards. La plupart des queens de RuPaul Drag’s Race s’inspirent de l’héritage des performers trans. Cela ne devrait pas être effacé. Cela devrait être célébré. Le drag n’a jamais été juste « un mec déguisé en fille ». Ca a toujours été beaucoup plus. » 

Il faut dire que pour certaines personnes, le drag peut être une étape vers l’acceptation de sa transidentité. Cassidy Liebman, homme trans et drag king, expliquait au magazine en ligne Them en mars 2018 : « le drag a été essentiel à mon coming out. C’était la première fois que j’étais perçu d’une façon qui ressemblait davantage à ce à quoi je m’identifiais. » Depuis sa création, 8 candidates de RuPaul’s Drag Race ont fait leur coming out trans, majoritairement après la diffusion du show. On compte également de nombreuses personnes non-binaires, comme Courtney Act, ou Sasha Velour. Laquelle n’a pas manqué de réagir à cette polémique, en disant qu’elle ne croyait pas que le drag show le plus célèbre du monde s’ouvrirait davantage à la diversité… Mais ça tombe bien, elle lance le sien. Et elle l’assure : celui ci sera inclusif.

 

 

 

 

 


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