droits de l'hommeLe témoignage poignant de Sara Hegazy, militante lesbienne, sur son arrestation et sa détention en Egypte

Par Nicolas Scheffer le 06/07/2020
Égypte

Libération republie ce jour un texte de Sara Hegazy dans lequel elle détaille les conditions de sa détention en Égypte. Elle s'est donnée la mort le 14 juin dernier.

La mort de Sara Hegazy, mi-juin, a ébranlé tous les militants des droits de l'Homme. Cette femme lesbienne était une figure de la communauté LGBT+ en Égypte. Après avoir brandi un drapeau arc-en-ciel en plein concert, elle a été emprisonnée en 2017. Si l'Égypte ne criminalise pas explicitement l'homosexualité, elle la réprimande allègrement. Après sa peine, Sara Hegazy a trouvé refuge au Canada où elle s'est suicidée le 14 juin dernier. Ce lundi 6 juillet, Libération a publié et traduit en intégralité un texte poignant que la militante avait écrit en 2018 dans le journal égyptien Mada Masr.

Elle aborde d'abord son arrestation, particulièrement brutale :  "Quand j’ai été arrêtée chez moi, devant ma famille, un officier m’a posé des questions sur ma religion, demandé pourquoi je ne portais pas le voile, et si j’étais toujours vierge. (...) On m’a fait asseoir sur une chaise, les mains attachées, et on m’a enfoncé un tissu dans la bouche sans explications. Je ne pouvais voir personne et personne ne m’a parlé. Un moment après, mon corps a eu des convulsions, et j’ai perdu connaissance, je ne sais pas pendant combien de temps." 

De la torture en détention

Elle y raconte également les multiples tortures qu'elle a subies. "C’était de l’électricité. On m’a torturée à l’électricité. (...) Les hommes du commissariat de Sayeda Zeinab ont aussi incité les femmes qui y étaient à me harceler sexuellement, aussi bien physiquement que verbalement. (...) Les interrogatoires qui ont eu lieu pendant la procédure pour atteinte à la sécurité de l’Etat étaient d’une ignorance crasse. L’homme qui m’interrogeait m’a demandé de prouver que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne considère pas l’homosexualité comme une maladie. Mon avocat, maître Mohamed Fouad, a contacté l’OMS, qui lui a donné un document dans lequel l’OMS déclare que l’homosexualité n’est pas une maladie."

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"La peur s'est emparée de moi"

A sa libération, la jeune femme est traumatisée. "J’ai commencé à avoir peur de tout le monde. Même après ma sortie de prison, j’avais encore peur de tout le monde, de ma famille, de mes amis, des gens dans la rue. La peur s’est emparée de moi. J’ai eu une grave dépression, et un syndrome de stress post-traumatique ; j’ai développé une anxiété sévère et des attaques de panique. Tout cela a été traité avec des électrochocs, ce qui a causé des problèmes de mémoire. Puis j’ai dû fuir le pays, de peur d’être de nouveau arrêtée. Alors que j’étais en exil, j’ai perdu ma mère." 

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Et c'est ce traumatisme, indépassable, qui a probablement causé sa mort, si l'on en croit la suite du texte : "J’ai fait deux tentatives de suicide. Je me suis mise à bégayer - je vivais dans la terreur. J’étais incapable de quitter ma chambre. (...) Voilà la violence qui m’a été faite par l’Etat, avec la bénédiction d’une société "intrinsèquement religieuse". (...)"

Le texte est disponible en intégralité sur le site de Libération.

Crédit photo : Capture d'écran Twitter