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Accusé de LGBTphobie et visé par une enquête, le professeur de droit de la Sorbonne se défend

Ce professeur de droit avait comparé le mariage pour tous avec celui d'un homme et d'une jument et tenu des propos transphobes. Après le tollé suscité et une saisie du parquet de Paris, le professeur dénonce un procès en "sorcellerie".

"L'expression directe de ma pensée a pu blesser ces personnes (des personnes transgenres, ndlr). Je le regrette vivement", lâche du bout des lèvres Aram Mardirossian, un professeur de droit à l'université Panthéon-Sorbonne. Le 29 septembre, ce professeur a comparé en amphi le mariage pour tous avec celui d'un homme et d'une jument. Par la suite, il a  tenu des propos transphobes, pour dénoncer qu'"il n’y a plus de limites". Mais loin d'un mea culpa, l'universitaire "rejette catégoriquement la grave accusation qui m'est adressée d'avoir délibérément porté atteinte au respect et à la considération due aux personnes homosexuelles et transsexuelles (sic)".

Une femme trans mère ? "Un truc totalement délire"

Pendant son cours, il commence son argumentation en reconnaissant qu'il est défavorable au Mariage pour tous, voté en 2013. En plein amphi, ce prof de droit lâche ensuite sans pouvoir être coupé que "demain, après-demain (…) il va y avoir quelqu’un (…), qui va aller devant un tribunal et qui va dire 'je suis discriminé, j’ai une jument, je l’adore, je ne peux pas l’épouser, c’est un scandale'". Il s'en prend ensuite aux personnes transgenres après avoir salué que la Cour de cassation refuse de reconnaître le statut de mère à une femme transgenre : "un truc totalement délire". "Il n’y a plus de limites (…). Un homme qui est un homme veut devenir une femme et veut être la mère de l’enfant alors qu’il est le père. Le juge bricole, mais c’est peine perdue", explique-t-il.

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Des associations d'étudiants ont dénoncé ces propos. L'université les a également condamnés et a annoncé avoir saisi la référente égalité femmes-hommes. Sur France 5, le 1er octobre le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, a jugé la séquence de "pathétique" et annoncé que le parquet de Paris s'était saisi du dossier Mardirossian. Le tribunal enquête pour savoir si l'infraction pénale est caractérisée. Dans un droit de réponse publié dans l'intranet de la fac, Aram Mardirossian dit être victimes de "propos tronqués" publiés sur les réseaux sans son autorisation. "La Constitution de la République garantit la liberté d'expression des professeurs d'université. (...) Je n'ai à aucun moment enfreint la loi", écrit-il avant de dénoncer un "procès en sorcellerie". "À aucun moment je n'ai mis sur le même plan homosexualité et zoophilie. Ce propos est aussi scandaleux que diffamatoire".

Une opinion à l'emporte-pièce

Pour le directeur de l'école de droit de l'université, François-Guy Trébulle, cette séquence "exprime une opinion à l'emporte-pièce". Il regrette que son professeur "apporte une mauvaise réponse à une bonne question qui est celle de l’évolution d’éléments qui étaient considérés comme intangibles". "Se poser la question des frontières de la famille en termes d’âge, de sexe et de catégorie est légitime dans son principe. Mais le travail d’un universitaire juriste est de construire une analyse sur la base de critères, de qualifications pour élaborer une analyse rétrospective et prospective, en pouvant porter un jugement", dit-il cité par Le Monde.

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En attendant, l'environnement des facultés n'est pas accueillant pour les personnes LGBT+ ou n'est pas perçu comme tel. Un sondage du Caélif indique qu'un étudiant sur quatre a été témoin de LGBTphobie. Surtout, 85% des victimes d'agressions ne rapportent pas les faits à l'administration. Les propos humiliants de professeurs sont régulièrement pointés du doigt. Dernièrement, une étudiante montpelliéraine s'est donné la mort. Plusieurs associations et syndicats d'étudiants et LGBT+ ont dénoncé un environnement hostile. Ce dont se défend l'Académie, qui rappelle que cette étudiante trans était accompagnée psychologiquement et socialement.

 

Crédit photo : Pixabay 


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