Pourquoi il faut regarder « Queendom », le docu intimiste sur le milieu drag français

Co-réalisé par Marco Novoa et Simon Vivier, ce nouveau documentaire s'impose comme une plongée sensible au cœur de la nouvelle scène drag parisienne. Il est disponible à compter de ce dimanche 24 janvier sur la plateforme France.tv Slash.

L'art du drag gagne de l'ampleur grâce à l'avènement de RuPaul's Drag Race. Notamment en terres françaises, comme le prouve Queendom. En près d'une heure, ce documentaire esquisse un portrait inédit et bienveillant du milieu drag de la capitale, se focalisant sur trois queens issues de la nouvelle génération : Cookie Kunty, Le Filip et Shigo LaDurée. Mais loin de se contenter de surligner leurs exploits scéniques, cette œuvre singulière ne manque pas de montrer le face cachée de ces personnages colorés. Leurs états d'âme, leurs victoires, leurs échecs, leurs hauts comme leurs bas… Tout est là.

Une fascination commune

Les drag-queens savent capter l'attention et susciter la curiosité. Marco Novoa et Simon Vivier, les co-réalisateurs de ce projet, ne vont pas prétendre le contraire. En couple depuis une dizaine d'années, les deux s'étaient envolés jusqu'à New York en 2017 pour rendre visite à un proche. "On s'est rendus compte que les drag-queens étaient monnaie courante là-bas, explique Simon, mentionnant la tournée de plusieurs bars gays de Brooklyn. On a été éblouis par les performances scéniques et esthétiques de ces personnages. C'est une culture très riche. En rentrant en France, on s'est demandés à quoi ressemblait la scène drag de Paris et c'est après plusieurs rencontres avec des queens que le projet a débuté".

Crédit photo : Capa TV / France Télévisions

Parmi les personnalités contactées, Cookie Kunty. Active sur la scène drag depuis environ cinq ans, cette dernière est l'une des grandes favorites du milieu parisien. Bien qu'elle soit satisfaite du produit fini qu'est Queendom, elle avait quelques réserves initiales. "On n'a pas beaucoup l'opportunité d'avoir de la représentation, défend-elle. Donc les seules occasions que l'on a, on tient à ce qu'elles soient justes et positives. Mais j'ai senti que c'était une démarche saine, que l'on n'était pas dans le voyeurisme mais qu'il s'agissait vraiment de relater la vie des queens sans rentrer dans le mélodrame ou dans le fake".

Bien que le documentaire regorge de moments légers voire désopilants, il n'oublie pas de souligner la dimension historique comme politique du drag. Sous couvert de make-up outrancier et lip-sync endiablés, les queens ont des messages à véhiculer. "Ce sont un peu des étendards des causes de la communauté, avance Simon Vivier. C'est celles qui sont visibles, qui parlent fort. Elles se battent pour un monde plus juste, plus équitable. Elles ont plusieurs combats, que ce soit la sérophobie, le sexisme, la grossophobie, le racisme, la transphobie… Ce sont vraiment des choses qu'elles combattent au quotidien".

Intimité et actualité

Au-delà de ce qu'elles incarnent à l'égard de la société, Queendom met beaucoup l'accent sur la sphère privée, montrant Misha, Romain et Filip – les prénoms des trois queens à la ville – hors de la vie scénique. Pour les deux réalisateurs, il était primordial d'aborder cet aspect-là. "Les jeunes artistes qui font du drag le font souvent avec une démarche presque thérapeutique, soutient Simon Vivier. Le drag est une extension de ce qu'ils sont. Se cacher derrière un personnage, c'est aussi révéler des choses de soi. Quand ils sont en boy et quand ils sont en drag, ce ne sont plus vraiment les mêmes personnes, il y a un fort décalage".

Crédit photo : Capa TV / France Télévisions

Plus encore, le documentaire ayant été tourné entre 2019 et décembre 2020, il incorpore dans sa trame la dure réalité de la crise sanitaire. Et, donc, les tristes répercussions que le Covid-19 a eu sur le secteur drag. "C'était un peu incontournable qu'on le mette dedans, détaille Cookie Kunty. Mais je pense que c'était important dans le sens où les gens n'ont pas forcément conscience de ce qui s'est passé pour le milieu artistique". Le réalisateur Simon Vivier est du même avis. "On a pu parler de cette précarité-là et de la difficulté de faire reconnaître leur activité comme un métier, affirme-t-il. On a trouvé aussi important de montrer la manière dont elles ont transformé leur activité, avec des liveshows ou des cagnottes".

Avec Queendom, les deux réalisateurs veulent pousser le public hexagonal à voir plus loin que l'image burlesque et kitsch trop vite associée au drag. "J'espère que ça va éveiller une curiosité chez les gens, qu'ils auront envie d'aller à leur rencontre parce qu'elles ont des choses à dire, avance Simon Vivier. On espère aussi que ça va bousculer les gens et faire avancer la société vers quelque chose de moins binaire. Car le drag, c'est ça aussi : c'est jouer avec les codes du genre et chambouler l'ordre établi".

À LIRE AUSSI – Une candidate de « RuPaul’s Drag Race UK » vient de causer le plus gros scandale de l’histoire du show

Queendom est disponible en intégralité sur France.tv Slash à partir du dimanche 24 janvier.

Crédit photos : Capa TV / France Télévisions


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