gabriel attal"Valeurs Actuelles" : Gabriel Attal assume de donner une interview à un journal qui "entraîne des discriminations"

Par Nicolas Scheffer le 28/05/2021
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Entre les macronistes et Valeurs actuelles, c'est décidément une lune de miel depuis 2017. Gabriel Attal, le porte-parole gay du gouvernement, assume avoir donné cette semaine une interview au magazine réac malgré sa une transphobe.

Un media transphobe, et alors ? Ce vendredi 28 mai, Gabriel Attal s'est justifié de s'exprimer cette semaine dans les colonnes de Valeurs Actuelles. Et qu'importe si, sous l'appel de une vantant l'entretien avec le parole du gouvernement, le média réactionnaire publiait en gros titre : "Le délire transgenre". Les personnes transgenres ont sept fois plus de risques de suicide que la population générale mais fidèle à ses valeurs, le journal préfère dénoncer "la promotion de la transsexualité (sic) au cœur de l'agenda LGBT".

"Évidemment qu'on ne peut que penser que dans un contexte où les personnes trans, comme les personnes LGBT (sic), subissent des discriminations, ça [la une de VA, ndlr] peut entraîner des discriminations supplémentaires", reconnaît pourtant Gabriel Attal , invité de la matinale de franceinfo. Mais en même temps, le porte-parole du gouvernement, même gay et même assurant ne pas partager les positions de l'hebdomadaire, "assume d'avoir donné une interview à Valeurs actuelles" : "Je suis porte-parole du gouvernement, j'assume de répondre aux demandes qui me sont faites".

Récidiviste "Valeurs Actuelles"

Du côté du ministère de l'Égalité, on assume moins. Dans un tweet, Élisabeth Moreno a déploré ce jeudi une couverture "méprisable". "Ce n'est pas la première fois, mais on ne s'y habitue jamais. S'il faut la chérir, la liberté d'expression n'autorise pas toutes les horreurs", assène la ministre. Son tweet est accompagné d'une image de la une en question, qu'elle aura néanmoins pris soin d'amputer de son sommaire au sommet, là où justement apparaît l'annonce de l'interview de son collègue Gabriel Attal.

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Sans succès, l'Inter-LGBT a demandé "au procureur de la République de Paris et au ministère de l'Intérieur de prendre des mesures contre la diffusion de ce titre de presse". Il faut dire que Valeurs est un média coutumier de ce type de happening réac, devenu sa marque de fabrique. En 2015, le mensuel a d'ailleurs été condamné en appel pour sa une discriminant les Roms. Le journal avait cru bon d'intituler son dossier : "Roms, l’overdose". Plus récemment, le magazine avait représenté la députée Danielle Obono (LFI) en esclave. À l'époque, Emmanuel Macron avait appelé la parlementaire pour la soutenir, se fendant d'un communiqué de "condamnation claire de toute forme de racisme". Le Premier ministre Jean Castex avait aussi déploré une "publication révoltante (qui) appelle une condamnation sans ambiguïté". Un procès sera ouvert le 23 juin prochain, mais pour la majorité présidentielle, tout semble déjà pardonné

Pour les macronistes, tout est pardonné

Dans une enquête en 2019, Le Monde dévoilait déjà "entre Emmanuel Macron et 'Valeurs actuelles', les secrets d’un flirt". On y apprenait que Geoffroy Lejeune, le directeur de la rédaction, fréquente par exemple Bruno Roger-Petit, aujourd'hui en poste à l'Elysée. Sylvain Fort, plume du PR, connaît également bien Charles Villeneuve et Etienne Mougeotte, qui ont racheté Valeurs en 2015. Quant à Brigitte Macron, en marge d'une légion d'honneur accordée à Michel Houellebecq, on la découvre faisant visiter l'Elysée à quelques reporters de l'hebdomadaire, visite au cours de laquelle le président vient tailler le bout de gras avec Charlotte d'Ornellas, figure bien connue du journal réac puisqu'elle intervient beaucoup chez Pascal Praud, sur la complice chaîne CNews. Bref, on s'entend bien.

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Résultat, entre les unes sur "la tyrannie des bien-pensants", "les racistes anti-blancs" et les tribunes accordées à des militaires factieux, c'est le défilé des ministres dans les colonnes de Valeurs. Marlène Schiappa en février 2019, Gérald Darmanin en mars, Bruno le Maire dans un débat avec Zemmour en avril ou encore, une interview d'Emmanuel Macron en octobre. Alors forcément, si le patron donne l'exemple…

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Crédit photo : Delia Giandeini / Unsplash