Abo

Elisabeth Moreno"Ce gouvernement n'a rien fait pour les personnes trans" : le coup de gueule de Giovanna Rincon

Par Nicolas Scheffer le 31/03/2021
trans

La directrice d'Acceptess-T est particulièrement en colère contre le gouvernement. Pour la journée de visibilité des personnes trans, elle a dit pourquoi à TÊTU.

Lors de la journée de visibilité des personnes transgenres, ce 31 mars, nous voulions entendre Giovanna Rincon, directrice d'Acceptess-T, qui lutte aux côtés des personnes trans contre la transphobie. Et c'est une femme particulièrement en colère qui nous répond au téléphone.

Depuis un an, les communautés transgenres sont précarisées par la crise liée au Covid-19.  En réponse, aucun mécanisme n'a été mis en œuvre pour protéger les communautés trans, aucun fond de solidarité pour aider ces personnes à payer leur loyer.

Par ailleurs, le suicide d'Avril, en décembre, a mis en lumière la nécessité de faire évoluer l'école. Mais la directrice d'Acceptess-T regrette qu'aucune circulaire n'oblige les établissements à utiliser le prénom d'usage.

À LIRE AUSSI : À Lille, le suicide d’une adolescente trans de 17 ans suscite la colère

Depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron, les droits des personnes trans n'ont pas évolués. Pourtant, des opportunités étaient là pour les faire évoluer, comme la loi bioéthique, ou le projet de loi Sport. Des rendez-vous manqués, estime Giovanna Rincon. Entretien.

Aujourd'hui a lieu la journée internationale de visibilité transgenre. En quoi est-elle particulièrement importante cette année ? 

Cette journée a été pensée pour promouvoir une visibilité autre que celle des victimes. Il faut donner de l'espoir et de la place aux personnes transgenres régulièrement invisibilisées. L'épidémie de coronavirus impacte particulièrement les plus défavorisés. Les travailleur·se·s du sexe doivent continuer à travailler pour vivre, elles n'ont pas le droit au chômage partiel ni à aucune aide. Elles sont particulièrement vulnérables au Covid. Nous devons les soutenir en montrant notre solidarité. Cette épidémie a fragilisé la communauté, mais nous nous sommes mobilisés.

À LIRE AUSSI : Ce que les reports successifs de la PMA pour toutes provoquent dans la vie des femmes

Est-ce que le gouvernement vous a aidé pour aider les personnes trans affectées par le Covid ?

La réponse du gouvernement, ce n'est que de la communication. Nous avons été totalement abandonné.e.s. Avec la nouvelle ministre de l'Égalité, des choses sont en discussion, mais rien n'est acté. L'épidémie, elle, ça fait un an qu'elle est là. Depuis, mars 2020, rien, absolument rien, n'a été mis en œuvre pour protéger les personnes transgenres. On a pourtant besoin d'aide pour que les personnes les plus précaires puissent conserver leur logement. Il n'y a que la ville de Paris qui a répondu et débloqué des fonds pour venir en soutien aux personnes transgenres, sans idéologie et dès le début de l'épidémie.

À LIRE AUSSI : L’assemblée adopte une loi sport qui déçoit les associations LGBTQI+

Cette année, la société s'est intéressé à l'intégration des personnes trans au sein de l'école. Est-ce un début d'avancée ?

C'est important, mais très timide. L'école n'a pas eu un sursaut pour mieux accueillir les enfants transgenres. Je ne crois pas qu'à un an de l'élection présidentielle, le gouvernement fasse adopter des avancées pour les personnes trans, on les a pourtant sollicité à de nombreuses reprises depuis 2017.

À LIRE AUSSI : Sur les sujets LGBT+, Élisabeth Moreno veut se détacher de Marlène Schiappa et obtenir « des résultats »

Il faut d'urgence mettre en place un changement d'état civil libre, déclaratif et gratuit. Le changement d'état civil doit être le début d'une transition et non un aboutissement. Il faut lutter contre la précarité des personnes trans, qui ont des difficultés pour accéder au monde du travail. Le gouvernement doit promouvoir l'embauche des personnes trans dans le secteur public et privé. Il faut également régulariser toutes les personnes trans sans papier.

À LIRE AUSSI : Après trois mois au ministère de l’Égalité, le conseiller aux questions LGBT+ Grégory Prémon quitte ses fonctions

Mais l'exécutif a peur des réactions de La Manif pour tous ou d'autres personnes ouvertement transphobes. D'ailleurs, des membres de ce gouvernement se sont battus contre les droits LGBTQI+... On ne doit rien à ce gouvernement pour le droit des personnes transgenres, au contraire.

Vous pensez à la PMA pour toutes qui exclut les personnes transgenres ?

Agnès Buzyn n'a pas eu le courage de s'opposer à la Manif pour tous dans le projet de loi bioéthique. Rien ne justifie de refuser la PMA aux personnes trans en capacité de procréer. C'est une faute grave.

À LIRE AUSSI : Giovanna Rincon : « Marlène Schiappa n’a aucune réponse sur l’assassinat de Jessyca »

Pourtant, l'exécutif communique régulièrement son soutien aux personnes LGBTQI+. Vous y voyez du pinkwashing ?

Ce n'est que du pinkwashing depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. Depuis quatre ans, ils ont communiqué sur les droits des personnes trans. Tout ce qu'ils ont fait, c'est de recommander d'utiliser le prénom d'usage à l'école. Jamais aucune circulaire n'a été mise en œuvre pour obliger le système éducatif à humaniser l'accès à l'éducation avec une réponse adaptée à la réalité des personnes trans.

À LIRE AUSSI : Reconfinement : les pistes du gouvernement pour protéger les personnes LGBT+

Lorsqu'un pays reconnaît le changement d'état civil des personnes trans, il faut qu'il mette en adéquation tout le reste des politiques. Ça n'a pas été fait jusqu'à présent. Avec ce gouvernement, il n'y a eu aucune possibilité de faire avancer le droit des personnes trans. Discuter avec Élisabeth Moreno, c'est comme parler à un mur. Elle est polie, elle nous écoute, mais derrière, elle n'agit pas.

 

Crédit photo : Delia Giandeini / Unsplash