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Droits LGBTQILGBTQI+ : Marlène aux régionales promet de faire… ce que Schiappa n'a pas su faire au gouvernement

Par Nicolas Scheffer le 28/05/2021
Marlène Schiappa

Candidate aux élections régionales en Île-de-France, Marlène Schiappa promet qu'elle y fera avancer les sujets LGBTQI+. Mais son bilan au gouvernement laisse nombre de militants sceptiques.

"Nous soutiendrons les personnes LGBT+", martèle Marlène Schiappa au micro de franceinfo ce mercredi 26 mai. Tête de liste LREM à Paris pour les élections régionales de juin, la secrétaire d'État assure que contrairement à Valérie Pécresse (Libres, ex-LR), elle ne subventionnera "aucune association qui soutient l'entrave à l'IVG ou qui soit proche de la Manif pour Tous ou de Sens Commun". Bien minimum mais qui ne suffit pas à convaincre, faute de cohérence de la macronie sur les sujets LGBT depuis 2017.

Joël Deumier, porte-parole d'Audrey Pulvar (tête de liste francilienne assimilée PS) et ancien président de SOS homophobie, rappelle ainsi qu'au sein des listes LREM, on trouve aussi des soutiens de la Manif pour tous. "En Île-de-France, les listes du camp de Marlène Schiappa sont composés de personnes opposées aux droits des LGBTQI+. Je pense notamment à Aurélie Taquillain et Thierry Solère, le binôme de tête de liste dans les Hauts-de-Seine ou à Nathalie Elimas, dans le Val-d'Oise".

En effet, Aurélie Taquillain a participé en octobre 2014 à une manifestation contre le mariage pour tous. Thierry Solère avait quant à lui signé une pétition appelant à un référendum sur le sujet, considérant "qu’il n’est pas nécessaire de dénaturer l’institution du mariage et de bouleverser la filiation pour assurer l’égalité en droit de tous les couples alors qu’elle peut l’être par une alliance civile ou un contrat d’union civile". Nathalie Elimas, enfin, écrivait en 2012 : "Mariage homosexuel (sic) : union OUI mariage NON, c'est une question de symbole. On est en train de déchirer quelque chose de précieux".

"Complaisance avec les discours de haine"

"Il y a une vraie complaisance avec les discours de haine au sein du gouvernement. Plusieurs ministres ont un passé d’opposant au mariage pour tous ou à la PMA. D’autres, comme Marlène Schiappa ou Gabriel Attal, accordent régulièrement des interviews à Valeurs actuelles, banalisant ainsi les discours de haine. Encore cette semaine, la une est ignoble et profondément transphobe", conclut au téléphone Joël Deumier.

Interpellée sur Twitter par le porte-parole d'Audrey Pulvar, la ministre s'est contentée en guise de réponse de publier une ancienne photo d'elle en compagnie de Joël Deumier. "Ça c’est une photo de moi, la veille d’une Pride, dans mon ancien bureau, avec le président de SOS homophobie, avant que je n’entre au gouvernement. Vous le reconnaissez ? C’est vous. Et j’en suis fière ! #LoveIsLove."

"Que de la communication"

Marlène Schiappa affirme par ailleurs son soutien au "beau projet du Centre d'archives LGBT+". De la France insoumise à la droite républicaine, tous les partis ont annoncé leur soutien aux archives. Mais Sam Bourcier, membre du Collectif Archives LGBTQI, s'étrangle. "Ce n'est que de la communication. Si Marlène Schiappa soutient le projet, pourquoi on n'a eu aucun contact avec son équipe ?", interroge-t-il. Contacté par TÊTU, l'entourage de la candidate assure que sur ce sujet, "un rendez-vous est en cours de calage". En revanche, l'équipe n'a pas chiffré de soutien financier.

Mêmes déclarations concernant l'accompagnement des lieux communautaires, affectés par la crise liée aux mesures sanitaires prises par son gouvernement. Marlène Schiappa assure que "la région a son rôle à jouer, y compris pour soutenir la relance économique, les lieux LGBT+". Mais là non plus, la candidate ne s'engage sur aucun montant. La majorité présidentielle n'a d'ailleurs prévu aucun plan spécifique. Or, il y a urgence. Dans une enquête publiée en janvier, TÊTU indiquait que plusieurs lieux emblématiques pourraient mettre la clef sous la porte, faute d'aide suffisante. Dans une lettre ouverte, plusieurs établissements rappellent en quoi les lieux communautaires sont essentiels. "Ouvrir et tenir un établissement ne devraient pas être un sacerdoce", rappellent-ils.

Floue sur les "thérapies de conversion"

"Marlène Schiappa ne soutient les personnes LGBTQI+ que lorsqu'il y a une élection, cingle Sam Bourcier. Quel est son bilan sur les questions LGBTQI+, après avoir été trois ans en charge de ces sujets ?". De fait, il est ténu. Certes, Marlène Schiappa a annoncé son soutien à la fin des "thérapies de conversion" et annoncé que le texte serait débattu dans la loi dite "séparatisme". Mais là encore, Laurence Vanceneubrock, députée LREM qui porte le texte, soulignait les effets de com de la ministre.

"En inscrivant ce texte dans une loi sur les séparatismes, on va mettre de côté tout ce qui touche aux 'thérapies' médicales. Il va également mettre de côté les familles qui sont concernées qu'elles soient catholiques, musulmanes ou juives. Globalement, j'ai l'impression qu'on va disloquer le texte, en prendre de petites parties qui intéressent la communication de Marlène Schiappa et le reste va disparaître", disait-elle à TÊTU en octobre. Depuis, l'interdiction des "thérapies de conversion" n'est toujours pas à l'ordre du jour.

L'Arlésienne de la PMA pour toutes

Sur la PMA pour toutes, le bilan de Marlène Schiappa n'est guère meilleur. Après quatre ans au gouvernement dont trois au ministère de l'Égalité, elle n'a pas su faire aboutir la loi phare du quinquennat, toujours en discussion. Pourtant, lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait considéré que "le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable". En 2021, les femmes concernées la subissent toujours.

Le texte en cours de lecture déçoit déjà les partisan·e·s de la PMA pour toutes, qui en pointent les limites. Il interdit notamment la pratique de la ROPA, c'est-à-dire la possibilité qu'une femme du couple porte l'embryon issu de l'ovocyte de sa compagne. Le projet de loi bioéthique exclut également l'accès de la PMA aux hommes trans. Enfin, le texte met encore des barrières à la reconnaissance à l'état civil d'enfants nés d'une GPA à l'étranger. Bref, Marlène Schiappa a du mal à convaincre qu'elle serait capable de faire à la région Île-de-France ce qu'elle n'a pas fait en quatre ans au sein du gouvernement.

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Crédit photo : Capture d'écran franceinfo