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Pride de Paris : une militante trans interpellée après une altercation avec des féministes « TERF »

Lors de la Pride 2021, des féministes ont brandi des slogans transphobes

Des féministes anti-trans ("TERF") ont brandi samedi des slogans transphobes en marge de la Pride de Paris/Île-de-France. Sasha, une militante trans qui s'est interposée, a été brièvement interpellée par la police.

En 2021 plus que jamais, après une année difficile, on avait besoin d'une Marche des fiertés apaisée. La Pride de Paris/Île-de-France, ce samedi 26 juin, a été festive et politique. Mais des féministes TERF(s) (pour "trans exclusionary radical feminism", c'est-à-dire un féminisme qui n'accepte pas les femmes trans dans la lutte pour les droits des femmes) y ont brandi des pancartes transphobes. Pour s'être opposé à ces banderoles TERFs, Sasha, une militante trans, a été interpellée par la police durant quelques minutes.

"J'ai été interpellée par la police aujourd'hui pour avoir déchiré les pancartes transphobes d'un collectif Terf", témoigne cette vice-présidente de l'association Acceptess-T et co-fondatrice de XY Média, transféministe. Sur plusieurs photos, on peut effectivement voir des militantes brandir des slogans tels que "Les lesbiennes n'aiment pas les pénis (sic)" ou "On a besoin de féminisme, pas de transition mutilante (sic)". Et sur une vidéo publiée sur Instagram, on voit Sasha s'en prendre à ces banderoles, avant d'être écartée par la police. "Toute l'interaction a duré 10 secondes maximum, raconte Sasha auprès de TÊTU. C'était une provocation délibérée de leur part, elles savaient que quelqu'un allait protester contre leur présence et du coup, elles se sont mises à côté de la police."

"Les TERF et les transphobes n’ont rien à faire dans nos cortèges"

La militante a été relâchée quelques minutes après son interpellation, au niveau de la Porte de Pantin. "J'ai été escortée par les policiers derrière leurs camions où ils ont pris mon titre de séjour en photo pour étudier mes données. Les policiers m'ont fait un avertissement et m'ont dit de partir dans la direction de la Villette, ajoutant que s'ils me revoyaient dans le périmètre, ils m'embarqueraient avec eux au commissariat", poursuit-elle. Et d'interroger sur Twitter : "Où était le service d'ordre de la Pride, de l'Inter-LGBT et les LGB ?".

"L'inter-LGBT condamne évidemment l'agression de Sasha. Les TERFs n'ont rien à faire dans nos manifestations"

"L'Inter-LGBT condamne évidemment l'agression de Sasha. Les TERFs n'ont rien à faire dans nos manifestations", réagit ce lundi auprès de TÊTU Matthieu Gatipon, le porte-parole de l'association organisatrice de la marche. Pour répondre à l'interpellation de l'Inter par la militante, il souligne que les faits se sont déroulés en amont de la marche, au sein du "pôle des luttes" qui s'était désolidarisé de l'Inter.

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"Que nous n’ayons pas été capable de les protéger, de nous protéger ne doit plus jamais se reproduire. Les TERF et les transphobes n’ont rien à faire dans nos cortèges, dans nos luttes car où se trouve la transphobie il n’y a pas de fierté !", a abondé Act Up-Paris sur Facebook. "Quelle honte. Les lesbiennes ne sont pas là pour justifier vos haines. Pas de TERFs dans nos fiertés", a également réagi Lesbien Raisonnable. "Une fois de plus, une femme trans réfugiée en France agressée par des TERF à la marche des fiertés hier à Paris. Trop c'est trop", dénonce encore le STRASS, le syndicat des travailleur·se·s du sexe.

Marguerite Stern soutient les TERFs

Fidèle à sa ligne de soutien aux TERFs, Marguerite Stern, ancienne Femen et créatrice des Collages féministes, a tenté de justifier les pancartes transphobes vues à la Marche. "Les hommes qui aiment mettre des jupes et du fard à paupière, ne sont pas des femmes. Il n’y a rien de violent là-dedans. C’est une posture de défense du féminisme. Quand on dit que les femmes peuvent avoir des pénis, je suis niée dans mon identité. (...) Si vous changez la définition de ce qu’est être une femme, vous changez la définition de notre lutte", déclare-t-elle dans une story sur Instagram.

Marguerite Stern oublie au passage que les émeutes de Stonewall ont été initiée par une femme noire et trans, Marsha P. Johnson. "Ça commence à me souler tout leur délire de s'insérer dans le féminisme jusqu'à ce que leurs luttes prennent plus de place que la place des femmes (...) Les hommes colonisent l'espace du féminisme", martèle-t-elle néanmoins.

"Aux personnes qui pensent que c'est un acte de violence d'arracher et déchirer les pancartes, je peux dire que je considère que des pancartes portant des messages de haine sont déjà un acte de violence, je les ai vécues comme une violence et donc, ma résistance à cette violence n'est rien de plus que l'auto-défense", plaide Sasha, déplorant que d'autres femmes la renvoient à sa "prétendue masculinité et virilité" ,: "En fait, je vis les violences des hommes et le sexisme depuis le début de mon adolescence et d'autant plus depuis ma transition".

Une vague de cyberharcèlement

À la suite de cet épisode, Sasha a dénoncé un "cyberharcèlement" à son endroit. "Les Terf écrivent 'les lesbiennes n'aiment pas les pénis', 'les lesbiennes n'ont pas de pénis' sous la publication où je parle de Sonya, ma copine trans, morte il y a 3 ans. On était dans un couple lesbien. Ils salissent sa mémoire. C'est vraiment violent...", déplore-t-elle, essayant de ne pas suivre de trop près ses notifications : "Je suis devenue une cible importante pour le mouvement TERF français, il y a eu un déluge de publications violentes et transmisogynes à mon égard".

Le Front de libération transféministe (Flirt) affirme par ailleurs que deux de ses membres ont reçu samedi des coups de la part de deux hommes. L'une d'entre elles aurait le nez cassé.

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Sasha appelle désormais à soutenir les femmes trans avec le mot-clef #LAvecLesT. "Affirmez que ce n'est pas en votre nom, que les femmes trans sont bienvenues dans la communauté lesbienne. Nous avons besoin de solidarité", écrit la militante trans.

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Crédit photo : Capture d'écran Twitter


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