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AssembléeVote de la PMA pour toutes : entretien avec Bastien Lachaud, le député qui a bataillé pour LFI

Par Nicolas Scheffer le 29/06/2021
Bastien Lachaud, lors de la marche des fiertés 2021

Le député LFI a débattu pendant de longues heures le projet de loi bioéthique dont le vote a lieu ce mardi à l'Assemblée nationale, et qui comprend l'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes et aux femmes seules. Bastien Lachaud fait le bilan avec TÊTU de ces débats et des combats qui restent à mener, en particulier pour les hommes trans et les enfants intersexes.

Ce mardi 29 juin 2021, l'Assemblée nationale doit voter définitivement le projet de loi bioéthique. Le texte, qui comprend la PMA pour toutes, promesse électorale d'Emmanuel Macron en 2017, a été débattu pendant quatre ans et a multiplié les retards. Mais dans les rangs des députés, ce n'est pas forcément la joie qui domine au jour du vote. Certes, les parlementaires sont heureux d'arriver à la fin d'un marathon législatif, mais reste un sentiment d'inachevé, malgré les 500 heures de débat.

>> Jean-Luc Mélenchon, l’interview dans TÊTU

"Certaines personnes voudraient qu’on aille plus loin sur certains sujets, reconnaît dans une interview accordée à TÊTU la ministre en charge de l'Égalité, Élisabeth Moreno. Mais la société n’y est pas encore prête. Ce qui est essentiel, maintenant, c’est que ces femmes dont l’horloge biologique tourne puissent avoir un enfant. La loi va être votée, toutes les femmes y auront accès, c’est le plus important".

La ministre a donc un point commun avec La France insoumise (LFI) : son représentant sur les questions bioéthiques, le député de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud, regrette aussi que "beaucoup de choses manquent" dans la loi. Il a multiplié les amendements au projet de loi bioéthique, en vain : la PMA reste fermée aux hommes trans et les enfants intersexes ne sont toujours pas protégés des mutilations. En ce jour de vote malgré tout historique, Bastien Lachaud a accepté de faire avec nous le bilan des débats. Interview.

Vous avez souligné les manquements du projet de loi bioéthique, est-ce que vous comptez le voter à l'Assemblée nationale ?

Bastien Lachaud : Oui, nous allons le voter. Il y a des droits nouveaux, même si beaucoup de choses manquent. Ce projet de loi bioéthique est concentré quasi-exclusivement sur le sujet de la PMA pour toutes. Mais ceci n'est pas un sujet de bioéthique : c'est un sujet d'égalité ! La question bioéthique serait de savoir si la France autorise ou non la PMA, or on se demande qui a accès à cette technique. Et ce qui aurait dû être une loi d'égalité créé finalement de nouvelles discriminations.

Qu'est-ce que vous auriez pu faire différemment en passant par une loi distincte de celle sur la bioéthique ?

Avoir choisi le véhicule législatif du projet de loi bioéthique nous a empêchés de traiter pleinement la question de la filiation. Il y a une vraie inégalité de traitement : les couples de femmes doivent passer par une reconnaissance conjointe anticipée (RCA), ce qui n'est pas le cas pour les couples hétérosexuels. C'est une aberration. Il fallait établir que la filiation est un fait social et non biologique, et assumer une égalité de traitement entre tous les couples. On nous a refusé de légiférer là-dessus car cela aurait été trop loin du sujet bioéthique.

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Si La France insoumise arrive au pouvoir, reviendrez-vous sur cette loi ?

Nous ne sommes absolument pas satisfaits de cette loi. Une autre loi est nécessaire mais en faisant durer ce débat, cela contribuerait à augmenter l'homophobie.

Pourquoi le gouvernement n'est pas allé jusqu'au bout dans cette réforme, selon vous ? 

Ils ont voulu faire du "en même temps" macroniste. D'un côté, on donne des droits aux personnes LGBT+ et de l'autre, on rassure la droite en n'allant pas jusqu'au bout. Les victimes de cela, ce sont les personnes trans qui n'ont pas accès à la PMA. Le ministre de la Santé écrit sur Twitter qu'il faut aller vers l'égalité totale et, à l'Assemblée, il explique que c'est normal que les hommes trans ne puissent pas bénéficier de la PMA. C'est de la pure communication.

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Un amendement porté par le gouvernement interdit la retranscription automatique des états civils d'enfants nés d'une GPA. Vous reviendriez également dessus ?

Nous ne sommes pas favorable à la GPA [Jean-Luc Mélenchon s'en explique dans le magazine en kiosques cet été, ndlr]. Mais pour autant, les enfants doivent pouvoir être protégés. Il faut faciliter leur reconnaissance.

Vous avez travaillé avec la députée Laurence Vanceunebrock (LREM) sur l'interdiction des "thérapies de conversion". Seriez-vous prêt à utiliser votre niche parlementaire pour faire passer ce texte ?

Nous avons une seule journée par an pour débattre de nos texte. Nous avons décidé des sujets portés lors de la prochaine niche au mois de février. À ce moment-là, nous pensions que la proposition de loi serait examinée en juin sur le temps parlementaire de la République en marche.

Mais cette loi est incomplète, elle n'intègre pas toutes les pratiques, notamment les mutilation des enfants intersexes. C'est une question que nous avons portée longuement pendant les débats bioéthiques. Mais nous n'avons pas réussi à ce que la loi les interdise.

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Quel bilan faites-vous de la politique de ce gouvernement sur les questions LGBTQI+ ?

C'est un mandat pour rien. Cinq années ont été perdues. Au bout de quatre ans, on vote pour la PMA et une loi qui ne va même pas jusqu'au bout. Il faudrait avancer sur les "thérapies de conversion". La France a été condamnée à de multiples reprises par des instances internationales. Créer un délit spécifique permettra aux autorités d'avoir une vision fine de leur réalité. Il faut également avancer sur la question des mutilations des enfants intersexes. Chaque semaine, des bébés sont victimes d'opérations dont ils garderont des séquelles à vie. Enfin, il faut travailler à la suppression du genre à l'état civil.

Cette année, la Marche des fiertés est partie de votre circonscription, à Pantin. Qu'est-ce que vous avez ressenti ?

J'ai été très fier. C'est bien que la Pride parte de banlieue, de la Seine-Saint-Denis. Les questions LGBTQI+ ne concernent pas que le centre parisien, mais la totalité du pays. Il y avait surtout beaucoup de monde ! C'est une expérience à renouveler.

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Crédit photo : Capture d'écran Instagram/@antoinestouls