écoleSuicide de Dinah : sa famille porte plainte contre l'école et les harceleurs

Par Nicolas Scheffer le 26/11/2021
L'affaire du suicide de Dinah Gonthier, 14 ans

Après le suicide de la jeune Dinah Gonthier en Alsace début octobre, sa famille a porté plainte pour "harcèlement", "homicide involontaire" et "incitation au suicide". Le rectorat soutient que la situation n'a pas été sous-estimée.

La famille de Dinah Gonthier avait annoncé vouloir respecter une période de deuil avant de déposer plainte. Ce jeudi 25 novembre, une plainte a été envoyée au parquet de Mulhouse, signée par les parents et l'un des frères de la lycéenne alsacienne de 14 ans qui s'est donné la mort à Kingersheim (Haut-Rhin) dans la nuit du 4 au 5 octobre, après avoir été subi un harcèlement scolaire lesbophobe et raciste. Le parquet de Mulhouse avait déjà ouvert une enquête pour "harcèlement".

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"C'est une plainte contre X, mais en deux parties, qui dénonce à la fois les faits commis par les élèves, et les faits commis par la direction du collège", a indiqué l'avocate de la famille, Me Laure Boutron-Marmion, à l'AFP reprise par Ouest France. La plainte dénonce des faits de "harcèlement", "d'homicide involontaire" et "d'incitation au suicide" pour des faits qui se seraient déroulés entre 2019 et 2021, alors que Dinah était en classes de 4e et de 3e. Ses camarades auraient selon sa famille commencé à la harceler après que l'adolescente lesbienne eut évoqué son orientation amoureuse.

Le harcèlement scolaire, "puzzle de haine"

La plainte est accompagnée de pièces, notamment de conversations issue des réseaux sociaux et de deux enregistrements sonores. Ces preuves "montrent le désarroi dans lequel elle était (...), elles permettent de mieux comprendre le puzzle de haine qui s'était mis en place autour d'elle", fait valoir Me Laure Boutron-Marmion.

L'institution scolaire est également visée pour "complicité" dans le harcèlement, "omission de porter secours" et "homicide involontaire". "L'attitude de l'encadrement du collège a été à ce point passive qu'en deux ans, il n'y a eu aucune prise de contact de la direction du collège avec la famille, même après la tentative de suicide de Dinah, en mars 2021", argue l'avocate. Selon elle, un seul rendez-vous, arraché par la famille de Dinah, a été organisé avec le conseiller principal d'éducation et l'infirmière.

"J'ai envie de parler à personne, de me taire et d'affronter le triste et monotone silence."

Dinah

Dans un SMS envoyé après sa première tentative de suicide, Dinah écrit : "Ce n'est pas que je ne veux pas aller à l'école, je sais que je devrais tôt ou tard y aller. (…) C'est dur de perdre des amis du jour au lendemain sans raison. (…) J'ai envie de ne voir absolument personne, m'allonger quelque part et ne plus me lever. J'ai envie de parler à personne, de me taire et d'affronter le triste et monotone silence."

L'institution scolaire se défend

Selon franceinfo, malgré la demande des parents, les harceleurs n'ont jamais été convoqués par l'établissement qui aurait "permis aux harceleurs de continuer en toute impunité leurs agissements à l'encontre de Dinah", pointe la plainte. Il aurait même été dit au père de Dinah, à propos du harcèlement dont sa fille était victime, "qu'il ne s'agissait que de chamailleries entre copines".

De son côté, l'institution protège le collège Émile Zola où Dinah était scolarisée. Le rectorat de Strasbourg a déclaré auprès de l'AFP que l'établissement "avait mis en place le protocole de harcèlement". "Sous réserve des résultats de l'enquête judiciaire en cours, aucun élément ne permet de conclure que la situation aurait été sous-évaluée ni que les appels ou écrits de la famille seraient restés sans réponse", poursuit l'institution.

Une ligne d'argumentation qui était dénoncée, sur France Inter, par un billet de François Morel. Dans une complainte déchirante, l'humoriste invitait à s'interroger sur la passivité collective qui empêche de lutter efficacement contre le harcèlement scolaire, qui touche entre 700.000 et un million d'élèves chaque année.

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Crédit photo : Capture d'écran BFMTV