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droits LGBTQIDix ans de mariages homos : noces d'étain, noces d’airain !

Par Thomas Vampouille le 07/04/2023
Le mariage pour tous a dix ans !

[Article à retrouver dans le dossier sur les 10 ans du mariage pour tous du têtu· du printemps] L'année 2023 est celle des dix ans du mariage pour tous en France (en Belgique, on en fête les vingt ans). Un droit qui n'est plus remis en question, ni par les politiques ni par la société. Mais pas de quoi baisser la garde, car les anti-LGBT n'ont pas désarmé…

"Aujourd’hui la mode c’est les gays, on est envahis de gays." La fameuse phrase de Christine Boutin, la grande évanouie de la lutte contre le mariage pour tous, ne résonne guère dans les mairies. Depuis dix ans que l’inégalité faite à nos couples a été abolie – notons qu’en Belgique on fête cette année les noces de porcelaine du mariage pour tous (vingt ans) –, nous avons été environ 70.000 à user de ce droit, soit deux fois moins que les hétéros en une année de Covid (150.000 en 2020, d’après l’Insee).

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Personne ne pouvait évidemment s’attendre à ce qu’une minorité prenne la tête de la vénérable institution hétéronormée, mais bon, comme ça vous aurez des données à sortir devant la machine à café. Surtout, aux quelques homos qui, tout au long du débat sur la loi Taubira, maugréaient en écho à La Manif pour tous – voire lui servaient ouvertement d’alibi – leur non-désir d’avoir accès au mariage, cela permet de rappeler l’essentiel : le gagner, c’était gagner le droit d’en user ou pas, de dire oui ou non à l’amoureux transi le genou à terre, bref de choisir. Nos vies, nos choix. D’ailleurs le pacs n’a pas pâti du nouveau droit ouvert, puisque jusqu'à 10.000 couples gays continuent de se pacser chaque année.

Le lobby anti-LGBT est toujours là

Notre principale victoire de cette décennie, c’est sans doute que le mariage pour tous est entré dans les mœurs des Français. Tous les sondages le confirment année après année et, dans le champ politique, plus personne n’ose proposer l’abrogation de la loi Taubira. Ce qui n’était pas acquis d’avance puisque jusqu’à la présidentielle de 2017, plusieurs continuaient encore de jurer, la main sur le cœur, qu’une fois parvenus – ou revenus – au pouvoir, ils n’en feraient qu’une bouchée : citons Nicolas Sarkozy, Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Marine Le Pen… Même Éric Zemmour, lors de sa pénible campagne présidentielle l’an dernier, a balayé la question d’un “on verra”. Est-ce à dire que nous sommes définitivement débarrassés des hordes bleues et roses qui inondaient les rues de Paris pour vomir nos vies il y a dix ans ? Bien sûr que non. Elles sont simplement revenues à leurs bases : la dénonciation de l’homosexualité comme un danger pour les enfants, muleta on ne peut plus efficace pour rallumer dans les esprits les feux de l’homophobie.

Car ce ne sont pas des manifestations importantes qu’il faut se rappeler, elles ont échoué. En revanche, souvenons-nous que ce camp a engrangé une victoire dès 2014, l’année suivant l’adoption de la loi Taubira, en faisant reculer le gouvernement sur les “ABCD de l’égalité”, des livrets pédagogiques avec lesquels la ministre de l’Éducation de l’époque, Najat Vallaud-Belkacem, ambitionnait de s’attaquer aux préjugés de genre à l’école. À partir d’une folle rumeur selon laquelle il s’agissait d’enseigner la “masturbation aux élèves”, un mouvement intitulé Journées de retrait de l’école avait été lancé, prétendant lutter contre la “théorie du genre” et provoquant une polémique suffisamment embarrassante pour que le gouvernement abdique.

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Ces gens-là n’ont pas disparu, au contraire : ils sont devenus un lobby international (voir notre numéro du printemps 2022). Dix ans plus tard, ils sont même plus nuisibles que jamais, puisque leur bataille nauséabonde, appuyée sur les vieux amalgames spécieux qui ont toujours été ceux des homophobes, ne vise plus simplement à faire reculer le gouvernement sur des politiques d’éducation, mais à distiller largement l’idée qu’un “lobby LGBT” veut s’en prendre aux enfants… Et c’est ainsi que leur haine peut indifféremment se diriger contre les personnes trans, les drag queens, ou toute personne sortant de leur sacro-sainte binarité de genre. Nos noces d’étain sont solides, mais la bêtise insiste toujours, c’est même à ça qu’on la reconnaît !

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Photographie : Yann Morrison pour têtu·